MEHUL, Étienne Nicolas (1763-1817), compositeur de musique

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Né à Givet (Ardennes), le 22 juin 1763, rue des religieuses, aujourd'hui rue Méhul (1), il était le fils d'un modeste cuisinier. Remarquablement doué pour la musique, il reçoit les leçons et les conseils de l'organiste de l'église des Récollets, à Givet. À 13 ans, il est l'élève et bientôt le suppléant de Guillaume Hanser, aux orgues de l'abbaye de Laval-Dieu. En 1778, il se rend à Paris, où il complète sa formation avec le professeur Edelmann. Pour vivre, il enseigne la pratique des instruments à clavier et compose déjà des sonates pour piano et des arrangements d'airs d'opéras à la mode.

Son Ode sacrée exécutée au Concert spirituel en 1782 est favorablement accueillie. Il est présenté à Gluck (1714-1787) qui se trouve à Paris pour la représentation de son Iphigénie en Tauride. Gluck l'encourage et l'oriente vers le théâtre.
 
Essentiellement, Méhul se consacrera à l'opéra, à l'opéra-comique et au ballet.
En 1790, il débute à la Comédie italienne avec Euphrosine ou le Tyran corrigé ; c'était un succès, Grétry le confirme (Essais sur la musique, t. 2, p. 59). En 1791, sur la scène de l'opéra, il fait représenter Cora et Alonzo, d'après une nouvelle de Marmontel. Viennent ensuite : Stratonice (Théâtre Favart, 1792), Mélidore et Phrosine (1794).

D'autre part, Méhul, bien que moins engagé que Gossec (voir RSN n° 414, p. 39), est l'un des compositeurs de la Révolution. On lui doit plusieurs morceaux : Hymne à la raison, Hymne à Bara et Viala, Chant des victoires, Hymne du 9 Thermidor, Chant funèbre à la mémoire de Féraud, Hymne à la Paix, le Chant du retour et, surtout, le Chant du Départ, qui lui a assuré l'immortalité.

C'est un hymne patriotique, sur les paroles de Marie-Joseph Chénier. Selon la tradition, pendant une soirée chez Sarrette, un musicologue de l'époque, le texte de Marie-Joseph Chénier est soumis à Méhul : celui-ci s'accoude sur le bord d'une cheminée et très rapidement compose la musique de cet hymne enflammé. Le chant, destiné à rappeler la prise de la Bastille, est entendu, pour la première fois, le 4 juillet 1794, à Paris, au cours d'un concert au Jardin des Plantes. D'un ton sévère et majestueux, il obtient un grand succès et sera souvent chanté par les troupes sur les champs de bataille, y compris sous l'Empire : « La Victoire, en chantant, nous ouvre la barrière ; la Liberté guide nos pas… ; la République nous appelle ; sachons vaincre ou sachons périr ; Un Français doit vivre pour elle ; pour elle, un Français doit mourir… ».

Lors de la création du Conservatoire national de musique, le 3 août 1795, Méhul est nommé professeur de composition et l'un des cinq inspecteurs des études, avec Grétry, Gossec, Lesueur et Cherubini. Méhul est membre de l'Institut dès sa création, le 25 octobre 1795, dans la classe des Beaux-Arts, section musique. Comme son collègue Gossec et son ami Cherubini, Méhul est affilié à la franc-maçonnerie, à la loge « L'Olympique de la Parfaite Estime », à l'Orient de Paris.
Méhul consacre beaucoup de temps au Conservatoire de musique (qui deviendra plus tard le Conservatoire impérial de musique et de déclamation).

Malgré ses activités d'enseignement, Méhul ne cesse de composer : pour le Théâtre Favart, Le jeune Henri (1797), Ariodant (1798), où coexistent de grands airs dramatiques et de simples romances tandis que l'orchestre prend une part grandissante dans la conduite du drame ; pour le Théâtre Feydeau : Le Pont de Lodi (1797) ; pour l'Opéra, Adrien (1799) ; le Chant de triomphe du 25 Messidor exécuté aux Invalides, le 14 juillet 1800 pour célébrer Marengo, avec 2 orchestres, 3 choeurs et 1 choeur de femmes accompagné de harpes, une audace de spacialisation du son qui impressionnera Berlioz.

En 1801, Méhul compose, sous un pseudonyme italien l'Irato, un opera buffa, qui connaît un grand succès, véritable pastiche dédié au Premier consul, qui accepte sans mauvaise grâce, la supercherie (voir RSN n° 342, p. 22).
Le dimanche 18 avril 1802, jour de Pâques, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, une messe solennelle est célébrée en présence du Premier consul, des grands corps de l'État et de l'Armée et les choeurs sont dirigés par Méhul et Cherubini.
Méhul, qui était très lié avec Cherubini, s'efforce de sortir son ami de la disgrâce où le tenait Napoléon. Lorsque le Premier consul propose la charge de maître de chapelle à Méhul, celui-ci voudrait la partager avec Cherubini. Mais Napoléon refuse et offre la place à Lesueur, qui l'accepte pour lui seul (voir RSN n° 450, p. 57).
En 1804, lors de l'établissement de l'Empire, Méhul est fait chevalier de la Légion d'honneur (Cherubini est écarté de la promotion).

Par ailleurs, Méhul compose quelques ballets, La Dansomanie (1800), Daphnis et Pandrose (1803), Les Amazones (1811) et aborde le romantisme avec Helena (1803), le Prince troubadour (1813) et Uthal (1806), un drame ossianique qui rappelle Ossian ou les Bardes de Lesueur (voir RSN n° 450).

Son oeuvre maîtresse, Joseph (1807), un oratorio plus qu'un opéra, où le ténor Elleviou remporte un triomphe, reste l'ouvrage le plus célèbre de l'époque. Il a été primé par Napoléon comme la meilleure ouvre lyrique de l'année. À la pompe gréco-romaine, Méhul oppose « la simplicité biblique d'une action dépourvue de toute intrigue amoureuse et la recherche d'une couleur archaïsante. C'est une musique revendiquée par les romantiques et qui préfigure L'Enfance du Christ de Berlioz » (Marie-Claire Le Moigne-Mussat).

Ensuite, deux oeuvres liées à l'Empire : le Chant de Retour pour la Grande Armée (1808) et une Cantate pour le mariage de Napoléon et de Marie-Louise (1810). Méhul avait, dans les oeuvres de circonstances, le sens des grandes masses et des grandes architectures.

Le 27 septembre 1813, lors des obsèques grandioses de Grétry, Méhul prononce un discours au cimetière du Père-Lachaise (Le Moniteur Universel, 29 septembre 1813 ; Revue de l'Institut Napoléon n° 168, 1995-III, p. 18 ; RSN n° 416, p. 36).

Enfin, il est à retenir que Méhul et Gossec sont les seuls compositeurs français de l'époque ayant abordé le genre de la symphonie. L'intention de Méhul était « d'accoutumer peu à peu le public à penser qu'un Français peut suivre de loin Haydn et Mozart ». Méhul composa six symphonies, on les redécouvre aujourd'hui. Comme l'estime Jean Mistler (Napoléon, éd. Rencontre, 1969, t. 5, p. 62), il est regrettable que, par la suite, la Société des concerts du Conservatoire se soit limitée aux oeuvres de Beethoven et qu'elle ait négligé « les symphonies de Méhul, dont la première, écrite en 1797, est antérieure à celle de Beethoven et dont une au moins vaut les plus belles du maître de Bonn ». Plus récemment, on a précisé : « ses deux symphonies en sol mineur (1809) et en ré majeur (1809), la seconde surtout, sont de remarquables spécimens du genre » (Larousse, Dictionnaire de la musique).
En conclusion, les oeuvres de Méhul font apparaître sa science de l'instrumentation, son sens d'un romantisme naissant et son invention mélodique.

Jusqu'en 1814, Méhul réside au Conservatoire de musique, rue Bergère, à Paris 9e (Almanach impérial, 1805, p. 590 ; 1810, p. 655). À la fin de l'Empire, il possède un petit hôtel, 46, rue

Notes

(1) Sa maison natale se trouve à Givet, 11, rue Méhul (PC) : Répertoire mondial des souvenirs napoléoniens, p. 40.
(2) Sources : Michaud, Biographie universelle, t. 27, p. 516 ; Dictionnaire Napoléon, p. 1159, notice Méhul, par Marie-Claire Le Moigne-Mussat ; RSN n° 342, « Napoléon et la musique », par Denise Leprou ; Larousse Dictionnaire de la musique, 2001, p. 540 ; J.-P. Tarin, Les notabilités du Ier Empire, leurs résidences en Ile-de-France, p. 522.

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