Napoléon, héros hegélien

Auteur(s) : BROUSSARD Nicolas
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Napoléon en 1806 par Robert lefèvre (Musée de Versailles).

« Napoléon, sur le théâtre du monde, a été l'image classique du héros… ».
Liederbuch für die Veteranen der grossen Napoleonarmee von 1803 bis 1814, Mayence, 1837.

 
L'originalité de la philosophie hegélienne est de nous livrer une interprétation non pas historique, mais philosophique de la politique napoléonienne. Peu importe ici l'admiration passionnée de l'individu Hegel pour Napoléon, admiration que tous les commentateurs du philosophe allemand ont soulignée, admiration également partagée par l'un des interprètes les plus fameux de Hegel, A. Kojève. Ce qui importe ici, c'est que l'optique de Hegel n'est pas historique, mais philosophique : en méditant sur l'histoire universelle, Hegel a prétendu dégager la signification philosophique de la politique napoléonienne. En termes hegéliens, Hegel ne se place ni sur le plan de l'histoire originale ni sur le plan de l'histoire réfléchie, mais il s'élève au plan de l'histoire philosophique (1). C'est pourquoi, comprendre l'interprétation hegélienne consiste tout d'abord à comprendre la philosophie hegélienne de l'histoire. Quels sont ses traits principaux, qui seuls ici suffisent ? Ils sont, me semble-t-il, au nombre de trois. Tout d'abord l'histoire universelle est gouvernée par l'Absolu ; ensuite, l'Absolu se réalise dialectiquement et progressivement dans les drames, les comédies et les tragédies de l'histoire ; enfin, les héros, les nations et les États constituent les instruments successifs de l'accomplissement de l'Absolu : tel est le fameux thème hegélien de la ruse de la Raison, de l'artifice de la Raison que Hegel a probablement emprunté à la tragédie grecque.

Hegel, médaille gravée par Marcel Chauvenet, Monnaie de Paris. Photo Tallandier.Quel est, sur le plan de la philosophie de l'histoire, le premier trait de la vision hegélienne du héros napoléonien ? On cite souvent le fameux passage de la correspondance, l'extrait de la lettre que Hegel adresse à son ami Niethammer, de Iena, le 13 octobre 1806 alors qu'il vient d'achever la rédaction de la Phénoménologie de l'Esprit :  » J'ai vu l'Empereur- cette âme du monde – sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine  » (Correspondance, T. l, p. 114). Que le plus grand philosophe de la modernité achève la rédaction de la Phénoménologie de 1'Esprit la nuit précédant le jour de l'entrée de Napoléon dans Iena, un de ces événements qui  » ne se produisent que tous les cent ou mille ans  » ne peut être, dans une optique hegélienne, le résultat de la contingence historique parce que le commencement de la fin de l'histoire politique coïncide avec la fin de la philosophie : Napoléon accomplit sur le plan de l'action ce que Hegel accomplit sur le plan de la pensée. Napoléon réalise l'Absolu dont Hegel expose la science dans La Phénoménologie de l'Esprit.

Quels sont les enseignements que nous pouvons cependant retirer de la scène décrite par Hegel ? Ce jour-là, Hegel n'eut pas à dire sa prière du matin, c'est-à-dire qu'il n'eut pas à lire les gazettes parce que l'actualité historique, l'actualisation de l'Absolu dans l'histoire, s'accomplissait sous ses yeux. De plus Hegel vit Napoléon sortir de la ville et partir en reconnaissance, mais Napoléon, lui, ne vit pas Hegel : Hegel savait donc ce que Napoléon faisait tandis que Napoléon ignorait ce que Hegel savait.
Napoléon accomplissait donc sans le savoir la philosophie hégélienne de l'histoire : instrument de l'Absolu sur le théâtre du monde Napoléon devenait donc le héros de l'histoire moderne. Enfin, si l'action de Napoléon consistait en une actualisation sensible de l'Absolu, cette action ne pouvait pas ne pas être esthétiquement belle. C'est pourquoi Hegel écrivit à son ami Niethammer que  » c'est une sensation merveilleuse de voir un pareil individu  » : l'action de Napoléon était tout à la fois extraordinaire et admirable.

Quel peut être maintenant le deuxième trait de la vision hegélienne du héros napoléonien ? Hegel admire Napoléon parce qu'il est un homme d'action : c'est pourquoi, dans l'extrait que nous citions à l'instant, Hegel écrit à Niethammer que Napoléon sort de la ville pour aller en reconnaissance. Or, que le héros historique soit un homme d'action est une caractéristique constante de la philosophie hegélienne de l'histoire. Ainsi, dans Les Principes de la Philosophie du Droit (& 348), Hegel écrit :  » A la pointe de toutes les actions, donc aussi des actions historiques, se trouvent des individus ou des subjectivités qui rendent effectives la réalité substantielle « . Dans Les Leçons sur la Philosophie de l'histoire, quelques années plus tard, Hegel enseigne également à ses étudiants que les héros historiques  » étaient des hommes pratiques  » (p. 35). Napoléon, comme Alexandre et César, est donc un homme d'action : il n'est ni ce qu'il pense, ni ce qu'il cache, mais il est ce qu'il fait. Dans La Phénoménologie de l'Esprit, il avait déjà développé cette idée :  » L'être vrai de l'homme est bien plutôt son acte ; c'est en cet acte que l'individualité est effective…l'homme individuel est ce que cet acte est  » (p. 231). En rédigeant ces phrases, Hegel a peut-être pensé à Napoléon. Telle est l'hypothèse assez vraisemblable du grand commentateur de Hegel que fut J. Hyppolite :
 » L'individualité agissante, écrit-il, voilà l'esprit concret que considère Hegel ; il n'est pas impossible, poursuit-il, qu'il pense aux grands hommes d'action dont l'histoire nous fournit tant d'exemples… Il nous semble que l'on doit évoquer autant que les figures romantiques, une figure particulière qui ne pouvait pas ne pas hanter son imagination, celle de Napoléon.
Napoléon apparaît comme l'homme d'action qui a révélé à l'homme ses possibilités créatrices  » (Genèse et structure de la Phénoménologie de l'Esprit, p. 478) (2). Or, si le héros historique est un homme d'action, alors une psychologie du héros historique est inutile et vaine. Pourquoi ? Parce qu'elle est toujours une psychologie de valet de chambre. Hegel, dans Les Leçons, rappelle le mot de Goethe :  » Il n'y a pas de héros pour son valet de chambre selon un proverbe connu ; j'ai ajouté – et Goethe l'a redit dix ans plus tard – non parce que l'homme n'est pas un héros, mais parce que l'autre est le valet de chambre  » (p. 36). La psychologie de valet de chambre inverse l'ordre de la connaissance parce que les conquêtes, et non le désir de conquête, expliquent le héros historique, et, parce que » le petit esprit psychologique  » rabaisse le grand homme. Mais, de plus la réfutation hegélienne du psychologisme vulgaire a pour conséquence la justification de l'action historique du héros : certes, le héros historique peut, comme Napoléon, agir en transgressant les lois de la morale et du droit, il peut écraser  » mainte fleur innocente « ,  » ruiner mainte chose sur son chemin  » (Leçons, p. 37), mais son action est justifiée parce qu'en poursuivant son but, il contribue à l'actualisation de l'Absolu : l'histoire du monde n'est elle pas, aux yeux de Hegel, le tribunal du monde ?

Bonaparte devant Malmaison. Dessin au crayon par Isabey. Malmaison, photo Tallandier.Héros parce qu'il est l'homme d'action qui rend effectif l'Absolu, Napoléon l'est aussi parce qu'il sait ce qu'il fait : il est un héros parce qu'il sait  » ce qui est nécessaire et ce dont le moment est venu  » (Leçons, p. 35). Les héros historiques, donc Napoléon, savent  » la vérité de leur temps et de leur monde parce qu'ils prennent conscience de la nécessité historique : c'est pourquoi, comme Alexandre et César, Napoléon est un sage parce qu'il sait la nature de son époque. Or, si son savoir est tout à la fois éminent et incomparable, alors le héros ne peut être conseillé. Ce que Hegel écrit, dans Les Leçons, des grands hommes vaut pour Napoléon :
 » Ce qu'ils auraient appris des autres en fait de desseins et de conseils bien intentionnés, aurait été, au contraire, plus borné et plus faux ; car ils savaient le mieux ce dont il s'agissait « . Par conséquent, le héros instruit, éduque et élève les âmes : du coup, le héros hegélien n'est pas un despote parce qu'il ne gouverne pas les âmes, mais parce que ces âmes se laissent conduire par lui. La vision hegélienne du héros napoléonien est donc, me semble-t-il, tout à fait opposée à la vision qu'en avait à la même époque Benjamin Constant : disciple de Montesquieu, Benjamin Constant pensait que l'action politique de Napoléon, à ses yeux essentiellement belliqueuse et conquérante, était anachronique parce que le monde moderne se caractérisait, selon lui, par la prééminence du commerce. Napoléon n'est pas, aux yeux de Hegel, anachronique parce qu'il est, pour utiliser le vocabulaire platonicien qu'il emploie,  » l'âme du monde « , parce qu'il constitue donc le principe d'unité et de mouvement du monde moderne : Napoléon se situe à la pointe de l'actualité historique parce qu'il en est l'acteur.
Autrement dit, Napoléon est un héros historique parce qu'il sait les changements historiques qui doivent être accomplis et parce qu'il opère ces changements historiques. Certes, son savoir n'est pas le savoir panoramique du philosophe qui sait, comme Hegel, le sens et la fin de l'histoire mondiale, mais si son savoir est partiel, il correspond cependant à la situation historique dans laquelle il agit : Napoléon fait l'histoire, mais il ne sait pas complètement l'histoire qu'il fait. Acteur de l'histoire, instrument de l'Absolu, savant parmi les ignorants, victime de la nécessité historique, comme nous allons le voir maintenant, quadruple caractère qui définit le Napoléon hegélien.

Sur la scène du monde moderne, Napoléon est le héros épique non parce qu'il serait une sorte de demi-dieu, non parce qu'il serait  » der erscheinende Gott  » (3), le Dieu qui apparaît, mais parce qu'il se  » situé à la tête des événements « … ; parce qu'ils doivent se rattacher à sa propre personne, se dérouler et se dénouer par lui  » (Esthétique, B, 4, p. 308), mais il est aussi un héros tragique et pathétique. Dans Les Leçons sur la Philosophie de l'histoire, Hegel écrit que César périt assassiné, Alexandre disparaît épuisé par les conquêtes, Napoléon meurt déporté sur une île. Il écrit également dans Les Principes de la Philosophie du Droit (& 348), que l'action des héros historiques  » ne leur vaut ni honneur ni gratitude pas plus de la part de leurs contemporains que dans l'opinion publique de la postérité « . Pour quelles raisons la destinée de Napoléon devait-elle être tragique et sa fin pathétique ? La première est que Napoléon ne fut sur la scène historique que l'instrument de l'Absolu. S'il n'était que l'instrument de l'Absolu, il ne pouvait être que la victime de la nécessité historique : Napoléon devait périr parce qu'il ne jouait qu'un rôle unique et transitoire sur la scène de l'Histoire. C'est pourquoi Hegel écrit à son ami Niethammer, de Nuremberg, le 29 avril 1814 :  » De grandes choses se sont passées autour de nous. C'est un spectacle effrayant et prodigieux, de voir un énorme génie se détruire lui-même. C'est la chose la plus tragique qui soit  » (Correspondance, T. 2, p. 31). La deuxième est que l'histoire ne peut se répéter : comme les Bourbons furent chassés deux fois, Napoléon est chassé deux fois. Hegel ne crut pas en la réussite de Napoléon, revenu de l'île d'Elbe (Correspondance, T. l, p. 51). La répétition tantôt comique – la Restauration fut une farce -, tantôt tragique – la bataille de Waterloo -, de l'échec historique démontre que la catégorie fondamentale de l'histoire est aux yeux de Hegel celle du changement tout à la fois nécessaire et irréversible. Napoléon devait échouer, échec que Hegel dit avoir prévu dans La Phénoménologie (Correspondance, T. 2, p. 31), parce que l'Absolu quittait la France, franchissait le Rhin pour aller s'objectiver dans l'État prussien. Héros tragique, Napoléon est aussi, dans l'optique hegélienne, un héros pathétique parce que rien de grand du monde ne se fait sans passion : la destinée de Napoléon ne pouvait être heureuse, elle devait être malheureuse. Napoléon n'en vint pas  » à une paisible jouissance « ,  » toute sa vie ne fut que labeur et peine « , et  » toute sa nature ne fut que sa passion « . Pathétique également la fin de Napoléon parce qu'il ne rencontre que l'ingratitude du monde : si le héros historique se situe à la pointe extrême de son époque, il ne peut pas être compris de ses contemporains.

Napoléon n'est pas seulement le héros épique, tragique et pathétique de l'histoire moderne, il est également un héros sur le plan de la philosophie pratique – sur le plan de la philosophie de la guerre, du droit et de l'État.

Hegel admire assurément en Napoléon le général qui vole de victoires en victoires, mais la science militaire n'intéresse pas Hegel comme elle passionne à la même époque Clausewitz, général et patriote prussien, fasciné par Napoléon qu'il nomme dans De la guerre (5, 3, p. 309)  » le plus grand chef de guerre des temps modernes « . En l'Empereur des Français, Hegel admire tout d'abord le général : comment oublierait-il la victoire de la Grande Armée sur l'armée prussienne à laquelle, à Iena, il assiste ?
Comment oublierait-il l'entrée  » des tirailleurs français  » suivis des troupes régulières dans Iena,  » les feux de bivouacs des bataillons français « , l'incendie de la ville Il (Correspondance, T. l, p. 114).  » Personne ne s'était représenté la guerre telle que nous l'avons vue ! », écrit-il le 24 octobre 1806, à Niethammer. En 1822, à Waterloo, comme Chateaubriand qui avait assisté, en auditeur lointain à la bataille, Les Commentaires de César à la main (4), Hegel confesse encore son admiration pour le génie militaire de Napoléon :  » Vendredi, écrit-il, nous visitâmes en cabriolet le champ de bataille de Waterloo – et je vis là ces plaines et ces collines éternellement mémorables ; je remarquai tout particulièrement la hauteur couverte de bois, d'où le regard s'étend à plusieurs lieues à la ronde, et où Napoléon, le prince des batailles, avait établi son trône, qu'il a perdu ici  » (Correspondance, T. 2, p. 310) (5). De 1806 à 1822, la vision hegélienne de Napoléon ne varie pas : Napoléon est le général qui développe, en un point du temps et de l'espace, une vision ubiquitaire et panoramique du monde.

Bataille d'Iéna, par Horace Vernet. Musée de Versailles, photo TallandierSi Hegel ne se préoccupe pas de la science militaire, il développe en revanche une philosophie de la guerre, plus précisément, sa vision de l'histoire et de la politique est militaire. Il l'expose spontanément dans une lettre à son ami Niethammer, en date du 5 juillet 1816, alors même qu'il estime que l'Absolu se manifeste désormais dans l'État prussien :  » Je m'en tiens, écrit-il, à cette idée, que l'esprit du temps a donné l'ordre d'avancer. Cet ordre est obéi ; cet être s'avance comme une phalange cuirassée et compacte irrésistiblement et avec un mouvement aussi peu perceptible que celui du soleil, par les bons et les mauvais chemins. D'innombrables troupes légères, contre lui et pour lui, le flanquent de tous côtés  » (Correspondance, T. 2, p. 81).

Cette assimilation de la marche de l'Absolu à la marche de l'infanterie antique (grecque) s'explique parce que la lutte tantôt pacifique tantôt belliqueuse entre les États constitue, aux yeux de Hegel, la condition fondamentale de l'histoire des États de telle sorte qu'elle met en mouvement la dialectique historique. Le progrès historique est donc la justification de la guerre (Principes de la Philosophie du Droit & 324). Du même coup, Hegel nomme Napoléon  » le Prince des batailles  » parce que les victoires des armées révolutionnaires et impériales ont assuré le progrès tout à la fois irrésistible et invincible de l'Absolu dans l'histoire. Mais, plus précisément, Napoléon est le héros moderne parce que Hegel retrouve en lui les traits du héros antique.  » Prince des batailles « , Napoléon est, comme César et Alexandre, nécessairement un soldat parce que le soldat détient la science et exerce l'art des relations conflictuelles entre les États ; de plus, le courage du héros hegélien le conduit à s'exposer, comme Napoléon, » à la pointe de toutes les actions « , le héros hegélien accepte de renoncer aux liens vitaux qui le rattachent à l'existence et de mourir, libre sur le champ de bataille,  » le lieu de l'héroïsme « . Napoléon est  » le prince des batailles  » parce qu'il incarne et illustre la  » virtus  » antique du guerrier (6).

Mais d'autre part, et non plus sur le plan du droit public international, mais sur le plan du droit public national, Napoléon est aussi le héros moderne. Hegel en effet ne pense pas que l'État puisse être fondé sur un contrat, comme l'avaient pensé Hobbes, Locke et Rousseau, mais il est le disciple de Machiavel qui, dans Le Prince, démontre que les États sont historiquement établis par un acte qui combine la ruse, la force et la violence. L'État peut certes sembler reposer sur une tradition historique, et c'est pourquoi Hegel reproche à Napoléon d'avoir voulu imposer une Constitution  » plus rationnelle  » à l'Espagne (Principes de la Philosophie du Droit, & 274), mais en dernière analyse il repose, à ses yeux, sur  » le droit des héros  » (Heroenrecht) à fonder les États. Quelle est la justification hegélienne du droit des héros ? Le droit des héros n'est pas le droit du plus fort parce qu'un coup d'État qui n'introduit que le gouvernement de l'arbitraire est injustifiable parce qu'il est contraire à la ,justice. En même temps, un coup d'État qui échoue démontre du même coup qu'il était injustifié. C'est pourquoi le coup d'État qui réussit et qui introduit le droit dans les moeurs et les institutions d'une nation est-il, aux yeux de Hegel, légitime : le droit des héros est juste parce que les héros sont, comme les héros grecs, des législateurs. Aussi Hegel, écrit-il, dans Les Principes (& 350) :  » C'est le droit absolu de l'Idée d'intervenir dans les déterminations légales et dans les institutions objectives qui résultent du mariage et de l'agriculture, que la forme de la réalisation de l'Idée apparaisse comme une législation et un bienfait qui viennent de Dieu, ou comme une violence et une injustice. Ce droit est le droit des héros à fonder les États « .
Hegel admire donc en Napoléon le fondateur de l'État moderne. Dans Les Leçons sur la philosophie de l'histoire, Hegel retrace et justifie ainsi le coup d'État du 18 brumaire :  » De nouveau se présente un gouvernement organisé comme l'ancien ; seulement le chef et le monarque est maintenant un directoire variable de cinq personnes formant sans doute une unité morale, mais non individuelle. La méfiance régnait aussi parmi elles et le gouvernement était aux mains des assemblées législatives ; il eut donc la même destinée fatale, car le besoin absolu d'une puissance gouvernementale s'était fait sentir. Napoléon l'institua sous forme de pouvoir militaire et se plaça ensuite de nouveau à la tête de l'État comme volonté individuelle ; il savait gouverner et en eut bientôt fini avec l'intérieur  » (p. 342).
Napoléon est donc, aux yeux de Hegel, le fondateur de l'État moderne parce que son principe est désormais non la volonté de tous, non la volonté de quelques-uns, mais la volonté du Prince.

Fondateur héroïque de l'État moderne, Napoléon est aussi le professeur de droit public et privé. Sans doute Hegel pense-t-il encore à Napoléon lorsqu'il écrit dans Les Principes de la Philosophie du Droit (& 215) :  » Les gouvernants qui ont donné un code à leurs peuples, même s'il ne s'agit que d'une collection informe, comme ce fut le cas pour Justinien, mais surtout lorsqu'il s'agit d'un droit national, présenté sous la forme d'un code ordonné et précis, ne sont pas seulement devenus les plus grands bienfaiteurs de leurs peuples qui les ont glorifiés à juste titre, ils ont accompli un grand acte de justice « . Jamais Hegel ne vit en Napoléon un usurpateur, comme Benjamin Constant, ni comme Germaine de Staël, un despote, mais un professeur de droit public et privé. De 1806 jusqu'à la fin de l'Empire, Hegel développe ce thème dans sa correspondance. Dans une lettre qu'il adresse, de Bamberg, à Niethammer le 29 août 1807, Hegel écrit :  » Les professeurs allemands de droit public ne manquent pas d'écrire une quantité d'ouvrages sur l'idée de souveraineté et le sens des actes de la Confédération. Le grand professeur de droit public réside à Paris  » (Correspondance, T. l, p, 170). Hegel attend donc du Protecteur de la Confédération du Rhin la modification du droit public bavarois. Il écrit à Niethammer le 13 octobre 1807 :  » Il semble que de Paris ne soit pas encore venue la décision dernière… qui ne concernera pas seulement des attributions extérieures de territoires, mais qui aura aussi – pour le grand bien des peuples – une influence sur l'organisation intérieure  » ? (Correspondance, T. l, p, 176). Réclamant aussi auprès de son ami Niethammer (devenu conseiller supérieur des Écoles et des Cultes au ministère bavarois de l'Intérieur), l'introduction d'un Moniteur comparable au Moniteur français, Hegel écrit le 22 janvier 1808 :  » Mais vous n'avez pas non plus de Moniteur politique ; pour trancher le mot, vous avez la liberté d'écrire et la liberté de la presse, mais pas de publicité : j'entends par là que le gouvemement expose à son peuple la situation de l'État, l'emploi des fonds publics, le service de la dette, l'organisation administrative, etc. Cependant, avec la nouvelle organisation en perspective, beaucoup de choses viendront sans doute ; ici on parle de douze préfets ; y aura-t-il un conseil d'État et une représentation nationale ? (Correspondance, T. l, p. 191). Le 11 février 1808, écrivant toujours à Niethammer, Hegel espère toujours l'introduction en Bavière d'une constitution inspirée de la constitution westphalienne :  » Il faut que la volonté du Ciel – c'est-à-dire de l'Empereur des Français – fasse que cela marche, et que disparaissent les formes de centralisation et d'organisation adoptées jusqu'ici, dans lesquelles il n'y a nulle justice, nulle garantie, nulle participation du peuple, mais l'arbitraire et le jugement présomptueux d'un seul  » (Correspondance, T. l, p, 199). Enfin, Hegel attend également l'introduction du Code civil. Fustigeant ainsi une de ses connaissances, un certain Van Velden qui, propriétaire foncier, craint l'introduction du Code, il écrit à Niethammer :  » Je lui disais que les princes allemands ne pourraient se dispenser de faire une politesse à l'Empereur des Français en adoptant l'oeuvre à laquelle il a lui-même travaillé et qu'il considère comme son oeuvre personnelle… Mais les Allemands, écrit-il plein d'amertume, sont encore aveugles, exactement comme il y a 20 ans  » (Correspondance, T. l, p. 199) (7).

Statue de Napoléon au sommet de la colonne de la Grande Armée, place Vendôme. B.N.Les attentes de Hegel durent être satisfaites parce que le ministre Montgelas imposa à la Bavière une nouvelle constitution. Dans un document de l'époque, en date du 1er mai 1808, on peut lire :  » elle donne tous les droits que les citoyens d'un État peuvent raisonnablement désirer, l'abolition de tous les privilèges, dignités héréditaires, corporations d'État des provinces particulières, la réunion de tout le Royaume en un seul et unique corps pour être jugé d'après les mêmes lois régies d'après les mêmes principes, imposé d'après les mêmes bases… Le servage est aboli là où il existe encore. La noblesse perd ses franchises et exemptions pécuniaires et contribue aux charges publiques dans la même proportion que tous les citoyens… La loi garantit à tous la sûreté des personnes et des propriétés, la liberté de conscience, celle de la presse d'après les lois établies pour en réprimer les abus, l'admission égale à toutes les charges, dignités, bénéfices, un Code civil et criminel commun à tous  » ? (Dunan, Les débuts du Royaume de Bavière) (8).

Prince des batailles, fondateur de l'État, professeur de droit, tel est Napoléon aux yeux de Hegel, mais il est aussi et surtout l'organisateur de l'État moderne.
Hegel ouvre ses leçons sur l'histoire romaine en rapportant le fameux fragment de la conversation de Goethe avec Napoléon :  » Un jour où s'entretint avec Goethe de la nature de la tragédie, il émit alors l'avis que la tragédie moderne se différenciait de l'ancienne essentiellement en ce que nous n'avions plus aucun destin auquel les hommes succomberaient et qu'à la place de l'ancien Fatum était apparue la politique. Celle-ci devait donc être utilisée comme destin moderne pour la tragédie, comme la puissance des circonstances à laquelle l'individualité avait à se plier  » (Leçons, p. 215). Probablement l'intérêt de Hegel pour la politique conçue comme destin moderne tient-il à sa biographie : Hegel était le fils d'un fonctionnaire des Finances du duché de Wurtemberg qui ouvrait le cercle familial aux problèmes politiques et administratifs. Il tient également aux circonstances historiques : la jeunesse de Hegel coïncide avec  » ce superbe lever de soleil  » que fut, à ses yeux, la Révolution française. De plus, Hegel vit, écrit et enseigne dans une Allemagne arriérée économiquement, socialement et politiquement. La politique constitue donc  » la puissance des circonstances  » qui plie l'individualité de Hegel. Mais surtout la conversation de Napoléon et de Goethe devait intéresser Hegel – toute sa vie lecteur de Shakespeare (9) – parce que sa vision de l'histoire est, d'une part, théâtrale et, d'autre part, politique : elle est théâtrale parce que l'histoire mondiale est la scène sur laquelle se jouent les drames, les comédies et les tragédies historiques dont les acteurs principaux sont les héros historiques, les nations, les États et les Empires, mais elle est aussi politique parce que l'histoire mondiale, gouvernée par la réalisation dialectique et progressive de la liberté, consiste dans le passage nécessaire de la démocratie à l'aristocratie, puis à la monarchie. Sur le théâtre de l'histoire moderne, qui constitue le dernier acte de la dramaturgie de l'Absolu, Napoléon est le héros qui organise l'État. Plus précisément, Hegel est le philosophe shakespearien du drame napoléonien mais il est aussi, l'État étant le divin sur la terre, le théologien de l'État napoléonien.

L'Empire de Napoléon n'intéressa guère Hegel, pas plus que ne l'avait intéressé l'idée kantienne d'une fédération des États réalisant une paix tout à la fois universelle et perpétuelle. La raison, nous la connaissons : les États sont des individus dont le devoir moral devrait les obliger à entretenir des rapports pacifiques, mais, puisqu'ils sont des individus, ils sont contraints à s'exclure les uns les autres et à entretenir des relations parfois belliqueuses. Mais l'idée de nation ne passionne pas non plus Hegel : alors qu'il relatait dans la Gazette de Bamberg, à l'apogée de l'Empire, la prise de Dantzig, la bataille de Friedland, la paix de Tilsit, l'expédition du Portugal, le bombardement de Copenhague par l'amiral Gambier, la guerre d'Espagne et l'entrevue d'Erfurt, Fichte, dans ses Discours à la Nation allemande appelait les élites allemandes à vaincre le despotisme de Napoléon, qu'il appelait  » l'homme sans nom « . Seule la solution apportée par Napoléon au problème de l'État passionne Hegel. Après la chute de l'Empire, le retour des rois et la mort de Napoléon, Hegel se consacre à la philosophie politique : il écrit Les Principes de la Philosophie du Droit qui paraissent en 1821, l'année de la mort de Napoléon (10). La coïncidence de la disparition de Napoléon et de la parution des Principes illustre l'idée hegélienne selon laquelle la philosophie est la pensée rétrospective d'un monde disparu.  » En tant que pensée du monde, écrit-il, la philosophie n'apparaît qu'à l'époque où la réalité a achevé le processus de sa formation et s'est accomplie. Ce que nous enseigne le concept, l'histoire le montre avec la même nécessité : il faut attendre que la réalité ait atteint sa maturité pour que l'idéal apparaisse en face du réel, saisisse le monde dans sa substance et le reconstruise sous la forme d'un empire intellectuel… La chouette de Minerve ne prend son vol qu'à la tombée de la nuit  » Préfaces p. 59). Dans Les Principes, Hegel met au jour les traits principaux et idéals de l'État moderne que Napoléon, dans le bruit et la fureur des luttes historiques, a établi et organisé.

Etude de David pour la distribution des aigles. Photo TallandierLaissons ici le soin aux historiens de décider dans quelle mesure les réformes politiques et militaires, poursuivies par les ministres (Stein et Hardenberg) et par les généraux (Schamhorst et Gneisenau) prussiens, et consécutives à la catastrophe de 1805 imitent ou non le modèle de l'État français, révolutionnaire et impérial. Ecartons aussi l'idée fausse selon laquelle la philosophie hegélienne de l'État ne ferait que copier l'État prussien, progressiste avant la chute de l'Empire, réactionnaire ensuite.
Seuls importent les traits fondamentaux de l'État hegélien, donc de l'État moderne, et du même coup, napoléonien. Quels sont-ils ? Dans son admirable Hegel et l'État, E. Weil les a parfaitement dégagés : l'État hegélien est une monarchie héréditaire et constitutionnelle, il est fortement centralisé dans son administration, décentralisé sur le plan économique, pourvu d'un corps de fonctionnaires de métier, sans religion d'État, souverain à l'extérieur et à l'intérieur. Tous ces traits – à l'exception du premier qui prête à discussion – caractérisent l'État moderne et correspondent à la réalité de l'État napoléonien. Surtout, l'accent mis par Hegel, dans Les Principes sur la volonté du monarque (11), les conseillers du Prince, le rôle du gouvernement et de l'administration démontre, me semble-t-il, qu'il extrait de l'État napoléonien la nature de l'État moderne. L'originalité de la philosophie hegélienne de l'État est du même coup triple : tout d'abord, le modèle de l'État moderne n'est pas, aux yeux de Hegel, anglais, mais français. Alors que la philosophie politique française – de Montesquieu jusqu'à Chateaubriand – adopta les idées anglaises, la philosophie politique allemande, notamment Hegel, adopta les idées françaises. Philosophe libéral, Hegel ne pense pas que les institutions politiques anglaises garantissent la liberté civile et la liberté politique (Précis de l'Encyclopédie des sciences philosophiques, & 544). De plus, le philosophe allemand occupe une place singulière dans la pensée européenne de la première moitié du siècle dernier parce qu'il est, me semble-t-il, le seul à avoir sous le tumulte des événements historiques, saisi la nature de l'État napoléonien : il ne peut être rattaché au groupe des patriotes prussiens, ni à celui des réactionnaires autrichiens, ni à celui des libéraux de langue française. Enfin et surtout, Hegel n'a jamais pensé que l'État napoléonien fut un État despotique. Dans sa correspondance, ses livres et ses cours, Hegel dit ou écrit que l'État napoléonien, fondé notamment sur l'égalité des droits, réalise la liberté dans l'histoire moderne : de Iena jusqu'à Berlin, son jugement n'a pas varié. Dans une lettre à Niethammer, en date du 29 août 1807, Hegel écrivait :  » Les princes allemands n'ont pas encore saisi l'idée d'une monarchie libérale, ni cherché à la réaliser il faudra que Napoléon organise tout cela  » (Correspondance, T. l, p. 170) (12). L'Empire disparu du théâtre du monde, Hegel fustige, dans une lettre adressée à Niethammer le 5 juillet IX16, le retour des  » fourmis « , des » puces  » et des  » punaises  » qui prétendent restaurer les institutions féodales et cléricales. Enfin, aux alentours de 1830, à Berlin, dans ses dernières leçons consacrées à la philosophie de l'histoire, plus précisément au Consulat et à l'Empire, Hegel enseigne à ses étudiants que Napoléon  » tourna ..,vers l'extérieur l'immense puissance de son caractère, soumit l'Europe et répandit partout ses institutions libérales  » (Leçons sur la Philosophie de l'histoire, p. 343).

Sculpture de Jouffroy. Musée d'Auxonne, photo TallandierHéros épique, tragique et pathétique sur la scène de l'histoire moderne parce qu'il est l'instrument de l'Absolu, homme d'action et de pensée, mais aussi prince des batailles, professeur de droit, fondateur et organisateur de l'État sur le plan politique, Napoléon incarne donc, tel un nouvel et ultime Thésée, le héros hegélien.

Bonaparte, Premier Consul, avait demandé à De Villers, en 1801, un exposé de quatre heures et un mémoire de quatre pages résumant la philosophie de Kant, mais Napoléon, Empereur, n'a ni connu Hegel, ni lu une page du secrétaire de l'Absolu : au reste, Germaine de Staël, dans De l'Allemagne, paru en 1810, ne mentionne nulle part le nom du philosophe allemand. Si La Phénoménologie de l'Esprit, parue en 1807, dont le manuscrit destiné à l'éditeur avait traversé dans une malle-poste les lignes françaises à Iena, avait été rapidement traduite, et si l'Empereur l'avait lue, probablement l'aurait-il jetée au feu : La Phénoménologie est le livre le plus difficile de la philosophie moderne, et comme Hegel, Napoléon n'aimait pas les idéologues. Napoléon n'eût probablement pas compris Hegel, mais Hegel, lui, a compris Napoléon : il faut être un grand philosophe pour comprendre un grand homme. Parce qu'il calculait les conséquences prévisibles et imprévisibles de ses actes, Napoléon agissait en homme de pensée, mais Hegel pensait en homme d'action parce que l'Absolu se manifestait selon lui dans les acteurs et les actions historiques.
 
Les commentateurs de l'oeuvre hegélienne interprètent en des sens opposés le thème de la fin de l'histoire, et encore récemment, le disciple américain de Kojève, F. Fukuyama, dans son livre intitulé La fin de l'histoire, assure que Napoléon a mis un terme à l'histoire moderne. E. Weil estimait que l'État moderne, organisé par Napoléon, ne constituait pas aux yeux de Hegel, l'achèvement de l'histoire universelle, tandis que Kojève jugeait que l'État universel et homogène fondé par Napoléon constituait le commencement du terme. La solution de ce problème ne se trouve, me semble-t-il, ni dans Les Principes, ni dans Les Leçons, mais dans L'Esthétique : Hegel y oppose l'âge héroïque  » au caractère prosaïque du temps présent « . Ainsi l'histoire moderne, l'Empire disparu de la scène du monde, est-elle prosaïque, elle n'est donc plus poétique et par conséquent, elle ne peut plus être épique.  » Les monarques, de nos jours, écrit Hegel, ne sont plus, comme les héros de l'âge mythique, le sommet concret du Tout, mais un centre plus ou moins abstrait d'institutions solidement établies et protégées par des lois et des constitutions. Les monarques de nos jours ont laissé échapper de leurs mains les actes gouvernementaux les plus importants ; ils ne disent plus le droit ; les finances, l'ordre civil et la sécurité publique ne sont plus leur affaire spéciale… (Esthétique, p. 254). Le lecteur de ce chapitre est saisi par une sorte de nostalgie et de mélancolie : toutes les institutions pouvant assurer la liberté et l'égalité ont été établies aux yeux de Hegel de sorte que Napoléon est le dernier héros de l'histoire universelle (13). Nul héros ne viendra après lui – et en effet, nul héros n'est venu. En écrivant que les monarques modernes ne sont plus  » le sommet concret du Tout « , Hegel se souvint-il de la sensation quasi-théophanique qu'il éprouva en voyant passer Napoléon à cheval, le 13 octobre 1806, à Iéna ?.  » J'ai vu l'Empereur – cette âme du monde – sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine « .

Napoléon Ier, Empereur des Français et Roi d'Italie, 1807.

Notes

(l ) Rappelons les trois définitions : l'histoire originale est l'histoire immédiate, écrite par les témoins ou les acteurs ; l'histoire réfléchie désigne la science historique ; l'histoire philosophique définit la philosophie de l'histoire.
(2) Ce point de vue pourrait être rapproché de celui de Goethe : " C'est ainsi que Napoléon fut un des hommes les plus productifs qui aient jamais vécu ". Conversations de Goethe avec Eckermann, p. 551 (Gallimard).
(3) Kojève estime, dans son Introduction à la lecture de Hegel, que Napoléon est aux yeux de Hegel, à la fin du chapitre 6 de la Phénoménologie, chapitre qui précède l'exposition du savoir absolu, " le Dieu qui apparaît. Kojéve a tort parce que l'expression désigne le Christ, et parce que Napoléon est un héros, c'est-à-dire un demi-dieu.
(4) Chateaubriand tenait-il à la main les Commentaires, comme il l'écrit dans Les Mémoires d'Outre-Tombe ? Il place en tout cas Napoléon au même rang que César.
(5) Chateaubriand nomme Napoléon " l'homme des batailles ".
(6) À l'inverse, l'une des raisons de l'opposition de B. Constant à Napoléon est qu'il détestait la cité et la philosophie antiques.
(7) Hegel, directeur du Gymnase de Nuremberg de 1808 jusqu'à 1816, admire la réglementation des lycées français. Cf. L'excellente édition par B. Bourgeois des textes pédagogiques de Hegel (Ed. Vrin).
(8) Cette constitution fut-elle appliquée ? Rambaud en doute.
(9) Napoléon est lecteur de Corneille : il l'eût fait Prince.
(10) Après la mort de Napoléon, Hegel lit Le Mémorial, Gourgaud et Montholon. De Berlin, Hegel écrit à van Ghert : " À Bruxelles, d'après ce que j'apprends, on a fait une réimpression des Mémoires sur Napoléon, de Gourgaud et Montholon ; ne pourriez-vous pas charger le libraire de m'en envoyer un exemplaire ? (Correspondance T 3, p. 14). Rappelons que la littérature napoléonienne est alors soumise à la censure prussienne.
(Il) Le monarque est l'individu qui prend la décision : il signe. Cette idée hegélienne est illustrée par la séance du Conseil d'État du 19 février 1811 (Cf. Le Souvenir Napoléonien, n° 397, p. 26).
(12) Le 21 mai 1813, dans une lettre adressée à Niethammer, Hegel se moque des Bachkirs, des Cosaques et des " autres excellents libérateurs ". Correspondance, T 2, p. 12).
(13) Rappelons deux jugements, le premier de Chateaubriand, le second de Goethe : " Tout n'est il pas terminé avec Napoléon ? (Mémoires d'Outre Tombe, Livre vingt-cinquième), " Sa vie fut la marche d'un demi-dieu, de bataille en bataille et de victoire en victoire. On pouvait bien dire de lui qu'il se trouvait dans une illumination perpétuelle : c'est aussi pourquoi sa destinée fut d'un éclat tel que jamais le monde n'en avait vu de pareil avant lui, et jamais peut-être n'en reverra après lui " (Conversations de Goethe avec Eckermmann, p. 550).
Titre de revue :
Revue du Souvenir Napoléonien
Numéro de la revue :
400
Numéro de page :
8-20
Mois de publication :
mars-avril
Année de publication :
1995
Année début :
1769
Année fin :
1821
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