HAUSSMANN, Georges Eugène, baron, (1809-1891) préfet de la Seine et urbaniste

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Le baron Haussmann (1809-1891), par Désiré François Millet © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) - Hervé Lewandowski

Fils de Nicolas Valentin Haussmann (l787-1876)

…quelque temps négociant, puis sous-intendant militaire de 1re classe, et de Caroline Dentzel (1789-1869), il naît à Paris Ier ancien le 27 mars 1809 et reçoit le baptême le 12 avril, non pas au temple réformé de l’Oratoire, comme il l’affirme dans ses Mémoires, mais au domicile de ses parents, 55, faubourg du Roule, l’acte correspondant étant inscrit sur le registre de la chapelle luthérienne de l’ambassade de Danemark. Appartenant à l’église de confession d ‘Augsbourg, la famille Haussmann est originaire de Tennstedt, en Thuringe, où I’on peut remonter sa filiation jusqu’à Jean Haussmann (1582-1624), tailleur de pierre. Elle s’établit à Colmar en 1702, avec Balthasar Haussmann (1677-1736), pharmacien, arrière-petit-fils du précédent. Dès 1703, celui-ci épouse Marie-Madeleine Burger, fille d’un négociant de la ville. Cette union le fait entrer d’emblée dans le cercle des familles dirigeantes de Colmar. Trois de ses petits-fils, les frères Christian, Jean et Jean- Michel Haussmann, fondent en 1775, à Wintzenheim, une manufacture de toiles peintes, imitant les cotonnades chinoises aux couleurs vives, dont la vogue, depuis quelque temps, est extraordinaire. Cette firme, qui existe toujours et se consacrera par la suite à la filature et au tissage de coton, restera un siècle entre les mains de la famille. En 1785, elle occupe de 1 200 à 1 400 personnes. Un quatrième frère, plus jeune, Nicolas, grand-père paternel du préfet de la Seine, dirige, durant les années qui précèdent la Révolution, le dépôt de Versailles de la maison Haussmann frères, fournisseur de la cour. Par la suite, il sera successivement administrateur du département de Seine-et-Oise, député de celui- ci à l’Assemblée législative, puis à la Convention (non régicide : il était en mission, lors du procès de Louis XVI), administrateur des vivres de terre. Caroline Dentzel, mère de Georges Eugène Haussmann, était fille de Georges Frédéric Dentzel (1755-1828), pasteur luthérien et aumônier militaire, député du Bas-Rhin à la Convention (non régicide : il était lui aussi en mission lors du procès de Louis XVI), puis au Conseil des Anciens, général de brigade, membre du consistoire luthérien de Paris, baron de l’Empire (1808), originaire de Durkheim, dans le Palatinat. Georges Frédéric Dentzel avait épousé Sybille Louise Wolff.

En 1820, Georges Eugène Haussmann entre au lycée Henri-IV

…où il a pour condisciples le duc de Chartres fils aîné de Louis-Philippe alors duc d’Orléans, et Alfred de Musset. Il achève ses études secondaires au Iycée Bourbon (aujourd’hui Condorcet) en 1825. L’année suivante, il s’inscrit à la faculté de droit de Paris, passant sa licence en 1829 et son doctorat en 1831. Entre-temps, il a exécuté, lors de la révolution de 1830, plusieurs missions de liaison pour les insurgés et, au cours de l’une d’elles a été légèrement blessé. Le rappel opportun de cette éraflure et les liens de camaraderie qu’il a contractés à Henri- IV avec le prince royal facilitent ses débuts dans la carrière préfectorale, où il s’engage dès 1831. Il est successivement secrétaire général de la préfecture de la Vienne (21 mai 1831), sous-préfet d’Yssingeaux (13 juin – 9 octobre 1832), de Nérac (1832-1840), de Saint- Girons (1840), de Blaye (1841-1848). Chevalier de la Légion d’Honneur en 1837, il devient officier dix ans plus tard.

La révolution de 1848 ne freine pas son avancement :

Le 17 mars, il est nommé membre du conseil de préfecture de la Gironde. Il est préfet du Var en 1849, de l’Yonne en 1850, de la Gironde en novembre 1851. De passage à Paris en allant prendre possession de ce dernier poste, il donne son adhésion au coup d’Etat du 2 Décembre et arrivé à Bordeaux, jugule toute velléité de résistance. Lorsque dans les derniers mois de 1852, le Prince-Président visite les provinces méridionales, afin de préparer les esprits au rétablissement de l’Empire, il fait en sorte que le voyage s’achève, du 7 au 10 octobre 1852, en apothéose à Bordeaux, qui en est l’étape finale. Le 1er janvier 1853, il est fait commandeur de la Légion d’honneur et, le 22 juin, nommé préfet de la Seine. Au prix d’un labeur immense, assuré de l’appui constant de Napoléon III, il va, à travers mille difficultés, faire de Paris une ville moderne, aux grandes avenues capables d’absorber une circulation en constant accroissement. De surcroit, il la dotera de deux poumons, en aménageant les bois de Boulogne et de Vincennes et construira un chemin de fer circulaire, qui facilitera les communications. Il bénéficiera pour ces réalisations, de budgets considérables – alimentés en partie par l’emprunt -, qu’il aura constamment tendance à dépasser, et disposera d’un mandat de dix-sept ans durant lesquels la capitale sera, presque en permanence, un vaste chantier. Le 7 décembre 1857, il entre au Sénat. Le 7 décembre 1862, il est promu grand-croix de la Légion d’honneur et, le 7 décembre 1867, l’ Académie des beaux-arts l’élit en qualité de membre libre. Il a désormais atteint le sommet des honneurs. Contrairement à une opinion répandue, ce n’est pas, cependant, à Napoléon III qu’il doit le titre de baron, dont il se pare. Il semble que ce soit en raison de l’extinction de la postérité mâle de son grand-père maternel, Georges Frédéric baron Dentzel, que le préfet de la Seine porte usuellement et de façon abusive ce titre, jusque dans l’Almanach impérial. Certes, il ne tenait qu’à Haussmann d’en obtenir de l’Empereur la confirmation mais il ne l’a pas fait.

À la fin de 1869, Napoléon III décide de sacrifier Haussmann sur l’autel de l' »Empire libéral ».

Le préfet de la Seine, pressé de se démettre, refuse de le faire, estimant n’avoir pas démérité. Il sera donc relevé de ses fonctions par décret impérial du 5 janvier 1870, publié dans le Journal officiel du 6. En effet, à la fin du Second Empire, Haussmann est l’un des hommes les plus brocardés de France. Il a bousculé trop d’habitudes et remis en question trop de situations acquises : le remodelage de la géographie parisienne et les programmes de constructions nouvelles ont, en effet, déclenché une vague de spéculations sans précédent. Le coût des travaux entrepris est énorme : qu’on pense aux Comptes fantastiques d’ Hausmann pamphlet célèbre de Jules Ferry. Des monuments vénérables ont été détruits trop systématiquement. Par ailleurs, le personnage d’Haussmann présente un côté agaçant. Tout au long de sa carrières, il a fait montre d’une ambition forcenée, d’un opportunisme impudent et, quoi qu’il fasse, du génie de la mise en scène. En fait, avec le recul du temps et même si la disparition d’un nombre important de vestiges du passé, de sites liés à notre histoire, laisse un regret, la postérité a été forcée de reconnaître que ce qu il a réalisé à grands frais était indispensable et que, tôt ou tard, il eût fallu le faire. Par ailleurs le souvenir des travers du grand préfet de la Seine s’est estompé. Il a, finalement, laissé l’image d’un travailleur infatigable et extraordinairement efficace. Mais la carrière d’ Hausmann ne s’achève pas avec la chute du Second Empire. Rentré dans la vie privée, il lui faudra pour vivre – car il n’a pas fait fortune – vendre son domaine de Houeillès, dans le Lot-et-Garonne, puis sa villa de Nice et s’occuper de trouver quelques activités lucratives.

En 1871, il prend la direction du Crédit mobilier, banque fondée en 1852 par les frères Pereire, mais, n’y reste qu’un an.

En 1873, il devient administrateur, puis en 1874 président de la Compagnie des entrepôts et magasins généraux. Il gardera cette présidence jusqu’à sa mort. En 1877, il refait surface dans la vie publique. Le 14 octobre, candidat avec la  » bénédiction » du nonce et du cardinal Guibert, archevêque de Paris, contre le prince Napoléon (Jérôme), député sortant, il est envoyé à la Chambre par la Corse. Il y siégera jusqu’en 1881, dans le groupe de l’Appel au peuple, le parti bonapartiste. Il meurt à Paris VIIIe le 11 janvier 1891. Ses obsèques ont lieu le 15 en l’église luthérienne de la Rédemption, rue Chauchat à Paris IXe. Sa tombe se trouve au cimetière du Père-Lachaise. En dehors de quelques plaquettes de vers sans grand intérêt, de documents administratifs divers, de discours au Sénat et à la Chambre des députés, il a laissé trois volumes de Mémoires : I « Avant l’hôtel de ville » ; II « Préfectures de la Seine » ; III « Grands travaux de Paris » (1890). Il avait épousé à Bordeaux, le 17 octobre 1838, Octavie de Laharpe (Bordeaux, 15 février 1807 – Paris VIIIe, 24 décembre 1890), fille d’Alphonse Daniel, négociant et armateur à Bordeaux, et de Marie-Fanny Texier. Protestante, la famille de Laharpe, originaire du canton de Vaud, où elle apparaît à la fin du XIVe siècle, avait donné notamment le célèbre critique, membre de l’Académie française, Jean-François de Laharpe (1739- 1803), parent éloigné de Mme Haussmann. De cette union, naquirent deux filles : Henriette-Marie Haussmann (Bordeaux, 17 janvier 1840 – Paris VIIIe ; 5 mars 1890), mariée à Paris IVe le 27 mars 1860 à Camille Dollfus (1826-1906), propriétaire, secrétaire d’ambassade, député et conseiller général du Lot-et-Garonne, de la célèbre famille patricienne de Mulhouse, d’où est issue une descendance importante, et Valentine Haussmann (Bordeaux, Ier décembre 1843 – Arcachon, 3 avril 1901) qui épousa tout d’abord à Paris IVe le 14 mars 1865 Maurice vicomte Pernety (1844-1920), un moment chef de cabinet de son beau-père, le préfet de la Seine, dont elle divorça à Paris le 21 juin 1883, puis s’allia à Hyères le 25 février 1891 à Georges Renouard (1843-1897), fils de Jules Renouard, libraire-éditeur bien connu. Le second mariage resta sans postérité. Du premier était né un fils, mort sans descendance. Selon certains auteurs, Valentine Haussmann aurait été quelque temps, avant son premier mariage, l’une des nombreuses maîtresses de Napoléon III. On est allé parfois jusqu’à faire d’elle la mère d’un personnage du nom de Jules Adrien Hadot, réputé fils naturel de l’Empereur : aucun indice ne permet de le penser sérieusement. Haussmann lui-même avait eu, d’une actrice de l’Opéra, Francine Cellier, une fille naturelle, Francine Eugénie, née en 1859, qu’il fit élever dans le luthéranisme et dont il suivit attentivement l’éducation. Elle épousa en 1876 Achille de Guise, capitaine d’infanterie, et en eut une postérité toujours représentée. Le nom d’Haussmann continue d’être porté par les descendants de Jean-Michel Haussmann (1749-1824) et de Georges Haussmann (1750-1827), tous deux frères du grand-père du préfet de la Seine.

Joseph VALYNSEELE

Source : Dictionnaire du Second Empire, Paris : Editions Fayard, 1995
Avec l’aimable autorisation des Editions Fayard

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