SANÉ, Jacques, Noël, (1740-1831), ingénieur naval, baron de l’Empire

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Né à Brest (Finistère), le 18 février 1740, Jacques Noël Sané s'oriente, dès sa jeunesse, vers la construction navale. Élève constructeur (1758), il entre, en 1765, à l'école du génie maritime de Paris créé par Duhamel du Monceau (1700-1782), où il fait preuve de dispositions exceptionnelles.

Ingénieur-constructeur en 1774, il dirige la construction de la frégate La Surveillante et du vaisseau L'Annibal, deux navires très réussis. Il s'intéresse au perfectionnement des bâtiments (mâture et voilure), de manière à en favoriser les évolutions.

Sané dessina, pendant la guerre d'Amérique, les plans de nombreux bâtiments et contribua à l'adoption des types de vaisseaux de 74, 80 et 120 canons qui devinrent réglementaires. Cet effort de standardisation du matériel, mené à l'initiative des ministres de la Marine Sartine (1729-1801) et du maréchal de Castries (1727-1800) porta ses fruits et assura à la construction navale française une réputation internationale. La supériorité des navires français était telle que les Anglais adoptèrent leurs caractéristiques.

Membre de l'Académie de Marine en septembre 1786, sous-directeur des constructions en 1789, directeur du port de Brest en 1793, Sané resta étranger à toute agitation politique et cumula les fonctions administratives de chef civil et technique de la direction des constructions. Il contribua ainsi à la mise en condition de l'escadre de Villaret-Joyeuse.

Ainsi, Sané dirige la construction navale française pendant près de quarante ans, traversant les régimes successifs de Louis XVI à Charles X.

Membre de l'Institut national en février 1796, président en 1820, inspecteur général du génie maritime de 1800 à 1817, baron de l'Empire en octobre 1810, il continua à dessiner des navires remarquables, comme le Commerce de Paris, de 11à canons, dont la carrière sera particulièrement longue.

Membre du Conseil des constructions (1811), il préside, en 1820, la commission chargée d'établir les plans-types des nouveaux bâtiments.

« Constructeur de plus de 150 navires de guerre très réussis et très marins, véritable « Vauban de la Marine », Sané peut être considéré comme un des plus brillants ingénieurs navals de tous les temps. » (É. Taillemitte).

Certes, il faut reconnaître qu'il s'est confiné dans des solutions traditionnelles et qu'il ne sut pas prévoir l'avenir de la vapeur. Mais, comme l'écrit Philippe Masson (Revue du Souvenir Napoléonien, n° 401, p. 18) : « Était-ce possible à un homme né en 1740 et dessinateur génial de plus de 150 navires à l'apogée de la marine à voile ? »
Sané est mort à Paris, le 22 août 1831, à 91 ans. Il est inhumé au cimetière Montmartre, 19e division, monument avec niche, 3e ligne, chemin d'Artot (Guide Napoléon, p. 340).

Sous l'Empire, le vaisseau le Friedland, de 80 canons, construit à Anvers, par l'ingénieur-constructeur Pierre Lair, sur les plans de Sané, est lancé le 2 mai 1810, en présence de Napoléon, Marie-Louise, du roi et de la reine de Westphalie, du duc de Bassano (Maret), d'Istrie (Bessières) et de Sané (1).

Ces personnalités sont reçues à l'arsenal, par Decrès, Missiessy et le préfet maritime Malouet, dans un pavillon construit à la droite de la cale de lancement, au son de la musique et des salves d'artillerie. L'archevêque de Malines présente l'eau bénite aux souverains, puis bénit le vaisseau. Le Friedland devait entrer dans l'eau par son arrière. L'opération était dirigée par Pierre Lair et Sané. « Les saisines furent coupées en un instant à coup de hache et, à trois heures précises, le vaisseau s'élança de sa cale et entra majestueusement dans l'eau, au bruit des acclamations de tous les spectateurs » (Le Moniteur, 7 mai 1810 : voir Revue du Souvenir Napoléonien, n° 469, mars-avril 2007, p. 69, avec le texte de Pierre Lévêque et la reproduction du tableau de Matthieu Ignace Van Brée, châteaux de Versailles et de Trianon).
 
Sané est encore associé à une autre activité, concernant des modèles réduits de navires de la Marine. Napoléon entreprit, en 1810, de constituer une collection cohérente de modèles des différents bâtiments de guerre. Et il choisit de l'établir dans la galerie du Grand Trianon, à l'époque palais impérial.

Sollicité à l'été 1810 par Duroc, Sané fut l'artisan de cette collection. Celle-ci devait comporter 13 modèles à trouver parmi ceux existant à Paris (voir la liste complète dans Napoléon et la mer, p. 212).

Les modèles sélectionnés par Sané en 1810 nécessitaient tous des restaurations, ce qui justifia la création, à Paris, d'un atelier et l'emploi de trois maquettistes venus des arsenaux. (Voir, dans Napoléon et la mer, les modèles suivants : La Foudroyante, prame d'artillerie, pp. 208-209, la frégate La Flore (pp. 210-211), Le Friedland, vaisseau de 80 canons (p. 213), La Ville de Dieppe, vaisseau de 88 canons (pp. 214-215), les frégates La Muiron et la Belle-Poule (pp. 216-217-218-219), enfin l'Orient, vaisseau de 118 canons, le vaisseau amiral, parti de Toulon, avec le général Bonaparte, en 1798 (pp. 220-221).

En fait, les différents modèles ne furent jamais réunis et exposés ensemble dans la galerie du Grand Trianon. Et, aujourd'hui, ils se trouvent au musée de la Marine, depuis sa création, en 1928 (2).

Marc Allégret

 
Notes :

(1) La veille, le 30 avril 1810, Napoléon, qui venait de Bruxelles, était arrivé à Anvers, par la voie fluviale, en utilisant le magnifique canot, qui se trouve aujourd'hui au musée de la Marine (voir Arrivée de Napoléon Ier et de Marie-Louise, à Anvers : tableau de Philippe Crépin, Paris, Fondation Dosne-Thiers, coll. F. Masson, Napoléon et la mer, p. 26) ; sur le canot, voir le même ouvrage, pp. 204 à 206).
(2) Sources : Dictionnaire Napoléon, p. 1529, notice Sané, par Étienne Taillemite ; Dictionnaire des marins français, par É. Taillemite, Tallandier, 2002 ; Napoléon, éd. rencontre, 1969, t. 6, p. 187 ; Napoléon et la mer, un rêve d'Empire, Seuil / Musée de la Marine, 2004 ; Napoléon et Versailles, Réunion des musées nationaux, 2005).

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