ABD EL-KADER (1808-1883), chef spirituel et militaire algérien

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« Ne demandez jamais quelle est l'origine d'un homme, interrogez plutôt sa vie, ses actes, son courage, ses qualités et vous saurez qui il est. » (Emir Abd el-Kader)
Abd El-Kader (c) D.R.

Abd el-Kader, l’âme de la résistance algérienne

Abd el-Kader voit le jour le 6 septembre 1808 à la Guetna de l’oued el-Hamman près de Mascara en Algérie. Il est issu d’une famille de chorfa (descendants du Prophète) de la tribu des Hachem.

A l’époque l’Algérie est sous domination ottomane qui occupe la plupart des grandes villes depuis 1555 (conquête dès 1534). La population, estimée à trois millions d’habitants, est essentiellement regroupée au sein de tribus de cultivateurs et de pasteurs.

Son père, Mahieddine, de la confrérie religieuse quadiriyya, donne à son fils une éducation remarquable en matière de religion tout faisant de lui un excellent cavalier et un combattant hors-pair. Il étudie de même à Arzew et Oran la langue et la littérature arabe, les mathématiques, l’astronomie, l’histoire et la philosophie.
En 1826 il part avec son père en pèlerinage à la Mekke (Mecque) puis découvre l’Egypte. Ces pérégrinations renforcent le jeune Abd el-Kader dans son appartenance au monde arabe.

Le chute d’Alger en 1830 puis celle d’Oran, mettant fin à la domination turque, permet à Abd el-Kader de rentrer dans l’histoire lorsque les tribus de la région de Mascara viennent fin 1832 proposer le titre de sultan à son père qui décline l’offre en faveur de son fils. Les tribus de l’Oranie lui prêtent donc serment. Abd el-Kader proclame le premier jihad (guerre sainte) contre l’ennemi (les infidèles).
A vingt ans Abd el-Kader, devenu Emir, à la tête de la résistance algérienne s’avère rapidement un adversaire redoutable pour les Français qui ont mis le pied en Algérie et opèrent donc la conquête.

Une première tentative d’entente a lieu en février 1834 (traité Desmichels), mais c’est un échec. Les Français occupent alors Mascara et Tlemcen. Si Abd el-Kader remporte une victoire en juin 1835 à Macta, il subit le revers à la Sikkak un an plus tard (juillet 1836). En mai 1837, le traité de la Tafna, négocié par Bugeaud, lui reconnaît le contrôle de l’ouest et du centre de l’Algérie. Mais c’est une paix bien fragile. Si d’un côté Abd el-Kader supporte mal l’état de vassalité auquel il est réduit, les Français, en la personne du gouverneur, le maréchal Valée, interprètent à leur manière le traité et s’autorisent à traverser les territoires dirigés par l’Emir qui reprend alors les combats.

La reprise des combats

En 1840, Bugeaud est nommé gouverneur général de l’Algérie. Sous son impulsion, les effectifs de l’armée augmentent considérablement, passant de 60 000 en 1840 à 107 000 en 1847. La guerre est sans merci, campagnes ininterrompues, marches forcées, postes fortifiés sont multipliés. Les troupes de l’Emir doivent être traquées.

A partir de 1841, des colonnes parties de Mostaganem, de Médéa et d’Oran enlèvent les principaux centres détenus par Abd el-Kader comme sa capitale Mascara ou les districts de Saïda et Tlemcen.

Abd el-Kader conserve la mainmise sur les hauts plateaux. En mai 1843 c’est la célèbre prise de la Smala d’Abd el-Kader (sa suite, sa ville volante) par les troupes dirigées par le duc d’Aumale, l’un des fils de Louis-Philippe. Abd el-Kader parvient à s’enfuir et gagne le Maroc pour continuer son combat. Mais la défaite infligée par Bugeaud aux troupes du sultan Moulay Abd er-Rahman, à la bataille d’Isly près la  frontière marocaine rend sa retraite peu sûre. Il réussit pourtant de l’automne 1845 au printemps 1846, une série de raids en territoire algérien qui le mènent aux portes d’Alger.

Le souverain marocain, inquiet de la popularité d’Abd el-Kader parmi ses sujets et cédant aux menaces de la diplomatie françaises, lance ses troupes contre lui. Abd el-Kader choisit de se rendre aux Français.

1847 la reddition

Contraint de cesser la lutte contre les troupes françaises, Abd el-Kader rendit les armes en décembre 1847. Lui et ses compagnons connaissent alors, contrairement à la promesse faite par le général La Moricière (celle de l’exil à Saint Jean d’Acre ou Alexandrie), quatre années d’emprisonnement qui les menèrent de Toulon au Château d’Amboise.

Quatre années de pérégrinations forcées par la conjoncture politique en France qui vit coup sur coup la chute de la monarchie de Juillet, l’avènement de la Seconde République et le coup d’Etat de 1851. Une vie politique ne permettant pas dé régler le sort des prisonniers algériens. Comble de l’ironie c’est le même La Moricière qui, devenu ministre de la guerre en juillet 1848, ordonne le transfert à Amboise.

Amboise ou l’adhésion populaire

Le chemin qui le mena du désert algérien à Amboise prit une dizaine de mois (du 25 décembre 1847 au 8 novembre 1848). Dix mois de transferts incessants qui contribuèrent à façonner la popularité de l’Emir, toujours digne et résigné, auprès des populations locales.

Les années de détention à Amboise s’avèrent être à la fois les plus difficiles, les plus longues mais les plus enrichissantes.

Le Progrès de l’Indre du 10 novembre 1848 raconte l’arrivée d’Abd el-Kader et de sa suite. « Abd el-Kader est arrivé à Amboise à 11h30 du soir ; les Arabes ont débarqué sur la grève, près du pont ; ils se sont assis en rond, les jambes croisées à la manière de leur pays. Les voitures qui attendaient sur la quai ont immédiatement conduit l’Emir et sa suite au château. Malgré l’heure avancée, une grande partie de la population assistait à ce spectacle. »

C’est sous l’autorité bienveillance du capitaine Boissonnet que les prisonniers furent placés. Ce dernier fit tout ce qui était en son pouvoir pour permettre à ses hôtes de vivre tant bien que mal, en respect avec leurs coutumes, tout en essayant de se plier aux us français.

Dans sa suite, l’Emir avait pour l’accompagner son épouse légitime Lella Khira et de sa mère Lalla Zorha.

La captivité fut mal vécue par nombreux des compagnons, hommes, femmes et enfants et nombreux tombèrent malades et moururent.

L’Emir consacrait ses journées à l’étude, à la prière et la méditation, mais il fallut attendre le printemps 1851 pour que le gouvernement accepte des sorties en dehors de l’enceinte du château.

La soumission, le courage et la force qui caractérisèrent Abd el-Kader lors de son exil en France forcèrent le respect de nombreux Français. Même, ses plus farouches opposants reconnurent en lui un grand homme Ainsi le général Daumas dit de lui « Vous avez connu Abd el-Kader dans la prospérité alors que, pour ainsi dire, l’Algérie toute entière reconnaissait ses lois ; et bien ! Vous le trouverez plus grand, plus étonnant encore dans l’adversité. Comme toujours, du reste, il domine la position. Doux, simple, affectueux, modeste, résigné… ».

La libération et la fin de sa vie

C’est le 16 octobre 1852 que Louis Napoléon Bonaparte mit fin, lors d’un voyage en Touraine, aux quatre années de captivité.

La libération sera immortalisée 10 ans plus tard par Ange Tissier. Commence alors pour l’Emir un période de mondanités en France, à Paris, à Saint-Cloud. Curieux, il veut tout voir, tout savoir.

Il quitte la France le 21 décembre 1852. Il est à Constantinople le 7 janvier 1853. Il s’établit à Brousse, en Asie mineure. Il revient en France en 1855, Napoléon III l’autorise alors à s’installer à Damas en Syrie et bénéficie d’une pension du gouvernement. Il voue sa vie à l’écriture et la méditation tout en entretenant une vaste correspondance avec l’étranger.  Le massacre des chrétiens de Syrie en juillet 1860 le replace au devant de la scène. Il sauve en effet, à la tête d’une troupe de guerriers algériens des milliers de personnes qu’il arrache aux émeutiers et place sous sa protection. Il revient encore en France en 1865 et est présent en 1869 lors de l’inauguration du canal de Suez.

Après 1867, l’Emir reste un témoin silencieux de la chute de l’Empire. Il meurt le 26 mai 1883, dans sa ferme du Doummar en Syrie. Il est enterré alors à Damas. Depuis 1964 ses cendres reposent à Alger.

Emmanuelle Papot
Juillet 2008

Bibliographie sommaire :
Abd el-Kader de S. Aouli, R. Redjala et Ph. Zoummeroff, Fayard ,1994.
Jacques Frémeaux, notice biographique dans les célébrations nationales 2008.
Benjamin Stora, Histoire de l’Algérie coloniale, La découverte, 1994.
Jean-Louis Sureau et Alexis Feulvarc’h, L’Emir Abd el-Kader à Amboise (1848-1852), Château royal d’Amboise.

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