ARAGO, François (1786-1853), astronome, physicien et homme politique

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François Arago © DR

François Arago naît le 26 février 1786 à Estragel (Pyrénées-Orientales), petite ville dont son père était le maire. Elève brillant, il choisit d'intégrer l'Ecole polytechnique en 1803, afin de devenir officier. En 1805, alors qu'il est encore élève, François Arago est nommé secrétaire du Bureau des longitudes de l'Observatoire de Paris. Il y mène des recherches en physique expérimentale sur la réfraction des gaz avec Jean-Baptiste Biot (1774-1862), professeur au Collège de France (également nommé en 1808 professeur d'astronomie à la Faculté des sciences de Paris, dont il sera le doyen de 1840 à 1849). Tous deux proposent très vite à l'Observatoire de poursuivre jusqu'aux Baléares, la mesure de la méridienne passant par Paris. Ce calcul avait été entrepris par Pierre François André Méchain (1744-1804) et Jean-Baptiste Delambre (1749-1822) à la demande de la Convention : à partir de 1791, le méridien Dunkerque-Rodez-Barcelone fut mesuré par la méthode de triangulation (plus de 100 triangles furent définis pour ces calculs) afin d'établir le mètre comme la dix millionième partie d'un quart de méridien terrestre. Chargé de la partie sud du méridien, Méchain mourut de la fièvre jaune en 1804 en Espagne près de Valence.
Alors que Arago et Biot sont en Espagne, la guerre éclate en 1808. L'entreprise scientifique connaît de nombreuses aventures : Arago, soupçonné d'espionnage, quitte l'Espagne mais est emprisonné dans les geôles du Bey d'Alger. Après de multiples péripéties, Arago peut rentrer en France en 1808. Avec un certain humour, il fait le récit de ses mésaventures dans Histoire de ma jeunesse.

Les recherches scientifiques

En 1809, il est élu à la chaire d'astronomie à l'Académie des Sciences (il en sera le secrétaire perpétuel de 1830 à sa mort), et succède à Monge comme professeur de géométrie à l'Ecole polytechnique. De 1813 à 1846, il dirige et enseigne à l'Observatoire de Paris. Esprit curieux et ouvert, ses recherches portent tout autant sur l'astronomie, que le magnétisme et la lumière. Il met en évidence en 1811 la polarisation chromatique (utilisée par les chimistes pour identifier certains minéraux), plus tard en 1820, la magnétisation du fer par le passage d'un courant électrique à travers une bobine de cuivre. Arago détermine également le diamètre de certaines planètes et explique le phénomène de scintillement des étoiles par celui des interférences. En 1838, il tente de comparer la vitesse de la lumière dans l'eau et dans l'air, et si l'expérience n'est pas concluante, il en a posé les bases dont ses successeurs bénéficieront.
Parallèlement à ses recherches, Arago soutient de nombreux scientifiques et collabore volontiers à leurs recherches, parmi lesquels Fresnel, Ampère, Le Verrier (qui détermine en 1846 la position d'une planète perturbant les mouvements d'Uranus : Neptune). Il est également très intéressé par les progrès de la photographie et soutient Daguerre.
 
Parallèlement à ses recherches, il réforme l'Académie des sciences, dont il est devenu le président dès 1824. Sensible à la vulgarisation scientifique il crée les séances publiques de l'Académie, et pour permettre de meilleurs échanges entre les chercheurs, il organise des Comptes Rendus de l'Académie.

La carrière politique

En 1830, François Arago fait son entrée en étant élu député des Pyrénées-Orientales, et est réélu plusieurs fois en 1834, 1837, 1839, 1842 et 1846. Membre du Conseil général de la Seine, il le préside à deux reprises entre 1830 et 1849. Parlementaire jusqu'au coup d'Etat de 1852, Arago prend parti pour l'adoption du télégraphe électrique et soutient les projets de développement des machines à vapeur en France. Défendant des valeurs de « gauche », il s'oppose à toutes les lois de limitation de la liberté de la presse, sur les cours d'assise. Il soutient les initiatives républicaines en faveur de l'enseignement et devient en 1833 vice-président de l'Association libre pour l'éducation du peuple. Il défend l'idée de remplacer le latin et le grec par des langues vivantes dans l'enseignement primaire. Toujours soucieux de protéger également les scientiques et la recherche, il participe activement à l'élaboration de la loi du 6 juillet 1844 sur la protection des inventions et la création des brevets.
En 1848, nommé ministre de la Marine puis de la Guerre au gouvernement provisoire, il signe le 27 avril, malgré de nombreuses pressions, le décret abolissant l'esclavage et son application immédiate dans les colonies. Scientifique unanimement reconnu, homme aux valeurs humanistes, fervent républicain, il est Président du Comité exécutif du 9 mai jusqu'à sa dissolution le 24 juin 1848.

Après la révolution de 1848 et l'élection du prince-président, François Arago se retire progressivement de la vie politique et se consacre à l'édition de ses mémoires. Il meurt en 1853 avant la réalisation de ce projet, qui est repris en main par son assistant, Jean Augustin Barral : 17 volumes sont publiés entre 1854 et 1862, rassemblant ses écrits scientifiques, politiques et ses cours publics à l'Académie des sciences qui avaient rencontré un immense succès.
 
 
Auteur : I. Delage, octobre 2003
 

Bibliographie :

Oeuvres de François Arago
Oeuvres complètes, publiées par Jean Augustin Barral, avec une introduction d'Alexandre de Humbolt, Paris, Gide et Baudry, 1854-1862, 17 volumes
Histoire de ma jeunesse, introduction d'Alexandre de Humbolt, Paris, Christian Bourgeois, 1985
Correspondance d'Alexandre de Humbolt avec François Arago (1809-1853),  publié par Ernest-Théodore Hamy, Paris, E. Guilmoto, 1908
— Jean-Baptiste Biot, François Arago : Recueil d'observations géodésiques, astronomiques et physiques, Paris, Courcier, 1821

 
Sur Arago
– sur internet :
A. Bijaoui : François Arago, de l'extension de la Méridienne à l'abolition de l'esclavage, sans date.
– article :
— F. Saisset : François Arago, dans Dictionnaire de biographie française, Paris : Librairie Letouzey et Ané, 1939,  tome 3, pp. 199-203
– ouvrage :
— François Sarda : Les Arago : François et les autres, Paris : Tallandier, 2002, 442 p.



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