Document : Lettre du général Bonaparte à son épouse Joséphine, 10 germinal an IV [30 mars 1796]

Auteur(s) : BONAPARTE général
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Les premiers mots parmi les plus connus des lettres d’amour…

« Je n’ai pas passé un jour sans t’écrire ; je n’ai pas passé une nuit sans te serrer entre mes bras ; je n’ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l’ambition qui me tiennent éloigné de l’âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon cœur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. »

Le général Bonaparte et son épouse Joséphine, 1796 © BnF, Gallica

Lettre n° 439, in Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, volume 1, Fondation Napoléon/Éditions Fayard, p. 310-311

« Je n’ai pas passé un jour sans t’écrire ; je n’ai pas passé une nuit sans te serrer entre mes bras ; je n’ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l’ambition qui me tiennent éloigné de l’âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon cœur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. Si je m’éloigne de toi avec la vitesse du torrent du Rhône, c’est pour te revoir plus vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler encore, c’est que cela peut avancer de quelques jours l’arrivée de ma douce amie, et cependant, dans ta lettre du 23, du 26 ventôse, tu me traites de vous [souligné deux fois]. Vous toi-même. Ah ! mauvaise ! comment as-tu pu écrire cette lettre ? qu’elle est froide ! Et puis du 23 au 26 restent quatre jours ; qu’as-tu fait, puisque tu n’as pas écrit à ton mari ?… Ah ! mon amie, ce vous et ces quatre jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur à celui qui en serait la cause ! Puisse-t-il, pour peine et pour supplice, éprouver ce que la conviction et l’évidence qui servit ton ami, me ferait éprouver ! L’enfer n’a pas de supplice, ni les furies de serpent !… Vous ! vous ! Ah ! que sera-ce dans quinze jours ?… Mon âme est triste ; mon cœur est esclave, et mon imagination m’effraie… Tu m’aimais moins, tu seras consolée. Un jour tu ne m’aimeras plus ; dis-moi-le, je saurai au moins mériter le malheur… Adieu, femme, tourment, bonheur, espérance et âme de ma vie, que j’aime, que je crains, qui m’inspire des sentiments tendres qui m’appellent à la nature, à des mouvements tempestueux aussi volcaniques que le tonnerre. Je ne te demande ni amour éternel ni fidélité, mais seulement… vérité, franchise sans bornes. Le jour que tu me diras : je t’aime moins, sera ou le dernier de mon amour ou le dernier de ma vie. Si mon cœur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents. Joséphine ! Joséphine ! souviens-toi de ce que je t’ai dit quelquefois : la nature m’a fait l’âme forte et décidée ; elle t’a bâtie de dentelle et de gaze. As-tu cessé de m’aimer ! ! Pardon, âme de ma vie, mon âme est tendre sur de vastes combinaisons. Mon cœur, entièrement occupé par toi, a des craintes qui me rendent malheureux. Je suis ennuyé de ne pas t’appeler par ton nom. J’attends que tu me l’écrives.
Adieu ! Ah ! si tu m’aimes moins, tu ne m’aurais jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.

P.S. : La guerre, cette année, n’est plus reconnaissable. J’ai fait donner de la viande, du pain, des fourrages ; ma cavalerie armée marchera bientôt ; mes soldats me montrent une confiance qui ne s’exprime pas : toi seule me chagrine, toi seule, le plaisir et le tourment de ma vie. Un baiser à tes enfants, dont tu ne parles pas. Pardi ! Cela allongerait tes lettres de la moitié ; les visiteurs, à dix heures du matin, n’auraient pas le plaisir de te voir.
Femme ! ! !

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