FOURCROY Antoine-François, comte de (1755-1809), chimiste, conseiller d’Etat, directeur général de l’Instruction publique

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Les débuts d’une carrière scientifique

Antoine-François est né à Paris, le 15 juin 1755. Il était le fils de Jean-Michel Fourcroy, apothicaire de la Maison du duc d'Orléans et de Jeanne Laugier, son épouse. Il eut une jeunesse triste et besogneuse. Alors qu'il a sept ans, sa mère meurt. Ensuite, son père, en conflit avec la corporation des apothicaires, perd sa charge et, de ce fait, se trouve dans une situation financière très difficile.
 
En 1769, le jeune Antoine doit quitter le collège d'Harcourt. Pour vivre, il apprend à écrire aux enfants et accepte une place de gratte-papier chez un comis du Sceau. Bientôt un ami de son père, le médecin Félix Vicq d'Azyr (1) l'oriente vers les études médicales, lui prête son laboratoire et le prend comme répétiteur à son cours, après la fondation de la Société royale de médecine (1776).

En 1780, Fourcroy présente sa cinquième thèse (sur l'usage du quinquina pour le traitement des fièvres intermitentes) et obtient enfin de la faculté (rivale de la Société royale de médecine) le diplôme de docteur en médecine, mais non celui de docteur régent professeur).
 
Cependant, il n'exerce pas la médecine ; il suit l'enseignement du chimiste J.B.M. Bucquet. Il donne lui-même des cours à la Société royale de médecine, au lycée des arts (2) et fait oeuvre de vulgarisation scientifique. En 1784, il est agréé comme professeur de chimie au « Jardin du Roi » (Buffon l'avait choisi, de préférence à Berthollet) (3).
 
« On a dit que son érudition était mince (ses ouvrages prouvent le contraire) mais on admirait son éloquence naturelle et le don qu'il avait de vulgariser les découvertes des savants » (Pierre Gourdin, in Dictionnaire Napoléon, 1ère éd., p. 752) (4)
 
Fourcroy est admis à l'Académie des sciences en 1784. Son meilleur titre scientifique est d'avoir collaboré avec Lavoisier, en 1782, à la Nouvelle nomenclature chimique.

L’époque révolutionnaire

Fourcroy avait gardé un très mauvais souvenir de sa jeunesse, triste et besogneuse et des difficultés qu'il avait eues à s'imposer dans la société de la fin du XVIIIe s. Ces raisons, auxquelles s'ajoutait le fait qu'il était franc-maçon, font qu'il accueillie avec faveur les idées nouvelles de la Révolution.
 
Elu député suppléant de Paris à la Convention, Fourcroy, dès la déclaration de guerre à l'Autriche (20 avril 1792), est nommé à la commission des poudres et sapêtres, dont il assume peu après la présidence. Il dirige la commission avec compétence et améliore la fabrication des explosifs. D'autre part, en 1794, il fait des expériences à Meudon, avec Guyton-Morveau, sur des ballons captifs observateurs.
 
Le 25 juillet 1793, il est appelé à siéger à la Convention, en remplacement de Marat et entre au Comité d'instruction publique. Il est aussi admis au Club des Jacobins.
 
Ayant parfaitement assimilé le langage révolutionnaire de l'époque, il évoque à la tribune son « sans-culotte de père », ses « sans-culottes de soeurs » et déclare catégoriquement, sous l'oeil glacial de Robespierre, qu'il faut « sans-culotter la science ! » (Jean-François Lemaire, Napoléon et la science, éd. F. Bourin, 1992, p. 78).
 
Toutefois, pendant la Terreur, il fait de louables efforts pour protéger des savants (Darcet, Dizé, Chaptal, Desault), qu'il réussit à faire sortir de prison.
 
En revanche, on adit que son ardeur révolutionnaire avait été à l'origine de l'arrestation et de l'exécution de Lavoisier (8 mai 1794. Cette acusation sera le tourment de sa vie (5).

Cuvier (Eloge de Fourcroy, 7 janvier 1811) affirme qu'il n'a trouvé aucune preuve de la responsabiblité de Fourcroy dans cette affaire. De son côté, André Laugier a raconté que « peu avant l'exécution de Lavoisier, Fourcroy, bouleversé, avait osé pénétrer dans la salle où travaillait Robespierre et le Comité de Salut public pour dire que la mort du chimiste serait une perte pour la science. Robespierre ne répondit rien et Prieur de la Côte d'Or dût aller conseiller à Fourcroy de ne pas recommencer un tel geste, qui pourrait lui nuire » '(P. Gourdin, op. cit.)

Après le 9 Thermidor (27 juillet 1794), Fourcroy est membre du Comité du Salut public et du Conseil des Anciens, de 1795 à 1797. Le 21 février 1795, il présente un rapport sur la création d'une Ecole centrale des travaux publics, qui devait devenir l'Ecole Polytechnique (décret du 14 fructidor an III : 1er septembre 1795). Il entre à l'Institut, dès sa création (décembre 1795), dans la section de chimie, dont il est élu président en 1797.

Le Consulat et l’Empire

Fourcroy n'eut aucune part dans le coup d'Etat du 18 Brumaire. Mais le Premier consul le nomme au Conseil d'Etat (section de l'Intérieur) dès sa création le 4 nivôse an VIII (25 déc. 1799).
 
Il est envoyé en mission dans les départements de l'Ouest et du Nord en l'an IX et X. Ensuite, sa tâche est exclusivement axée sur l'organisation de l'instruction publique.
 
Napoléon a dit au Conseil d'Etat : « De toutes nos institutions, la plus importante est l'Instruction publique. Tout dépend d'elle, le présent et l'avenir  » (L. Madelin, Histoire du Consulat et de l'Em²pire, t. 4, p. 170).

Fourcroy participe à l'élaborationd de la loi n° 1488 du 11 floréal an X (1er mai 1802) sur l'instruction publique, c'est lui qui présente le dernier projet au Corps législatif (6).
 
Il succède à Roederer à la Direction générale de l'instruction publique, le 27 fructidor an X (20 sept. 1802) et il est chargé des textes d'application de la loi du 11 floréal an X. Cette loi prévoyait des écoles primaires, des écoles secpndaires (de la 6e à la seconde), des lycées (terminales) et des écoles spéciales. Fourcroy travaille à l'organisation des six écoles de médecine, des écoles de pharmacie, des douze écoles de droit, d'une trentaine de lycées et de trois cents collèges communaux : c'est un travail immense que Fourcroy va finalement mener à bien.
 
Il est membre de la Légion d'honneur le 2 septembre 1803, commandant le 14 juin 1804.

Fourcroy se consacre ensuite l'Université impériale. Après de nombreuses discussions en Conseil d'Etat et la rédaction de neuf projets, le principe d'un corps d'enseignants formant « l'Université impériale » est définitivement acté par la loi du 10 mai 1806.

L’Université impériale

Mais il reste à organiser l'Université impériale, en académies, facultés, écoles primaires er secondaires, avec le nombre d'enseignants, les budgets, etc. Napoléon dicte son projet le 28 janvier 1808 (7), et charge Fourcroy de rédiger une annexe destinée à régler tous les détails. La dernière rédaction (il y en eut 23) est adoptée par le Conseil d'Etat le 5 mars 1808 et, enfin, l'Empereur signe, le 17 mars 1808, le décret n° 3179 organisant l'Université impériale (19 titres, 144 articles). Les séances de travail avec Napoléon duraient parfois dix heures consécutives. Une tâche écrasante ! « Je n'en puis plus, disait Fourcroy, cet homme me tue ! » (P. Gourdin, op.cit.). Il disait aussi, avec admiration que Napoléon manifetait, dans ce domaine, « son inégalable génie de réformateur ».
 
L'Université impériale sera régie et gouvernée par un Grand-Maître. Fourcroy, qui avait fourni un travail considérable, espérait qu'il allait être désigné. Mais, par décret n° 2180, du 17 mars 1808, c'est Fontanes qui est choisi (8).
 
Ainsi, Fontanes était préféré à Fourcroy, ancien conventionnel, que Napoléon considérait comme un « révolutionnaire mal repenti ».
 
La déception de Fourcroy est profonde. Jusqu'au 31 décembre 1808, il conserve ses fonctions de Directeur général de l'Instruction publique, mais il entre en conflit avec Fontanes, qui observe : « D'un côté je vois un ministre qui surveille l'instruction publique (le ministre de l'Intérieur), de l'autre un Conseiller d'Etat qui la dirige (Fourcroy) : je cherche la place de Grand Maître et ne la trouve pas. »

Les dernières années de sa vie

Fourcroy avait été fait comte de l'Empire, par lettres patentes du 26 avril 1808 ; il est nommé Directeur général des Mines avec une dotation de 10 000 francs sur le Hanovre, le 3 décembre 1809. Maix ces compensations ne le consolent pas. Il tombe malade et meurt à paris le 16 décembre 1809, d'une crise cardiaque à l'âge de 54 ans.
 
Ses obsèques ont lieu le 20 décembre à Saint-Médard, sa paroisse, en présence des autorités civiles et militaires, des grandes écoles de l'Université, de l'Institut, du Muséum d'histoire naturelle… (Journal de l'Empire, 22 déc. 1809). Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise, dans la 11e division, où le ministre d'Etat Regnault de Saint-Jean d'Angély prend la parole (9).
 
Fourcroy laissait de nombreux ouvrages, notamment : Elements d'histoire naturelle et de chimie (1782) ; Système des connaissanes chimiques et de leurs applications aux phénomènes de la nature et de l'art (paris, an IX-X, 11 vol.), qui figurait dans la bibliothèque de Napoléon à l'île d'Elbe et à Sainte-Hélène ; Philosophie chimique ou vérités fondamentales de la chimie moderne diposées dans un ordre nouveau (1792, 3e éd. 1806), qui figurait dans la bibliothèque de Napoléon à l'île d'Elbe, ce qui confirme la valeur de ces ouvrages.
 
D'autre part, le Dr Jean-François Lemaire souligne, dans son ouvrage précité (p. 79-80), que Fourcroy avait inventé l'enseignement hospitalo-universitaire. Enfin, il avait dirigé depuis l'an IV, le Journal de la Société des pharmaciens de Paris.
 
Fourcroy avait épousé vers 1785, Anne-Claude Bottinger. Après divorce, il s'était remarié avec Adélaïde-Flore Belleville, veuve de Charles de Wailly. De son premier mariage, il avait eu un fils Nicolas, tué à Lutzën, le 2 mai 1813, et une fille qui épousa N. Floucaud, trésorier général des finances, dont les enfants reprirent le nom de Fourcroy (10).

Notes

(1) Vicq d'Azir, Félix : médecin français (Valognes 1748 – Paris 1794). Fondateur de la Société royale de médecine (1776), il est essentiellement connu pour ses travaux d'anatomie comparée.
(2) Le Lycée des Arts a été créé en 1792 à Paris, par le colonel du génie Desaudrais, pour l'encouragement des sciences et des techniques.
(3) Après 1792, le « Jardin du Roi » devient le « Jardin des Plantes ». L'année suivante on y installe le Muséum d'histoire anturelle et on y transfère la ménagerie (qui, auparavant, était à Versailles).
(4) Certains, comme Thénard, disaient que Fourcroy était « un phraseur pour femmes et gens oisifs » et que ses travaux étaient « superficiels et hâtifs », ce qui était manifestement exagéré.
(5) Sur lavoisier (1743-1794), voir Jean Tulard, JF Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, éd. R. Lafont, 1987, p. 936 – Les cahiers de Sciences et Vie, n° 14, Lavoisier. Le 24 novembre 1793, la Convention avait décrété l'arrestation de 32 fermiers généraux (dont Lavoisier). Or il ne semble pas que Fourcroy soit à l'origine de cette mesure collective.
(6) Voir la reproduction du portrait de Fourcroy par Gérard : Revue du Souvenir Napoléonien, n° 340, avril 1985, p. 22
(7) Voir André Palluel, Dictionnaire de l'empereur, Plon, 1969, p. 1112, n° 13502
(8) Sur Fontanes, Revue du Souvenir Napoléonien, n° 386, déc. 1992
(9) A la Faculté de Pharmacie, n°4, avenue de l'Observatoire à Paris (6e), sur le mur de l'école, rue Michelet, le premier médaillon, à la hauteur du rez-de-chaussée, est celui d'Antoine de Fourcroy.
(10) Autres références : Romant d'Amat, Dictionnaire de biographie française, p. 750 – Michaud, Biographie universelle, t. 14, p. 521 – Napoléon, éd. Rencontre, 1969, t. 5, p. 23 : L'Université impériale, par Charles Durand.

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