SAINTE-BEUVE, Charles-Augustin (1804-1869), critique littéraire

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Charles-Augustin Sainte-Beuve, critique littéraire aussi renommé que craint au XIXe s., naquit le 23 décembre 1804 à Boulogne-sur-Mer et mourut le 13 octobre 1869 à Paris.
Ami de Victor Hugo dans sa jeunesse, il aura finalement ouvertement choisi de soutenir le coup d’État du Prince-Président en 1851. Académicien, il devint sénateur en 1865 et interviendra notamment lors des débats sur la propriété littéraire, l’éducation ou encore les bibliothèques.Ayant à peu près écrit sur tous les sujets, Sainte-Beuve a notamment produit une série de portraits historiques de souverains, hommes d’État et militaires. Entre Saint-Just et Guizot, on trouvera son portrait littéraire de Napoléon.

SAINTE-BEUVE, Charles-Augustin (1804-1869), critique littéraire
Sainte-Beuve, portrait par Bornemann et Lemercier
© RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / image Compiègne

SAINTE-BEUVE (Charles Augustin), 1804-1869, poète, romancier et critique littéraire

Depuis les attaques de Proust, qui en voulait à Sainte-Beuve de confondre le moi qui vit avec le moi qui écrit, le fondateur de la critique littéraire a mauvaise presse. On lui reproche d’expliquer l’œuvre par l’homme. C’est le prendre pour un positiviste qu’il n’est pas.
En réalité, Sainte- Beuve est un moraliste: il explique l’homme par l’œuvre. En outre, il a un avantage sur la plupart des critiques d’hier et d’aujourd’hui: il connaît d’expérience le métier d’écrivain. Ne disait-il pas que le critique était un poète mort jeune ?

Né à Boulogne-sur-Mer, le 23 décembre 1804, Sainte-Beuve a perdu son père dès avant sa naissance. Il est élevé pieusement par une mère qui n’était plus jeune et une vieille tante . Il fait des études secondaires solides dans sa ville natale, puis à Paris. Bon élève, il est aussi lauréat du Concours général. Afin de compléter sa culture classique, il suit des cours de sciences naturelles à l’ Athénée, qui défendait sous la Restauration la tradition philosophique du XVIIIe siècle. Parmi ses lectures préférées : Diderot, d’Alembert, Destutt de Tracy, Cabanis.
Son intérêt pour la physiologie le conduit à la médecine . En 1823, il s’inscrit à l’Ecole de médecine et pousse jusqu’à l’externat à l’hôpital Saint-Louis. C’est l’un de ses anciens professeurs, François Dubois, destitué pour ses opinions libérales et cofondateur du Globe, qui le ramène à la littérature en lui demandant des articles de critique (dont certains seront recueillis, bien plus tard, par Jules Troubat, dans les Premiers Lundis, Michel Lévy, 1874-1875, 3 vol.).

Mais Sainte-Beuve se croit plus poète que critique et sa rencontre avec Victor Hugo, en 1827, le conforte dans cette idée. C’est grâce aux encouragements du Cénacle qu’il publie en 1829, sans nom d’auteur, ses confessions d’un enfant du siècle: Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme. Malgré une deuxième édition, l’année suivante, le recueil n’a pas le succès escompté (en 1861, Sainte-Beuve donnera, chez Poulet-Malas­ sis, une nouvelle version, très argumentée, de son livre: il servira de référence à Baudelaire pour son Spleen de Paris ). En mars 1830 paraissent Les Consolations (deuxième édition en 1834), nouveau témoignage de cette poésie intimiste que l’auteur aimait à retrouver chez les lakistes anglais. Le livre n’a pas plus de succès que le précédent et après l’échec de Pensées d’août (1837), dernière expression, également ano­nyme, de sa muse familière, Sainte-Beuve se rend à l’évidence que là n’était pas sa voie . La publication de ses Poésies complètes (1840) marque son adieu à la poésie . Une passion douloureuse pour Adèle Hugo et la nostalgie d’une foi défini­tivement perdue, malgré les efforts de Lamennais, lui inspire un roman, Volupté (1834), livre de l’ échec qui annonce L’Edu­cation sentimentale de Flaubert (1869) et que Balzac prétendit refaire dans Le Lys dans la vallée (1836).

Le poète et le romancier finissent par céder la place au criti­que. Celui-ci avait commencé par défendre ses amis romanti­ques dans Le Globe, puis, à partir de 1829 dans la Revue de Paris, et, à partir de 1831, dans la Revue des Deux Mondes. Mais, d’entrée de jeu, il s’était aussi intéressé à l’histoire de la littérature: plusieurs articles du Globe étaient consacrés à des poètes du XVIe siècle et du XVIIe siècle; certains se retrouvent, complétés, dans le Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au XVIe siècle (1828). La première contribution à la Revue de Paris était le «Boileau» qui ouvre la série des Portraits littéraires. C’est dire que, très tôt, Sainte-Beuve avait un penchant pour la littérature classique et que l’on voit se dessiner, dès le premier volume de ses Criti­ques et portraits littéraires (1832), ce mythe du Grand Siècle dont il est un des principaux artisans. Ses portraits , il allait les compléter patiemment pendant vingt ans. Plusieurs éditions se succèdent, augmentées chaque fois de nouveaux textes. En 1844, il réunit en deux volumes les Portraits et en 1852 paraissent les Derniers Portraits littéraires. A cette date, les Lundis ont déjà pris la relève.

En 1837, Sainte-Beuve accepte une chaire à l’Académie de Lausanne, en Suisse. Et y donne un cours sur Port-Royal dont la mise au point et la publication s’échelonnent de 1840 à 1859. En 1840, il est nommé conservateur à la bibliothèque Mazarine et s’ installe dans le pavillon ouest de l’Institut. Après une candidature malheureuse contre Patin (1842), il est élu à l’ Académie française en 1844 et reçu sous la coupole par Victor Hugo. Après sa démission de la Mazarine, en 1848, Sainte-Beuve accepte d’enseigner à Liège. Il y donne, en autres, un cours sur Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’ Empire qui ne paraîtra qu’en 1861. A son retour, il commence à donner toutes les semaines une chronique au Constitutionnel. C’est le début des Causeries du Lundi dont le premier volume paraît en 1851.

Rallié à l’Empire, il devient en 1852, rédacteur au Moniteur. En 1855, il est nommé profes­seur de poésie latine au Collège de France, mais la jeunesse libérale lui reproche ses sympathies pour le pouvoir et l’empê­che de faire ses cours. Il donne sa démission (qui est refusée, Sainte-Beuve restant, de fait, titulaire de sa chaire jusqu’à sa mort) et accepte un poste de maître de conférence à !’École normale supérieure (1857), institution qui est alors dirigée par Nisard (Pasteur étant directeur des études scientifiques). Il y enseigne jusqu’ en 1861. Pendant toutes ces années, Sainte­ Beuve poursuit ses Lundis, régulièrement repris en volume. De 1861 à 1867, il revient au Constitutionnel pour les Nouveaux Lundis et repasse en 1867-1868 au Moniteur, avant de collabo­rer au Temps (1869) qui était un journal d’opposition.
À partir de 1861, Sainte-Beuve fréquente le salon de la prin­cesse Mathilde dont les habitués ne sont pas tous raillés à l’Empire. Il est également l’un des convives des dîners de Magny organisés par les Goncourt (leur Jounal nous l’apprend).

Nommé sénateur en 1865, prenant la défense de Renan (25 avril 1865) celles de la liberté de la presse (7 mai 1868) et de la liberté der l’enseignement (19 mai 1868). Le critique officiel retrouve Psi moments le libéralisme de sa jeunesse . Mais sa. prudence :et restée lé gendaire . Ce grand connaisseur de la littérature, admirable introducteur à Racine, Corneille, ou Pascal, s’est trompé sur presque tous les écrivains de son temps et passe à côté de Balzac et de Stendhal. Aussi Musset lui avait sournoisement donné le surnom de «Sainte-Bévue ». Il n’en reste pas moins le premier grand historien de nos lettres.

Il est mort le 13 octobre 1869 et des obsèques exclusivement civiles ont eu lieu au cimetière du Montparnasse pour accompagner son trépas.

Lire sa fiche sur le site du Sénat

Robert Kopp, Dictionnaire du Second Empire, Fayard, 1995.
Publié sur napoleon.org avec l’aimable autorisation de la maison d’édition

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