NORVINS Jacques de, Baron Marquet de Montbreton (1769-1854), administrateur et historien de Napoléon

Partager
Jacques de Norvins © Fondation Napoléon

Jacques de Norvins, est né à Paris, le 18 juin 1769 (la même année que l'Empereur disait-il, avec fierté). Il était le fils d'un receveur général des finances, qui jouissait d'une belle fortune. Après des études de droit, il est magistrat, conseiller-auditeur au Châtelet de Paris.
En 1792, il émigre et prend du service à Coblence, dans le régiment allemand du comte Erlch. Ensuite, il se retire en Suisse pendant cinq ans, où il se lie avec Mme de Staël. Rentré en France, sous le Directoire, il est arrêté après le coup d'État du 18 Fructidor an V (4 septembre 1797) et emprisonné à La Force. Grâce à une intervention de Mme de Staël, il est libéré provisoirement et il l'est définitivement après le 18 Brumaire an VIII de la République (9 novembre 1799).
Dès lors, il vouera des sentiments d'admiration et de reconnaissance à Napoléon. Sous le Consulat, Frochot, préfet de la Seine, le prend comme secrétaire particulier (1).
 
Puis, il est entraîné dans l'expédition de Saint-Domingue, avec la charge de secrétaire de cabinet du général Leclerc, beaufrère du Premier Consul, général en chef de l'expédition et « capitaine-général » de la colonie, une situation de vice-roi (2). Plus tard, dans son Mémorial, Norvins donnera un récit hallucinant de l'expédition et des opérations.
 
En 1803, après avoir subi trois attaques de la fièvre jaune, il rentre en France, malade et profondément découragé. Aucun poste ne lui étant proposé, il accepte, grâce à la protection de Joséphine, de reprendre du service comme premier lieutenant au corps des gendarmes d'ordonnance (2ecompagnie), à Mayence. Et lors de la campagne de 1806- 1807, il reçoit la Légion d'honneur à la suite de l'affaire de Marienwerder (3).
 
Entré au service du roi Jérôme, il fonde le Moniteur westphalien, dont il devient le rédacteur en chef. En même temps, il organise le Conseil d'État westphalien (il en est  le secrétaire général). Il passe ensuite au ministère de la Guerre westphalien. Enfin, Jérôme le nomme chambellan de la reine Catherine et chargé d'affaires à la cour de Baden.
 
Par lettres patentes du 28 octobre 1808, Jacques de Norvins (Marquet de Norvins), « secrétaire général du Conseil d'État westphalien », avait été fait chevalier de l'Empire français (J. Tulard, Napoléon et la noblesse d'Empire, p. 333). Norvins revient en France en 1810, où Savary lui confie la direction générale de la police dans les anciens États de l'Église, à Rome. Le 21 janvier 1814, il est mis fin à ses fonctions et il quitte la Ville éternelle.
 
Après la première Restauration (avril 1814), il collabore au Nain Jaune et approuve publiquement le retour de l'île d'Elbe de Napoléon, le 2 mars 1815.
Pendant les Cent-Jours, Napoléon le nomme « intendant général de tous les pays d'Allemagne à reconquérir ». Mais, bien entendu, cette nomination n'aura pas de suite.
 
En juillet 1815, il doit s'exiler à Strasbourg. De retour à Paris, en 1816, il se consacre à l'écriture : il entreprend, avec Arnault, Jay et Jouy, une Biographie universelle des contemporains (1820-1825), puis son Mémorial, publié par Lanzac de Laborie (Plon, 1896-1897, voir biblio critique J. Tulard : n° 576, p. 127), enfin, son Histoire de Napoléon (Paris, 1827), qui connaît un énorme succès : 22 éditions, la dernière en 1839 (4). L'ouvrage était illustré par Raffet, dans un style romantique et l'expédition de Saint-Domingue fait l'objet du chapitre XXI (pp. 232 à 244).
 
Dans une préface intéressante, Norvins écrit : « Napoléon a été l'étude de ma vie depuis le 18 Brumaire. Dès cette époque, j'avais conçu le dessein de représenter dans un tableau fidèle cet homme imprévu et neuf dans l'Histoire. Sous le Consulat et l'Empire, je m'attachai à recueillir et à mettre en ordre de nombreux matériaux… mais par degrés, l'étendue et les difficultés de l'entreprise, comparée avec mes forces, m'inspiraient du découragement. L'examen de la vie de Napoléon, me disais-je, laisse dominer trois grands caractères : l'excès du génie, l'excès de la fortune et l'excès du malheur ». À la fin, reprenant une citation de Napoléon dans le Mémorial (« Il me fallait vaincre à Moscou »), Norvins termine sa préface comme suit : « Voilà comment Napoléon explique Napoléon ; je me suis étendu particulièrement sur son caractère, parce que j'ai cru ce préliminaire indispensable pour préparer le lecteur à l'histoire d'un homme dont la vie nous présente un être à part, sans aucun terme de comparaison avec les fastes du monde. Quant à moi, je déclare que je n'aurais pas entrepris d'écrire cette grande histoire si je ne m'étais senti également possédé du besoin de rendre hommage à la vérité et du désir d'honorer la France ».
 
La monarchie de Juillet nomme Jacques de Norvins préfet de la Dordogne (19 août- 2 septembre 1830), puis préfet de la Loire (mai 1831), après quoi l'intéressé rentre dans la vie privée.
 
Il meurt à Pau, le 30 juillet 1854, à 85 ans.

Jacques de Norvins avait épousé, le 11 décembre 1823, Mélanie-Laure Thiébault, fille du général baron de l'Empire, dont deux enfants : 1 fils, Ferdinand-Marie, capitaine des zouaves, qui s'est distingué en Afrique aux affaires de Zaatcha et Laghouet, une fille, mariée à M. Gengoult, officier.
 
La Vie de Napoléon de Jacques de Norvins a beaucoup contribué à la diffusion de la légende napoléonienne et, par voie de conséquence, à l'instauration du Second Empire.
 
Depuis 1868, une rue de Paris (18e, entre la place du Tertre et la rue Girardon) porte le nom de Norvins (5).

Marc Allégret
Revue du Souvenir Napoléonien n°458
Avril-mai-juin 2005
Pp. 67-68

Notes :

(1) Voir la notice Frochot, RSN n° 394, mai-juin 1994, p. 43.
(2) Voir la notice Leclerc, RSN n° 444, décembre 2002-janvier 2003).
(3) Sur les gendarmes d'ordonnance, voir J. Norvins, « Les gendarmes d'ordonnance en campagne), 1807-1808 », La Sabretache, 1928-146 ; A. Pigeard, « Les gendarmes d'ordonnance », rev. Traditions, n° 97.
(4) Un exemplaire, celui offert en 1840, par l'éditeur, au Prince Eugène, duc de Leuchtenberg, prince d'Eichstadt, se trouve au Musée Napoléon Bonaparte, Domaine Mandarine Napoléon, 59 Seclin.
(5) Sources : Michaud, Biographie universelle, tome 31, p. 61 ; Dictionnaire Napoléon, p. 1254, notice Jean Tulard.

Partager