RAPP (1771-1821) Jean, comte – Lieutenant-général français

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Né le 27 avril 1771 à Colmar (Haut-Rhin), mort le 8 novembre 1821 à Rheinweiler (Pays de Bade), enterré à Colmar le 11 novembre 1821. Fils de Jean Rapp, fabricant de boutons, et de Catherine-Salomé Edighoffen ; leur famille appartenaient au cercles des bürgers de Colmar, bourgeois depuis plusieurs générations. La solidarité du groupe des passementiers permit au père d’être aussi le fonctionnaire municipal chargé de veiller sur la douane (Kaufhaus) située face à sa demeure. D’où la légende que le général Rapp « fils de concierge ».

Deux oncles ont servi dans l’armée royale : Ambroise Gochnath, colonel de Lamarck-allemand, puis chef de brigade du 77e de ligne, et Jean-Georges edighoffen, nommé général de brigade le 30 décembre 1806. Luthériens de la confession d’Augsbourg, les parents de Jean Rapp souhaitèrent que leur fils devînt pasteur. Il fit des études secondaires au gymnase avec l’aide de la famille du receveur général des finances, de Reiset, membre du Conseil souverain d’Alsace siégeant à Colmar. Rapp devint un familier de des Reiset chez qui il rencontra Kléber.  Adolescent turbulent, doté d’une force extraordinaire, Rapp supportait mal les activités sédentaires de comptable ou de « praticien ». Le 1er mars 1788, il se fait enrôler dans un régiment français de cavalerie : les chasseurs des Cévennes, qui disposait d’un cantonnement à Ostheim, au nord de Colmar. Rapp est désormais soldat : cavalier au chasseur de Bretagne (décembre 1788) ; brigadier-fourrier (1er janvier 1791) au 10e chasseur à cheval (1er avril 1791), puis maréchal des logis-chef (16 mai 1793), élu sous-lieutenant (3 avril 1794), confirmé lieutenant (22 septembre 1794), il se signale par son intrépidité et les blessures reçues : coup de sabre au poignet gauche le 18 octobre 1793 ; coup de feu à la face le 21 novembre 1793 ; présent à la bataille du Geisberg sous Hoche (26 décembre 1793). C’est l’armée du Rhin qu’il reçoit à Ligenfield (28 mai 1795) plusieurs coups de sabre sur la tête et sur le bras gauche. Il est si touché qu’il demande à prendre sa retraite, mais le docteur Bartholdi l’en dissuade ; son oncle Elie Graff, capitaine de la garde nationale intervient pour que le général Desaix le prenne comme aide de camps provisoire (19 décembre 1796). Aux côtés de Desaix, il défend le fort de Kehl et il est blessé d’un coup de feu au genou droit ; confirmé aide de camp et nommé capitaine  (18 mai 1797) avec l’appui du général en chef, Moreau, Rapp se trouve en contact avec l’élite de l’armée dans les états-majors ; il accompagne Desaix en Italie (Septembre 1797) où il rencontre Bonaparte  à Passariano, près de Campo-Formio. Il suit son général et ami, nommé commandant en chef de l’armée d’Angleterre, et passe de Brest à Rome et à Civitavecchia (avril et mai 1798) pour s’embarquer sur la frégate la Courageuse (26 mai 1798). Les longues journées de navigation permettent à Rapp de rencontrer des savants : Monge, Denon, Malus, qui apprécient son intelligence et son bon sens. L’aide de camps de Desaix est de tous les combats : assaut de Malte (10 juin 1798), en avant-garde dès le débarquement (2 juillet 1798) aux Pyramides (21 juillet 1798), partout son courage et son esprit de décision se manifestent. Il assure les liaisons avec les chefs des unités non seulement en Haute-Egypte, mais aussi avec Le Caire ou avec la lointaine Cosseir, sur la mer Rouge. Il s’expose dans ces voyages incessants en pays hostile et inconnu, mais aussi dans des combats décisifs : à Sédiman (8 octobre 1798) où il est nommé chef d’escadron ; à Samahoud (22 janvier 1799) où, blessé à l’épaule gauche, il reçoit (le 15 février) le grade de chef de brigade (colonel). Après le départ de Bonaparte (24 août), le général Desaix, rejoint Kléber qui lui confie, avec Poussièlgue, les négociations avec Sidney Smith pour l’évacuation de l’Egypte. Jusqu’à la signature de la convention d’El-Arish (28 janvier 1800), il effectue un va-et-vient entre Kléber et Desaix. Avec lui, il quitte l’Egypte sur le brick ragusain La Madonna delle Grazie di San Antonio di Padova (4 mars 1800), lequel est intercepté par les Anglais qui le libèrent le 29 avril. Il n’arrive à Toulon que le 5 mai 1800. Après une quarantaine écourtée, il rejoint l’armée du Premier Consul  (11 juin). Le même jour Rapp perd deux amis, deux compagnons de combat : Desaix tué à Marengo, et Kléber assassiné au Caire le 14 juin 1800. Mais, le lendemain, le Premier Consul le prend pour aide de camp, fonction que Rapp exerce sans interruption jusqu’en 1814. Bonaparte lui confie des missions d’informations, notamment en Vendée  (juillet-aout 1800) ; il organise et commande l’escadron des Mamelouks à Marseille (13 octobre 1801). Il reprend son rôle aux Tuileries où il est logé cour de l’Orangerie, assurant la protection de Bonaparte lors des diverses conspirations. Le 30n septembre 1802, il reçoit mission en Suisse de « faire connaître que le Premier Consul est décidé à en finir et à organiser l’Helvétie […] sans donner gain à aucune faction ». Mission réussie avec coeur. Il part en tournée en Belgique (février-mars 1803) et retourne en Suisse (fin mars 1803) pour réorganiser les demi-brigades helvétiques ; puis en Hanovre et sur les bouches de l’Elbe (juin-juillet 1803) pour vérifier les travaux de défense contre une expédition anglaise. De retour à Malmaison, il s’intègre à la Cour consulaire parmi les familiers du Premier Consul. Il a gagné l’amitié affectueuse de Joséphine, mais celle-ci s’oppose aux projets de sa nièce Stéphanie Tascher de La Pagerie (août 1803) au moment même où Rapp est nommé général de brigade (29 août 1803). Il est envoyé en mission à Toulon auprès de Ganteaume, préfet maritime (novembre 1803 – mars 1804). Membre de la Légion d’honneur (11 décembre 1803) il devient commandeur dans l’ordre (14juin 1804). Il repart avec Napoléon en tournée au Luxembourg (octobre 1804, enquête sur le mécontentement de la Garde (9 novembre 1804) et, au cours de ses va-et-vient entre le camp de Boulogne  ou Fontainebleau, il déclare à Bourrienne : « il faut être de fer pour résister à ce métier. » en 1805, Rapp, élu candidat du Haut-Rhin pour le Corps législatif, n’est pas choisi par le Sénat. A l’instigation de l’Empereur, il épouse, le 28 mars 1805, Rosalie-Barbe-Josèphe Vanlerberghe, âgée de quatorze ans ; fille aînée d’un munitionnaire associé à Ouvrard dans la Compagnie des Négociants réunis, elle reçoit une dot d’un million de francs et un domaine à Busigny, au sud-ouest du Cateau-Cambrésis. Rapp achète l’hôtel de Montmaurin, 27-29 rue Plumet, pour 285 000 francs, et la Malmaison de Busigny pour compléter le domaine (octobre 1805).

Aide de camp de sa Majesté l’Empereur et Roi, Rapp participe activement aux opérations de 1805. A Ulm, Napoléon l’envoie chez le général Mack : « Vous parlez leur langue, allez voir ce qu’il en est. » A Austerlitz, sur ordre de l’Empereur, il conduit à la victoire la cavalerie de la Garde ; à la tête des Mamelouks, il bouscule et disperse la cavalerie de la garde russe. Cette charge irrésistible est passée à la postérité grâce à la célèbre toile de Gérard commandée par l’empereur. Rapp blessé, a les honneurs du Bulletin et devient général de division (24 décembre 1805). A peine guéri, il part inspecter les troupes de Marmont à Graz (18 décembre 1805), la place de Palmovona, les divisions du maréchal Masséna, et rejoint l’Empereur à Munich pour le mariage du Prince Eugène (13 et 14 janvier 1806) dont il est l’ami. Sans répit, Napoléon lui confie à Strasbourg la mission (20 janvier 1806) d’inspecter les conscrits. Rapp reçoit l’ordre du Lion de Bavière et repart en mission au Hanovre (fin mars 1806), à Hameln, à Hambourg. Le maréchal Augereau écrit à l’Empereur : « M. le général Rapp, votre aide de camp, a tout observé, tout vu avec sagesse et clairvoyance… » Le 14 avril 1806, de Mayence, il expédie son rapport à l’Empereur. Il inspecte le pays de Darmstadt et pousse jusqu’à Wesel. Quinze jours après son retour à Paris, il repart pour Strasbourg commander la 5ème division militaire (6 juillet 1806). Strasbourg, une des « place de l’avant », est le passage obligé de tous les mouvements de troupes venant ou allant dans les états allemands. Le 29 septembre 1806, Napoléon lui écrit : « il est nécessaire que vous soyez à  Würzburg le 2 octobre ». Rapp n’a vu sa jeune épouse que quelques jours ; le voici de nouveau lancé dans une campagne contre la Prusse. Il charge à Schleiz (9 octobre 1806) avec les cuirassiers. Après Iéna, il entre à Weimar avec Murat (14 octobre 1806). A Berlin, il dirige la recherche des trésors du roi de Prusse (fin octobre). Toujours  à l’avant-garde, il fait la campagne de Pologne à la tête des dragons du général Beaumont ; il détruit la cavalerie russe du général Kamensky (24 décembre 1806) et les forces Russes à évacuer Golymin (26 décembre 1806). Mais il est blessé et évacué à Varsovie. Il refuse d’être amputé de son bras gauche, fracassé par une balle, et de rentrer en France. Gouverneur de Thorn, il contrôle les troupes, les blessés et les malades arrivant de partout. Il assure l’approvisionnement des assiégeants de Dantzig. Il participe à la création des chevau-légers polonais. Le 28 mai 1807, il prend possession de la ville de Dantzig comme gouverneur général et commandant en chef.  Jusqu’en 1814, il garda officiellement ces titres et, comme aide de camp, ne dépendit que de l’Empereur qui lui écrivit : « L’importance de Dantzig est pour moi sans mesure. » Rapp doit veiller sur ce « Boulevard du Nord » à 1500km de Paris. La ville et les territoires environnants forment depuis le traité de Tilsit, une république indépendante enclavée dans les provinces prussiennes. Elle prend une importance de plus en plus grande comme forteresse, base navale et arsenal, « avant poste des intérêts français sur la Baltique ». Rapp essaya de ménager la ville, qui entretenait une garnison dont les effectifs varièrent de 8 000 à 35 000 hommes. Craint et respecté, il créa un foyer avec Mlle Boettcher, de vieille bourgeoisie dantzigoise, dont il eut deux enfants, Ans et Adèle (ce qui facilita l’action en divorce de sa première épouse, qui l’obtint aux torts de Rapp le 1er juillet 1811).

Rapp encourage les corsaires et un de leurs bateaux porta son nom. L’Empereur lui confère la Couronne de Fer (23 décembre 1807), le fait comte d’Empire le 19 mars 1808 (lettres patentes du 28 janvier 1809) avec diverses dotations : rente de 5882 francs sur le Grand Livre, rente de 30 000francs sur la Westphalie, de 25 000 francs sur le Hanovre, de 40 000 francs sur l’Ost-Frise. Fortune « considérable », difficile à chiffrer fautes d’éléments, mais si Rapp acquiert à Brucourt, au sud de Dives-sur-Mer, environ 360 hectares (4 mars 1812), il y fait réparer l’église. Généreux il apporte des aides à Colmar, à Paris, à la Société biblique dont il était vice-président, au Consistoire de Paris et au temple des Billettes. Il lègue aux enfants Boettcher 450 000 francs à partager en deux parts égales.

Au début de 1809, Rapp se sent à Dantzig « comme un enfant perdu ». L’Empereur l’invite alors à le rejoindre pour servir contre l’Autriche ; à Essling (22 mai 1809), à la tête des fusiliers de la Garde, il sauve la situation, mais il est immobilisé après un accident de voiture ; il demeure à Schönbrunn et, le 12 octobre 1809, il empêche F. Staps d’assassiner l’Empereur. De retour en France, il poursuit ses affaires contre la famille Vanlerberghe, retrouve son hôtel de la rue Plumet, qu’il meuble et décore de toiles de maîtres, de sculptures. Invité aux cérémonies du mariage avec Marie-Louise (1er, 2 et 3 avril 1810), il ne peut y assister, étant malade. Un mois plus tard, il reçoit l’ordre de reprendre son commandement à Dantzig où il arrive le 10 juin. Il y rétablit l’ordre et remet sur pied les réseaux de renseignements sur la Suède, la Russie et le trafic en mer Baltique ? Familier des soucis du soldat, il traite humainement les Polonais, les Badois et les Saxons. Le roi de Saxe veut lui décerner le grand cordon de l’ordre militaire de Saint-Henri (10 avril 1811), « marque de sa satisfaction des soins qu’il a eus des troupes de Sa Majesté à Dantzig… ». Le 30 août, il est grand officier de la Légion d’honneur. Rapp était déjà titulaire des grand-croix des ordres du Lion de Bavière, du Mérite militaire de Maximilien-Joseph de l’ordre de la Fidélité de Bade, deux l’ordre des Deux-Siciles. Il fut l’un des généraux les plus décorés : il reçut ultérieurement la grand-croix de l’ordre de la Réunion (3 avril 1813) et, à sa mort il fut également fait commandeur de l’ordre de Saint-Louis.

Dès son arrivée à Dantzig (le 7 juin 1812), Napoléon informe Rapp : la guerre avec la Russie commence, il doit rester sur place jusqu’à ce qu’il soit rappelé. En juillet, Rapp reçoit à mi-chemin un courrier l’invitant à revenir à Dantzig pour faire face à une attaque de la flotte anglaise de l’amiral Martin. Il rejoint l’Empereur Smolensk, assiste à l’affaire de Valoutina (19 août 1812), mais ne prend pas le commandement des Westphaliens de Junot. La veille de la bataille de la Moskova, Rapp conclut de son inspection des lignes des russes qu’ils ne s’en tireront pas ; au cours des assauts répétés contre l’aile gauche, Rapp reçoit quatre blessures en une heure et demie ; un Biscaïen le jette à bas de son cheval (7 septembre 1812) : c’est sa 22ème blessure. Au départ de Moscou (19 octobre) ; il est à peine rétabli, mais il sauve la vie de Napoléon le 25 à l’aube, en repoussant  une attaque des cosaques à Gorodina, près de Malo-Jaroslawetz. Il combat en arrière-garde aux côtés de Ney à la Bérézina où il est blessé (28 novembre). Le 5 décembre, Napoléon annonce son départ pour Paris et dit à Rapp : « tu retourneras à Dantzig ; tu verras Ney à Wilna […] Vous tâcherez de rallier l’armée… » Dantzig est le refuge provisoire des survivants de la retraite. Il est nommé commandant en chef du 10è corps que le maréchal Macdonald lui remet (12 janvier 1813). « J’ai défendu Dantzig onze mois et demi. Il m’est resté 5 600 hommes de 32 000. J’en ai perdu 17 000 par la peste, 3 à 4 mille par le fer, le reste est resté en Pologne, en Allemagne, en Espagne, à Naples […] Malgré tout cela, l’ennemi était encore à quatre cents toises de la place lorsque j’ai été obligé de capituler. Nous devions rentrer en France… » (Lettre à Paira, 29 avril 1814). En violation de la capitulation, Rapp et la garnison furent conduits en captivité à Kiev et dans sa région.

De retour à Paris (31 juillet 1814), rallié aux Bourbons par nécessité, Rapp obtient des administrations la régularisation des situations des combattants de Dantzig. Louis XVIII lui confère, le 23 août 1814, et le titre de chevalier de l’ordre de Saint-Louis, et la grand-croix de la Légion d’honneur. Le duc de Berry lui donne le commandement du 2e corps de l’armée destiné à repousser Napoléon (16 mars 1815). Il accompagne Louis XVIII jusqu’à Ecouen. Ayant reçu l’ordre de retourner à Paris, il ne résiste pas à l’appel des vieux compagnons ; Bertrand et Le Marois. L’Empereur, qui l’a reçu aux Tuileries le 22 mars, lui donne le commandement en chef du 5e corps d’observation en Alsace (25 mars) destiné à devenir l’armée du Rhin (16 avril). Dès son arrivée à Strasbourg (7 avril), il prend aussi le commandement de la 5e division militaire. L’enthousiasme initial a beau s’atténuer, Rapp déploie une activité extraordinaire, parcourant l’Alsace de Haguenau à Sierentz et Mulhouse pour rencontrer le général Lecourbe, tout voir  et rendre compte de tout à l’Empereur qui le nomme pair de France (2 juin), alors qu’il vient d’être élu représentant du Haut-Rhin à la chambre (13 mai).

Rapp ne dispose que d’environ 30 000 hommes, alors que le 4e corps a rejoint l’armée du Nord, découvrant son flanc gauche, et que les Alliés regroupent 200 000 hommes. Dès le 13 juin, Rapp avance 19 000 hommes d’active sur la Lauter et attaque, le 19, vers Germersheim, dès l’annonce de la victoire à Ligny, mais la nouvelle de Waterloo, gardée secrète par Rapp, lui impose le repli sur Strasbourg alors que le Bavarois Wrède marche, le 23, sur Sarreguemines. De la ligne de la Lauter, il retraite sans hâte et donne un coup d’arrêt à Bergzabern (24 juin), en réussit un autre le 26 devant Haguenau, et charge victorieusement sur la Souffel (28 juin), ses 9 000 hommes repoussant 25 000 ennemis. Il rentre dans Strasbourg qui est investie le 29. Malgré la nouvelle de l’abdication, Rapp ne cède pas et réussit une sortie contre Ober et Mittelhausbergen (nuit du 8 au 9 juillet). Ce n’est que le 22 juillet que Rapp conclut une convention militaire pour les dix places d’Alsace, chacun gardant ses positions. Le licenciement de l’armée provoque la sédition Dalousi (2 septembre) qui, en quelques heures, obtint des habitants de Strasbourg les 2,2 millions de soldes arriérées que Rapp n’avait pu obtenir. Le 4, tout est fini et entre le 7 et le 15 septembre, Rapp fait partir les régiments. Il se déclare « enragé royaliste », car « il faut être français avant tout ». Il écrit : « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour conserver l’Alsace à la France. » Il ne cessera de fulminer contre les divers occupants (40 000 en Alsace).

Mis en non-activité (16 septembre), Rapp prépare un nouveau mariage. Il offre à Mlle Julie (Julie-Charlotte-Albertine Boettcher) des rentes pour elle et leurs deux enfants, installés à Paris rue Plumet. Pendant que son aide de camp, Marnier persuade Julie Boettcher, Rapp demande à Clark, ministre de la guerre, l’autorisation d’épouser Albertine-Charlotte de Rotberg (10 octobre), appartenant par sa mère à l’une des plus anciennes familles d’Alsace, les Waldner de Freundstein. Le mariage civil à lieu à Strasbourg le 12 janvier 1816 à 8 heures. Les nouveaux époux eurent deux enfants : Maximilien-Charles et Mélanie-Mathilde. Rapp voyage alors beaucoup en Suisse où il a acheté le château de Wildenstein (pour 103 000 francs) en août 1816. Il se consacre aussi beaucoup au château de Rheinweiler, propriété des Rotberg, « où il n’entend parler ni d’ultras, ni de libéraux ». En décembre 1818, il rencontre le Duc d’Angoulême à Mulhouse, enfin évacuée par les Alliés « S.A. m’a fait l’honneur de me dire que le Roi comptait sur moi… » Le duc lui avait déclaré : « Tout ce que vous avez fait depuis 25 ans appartient au Roi. » Deux lettres à Paira, son ami et banquier, lui annonce le 7 mars 1819 : « Sa Majesté m’a nommé à la dignité de pari de France […] Je serai admis au serment et à siéger jeudi prochain […] je crois  le moment favorable pour instituer mon majorat ; […] 150 000 francs de tiers consolidés complèteront les 400 000 francs qu’il me faudra assurer sur le Grand Livre… »
Au début d’octobre 1820, Rapp fut retenu à Paris par l’instruction du procès des conjurés du 19 août devant la Cour des pairs. A partir du 26 novembre 1820, il est l’un des premiers chambellans du roi Louis XVIII et maître de sa garde-robe. Il était auprès du roi lorsque la nouvelle du décès de Napoléon fut annoncée au souverain. Le Moniteur du Jeudi 12 juillet 1821 rapporta les paroles de compréhension du roi.

Rapp survécut quelques mois ; il mourut d’un cancer du pylore (squire à l’époque). Le comte de Sparre, dans son éloge funèbre du 27 novembre 1821 à la chambre des pairs, dit notamment : « la douleur qu’en éprouva notre malheureux ami tenait de la fureur. Dans les transports de son indignation, il semblait terrible… » Sparre estimait que «  le sort lui a refusé les honneurs du premier rang, soit que tout occupé de s’en rendre digne il ait dédaigné de les réclamer, soit que la paix ait ajourné ce prix de ses services ».

Pierre Lavayssière

Extrait du Dictionnaire Napoléon
Reproduit avec l’aimable autorisation des éditions Fayard.

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