SAVARY, Anne Jean Marie René, (1774-1833), général et ministre de la Police

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SAVARY, Anne Jean Marie René, (1774-1833), général et ministre de la Police
Portrait d'Anne Jean Marie René Savary,
gravure d'Edme Bovinet d'après Vautier
© Fondation Napoléon

Voici un général qui n’a pas toujours eu bonne presse. Ses états de service n’en sont pas la cause. Sa réputation de cruauté et de balourdise lui vient essentiellement des fonctions de ministre de la Police générale qu’il exerça auprès de Napoléon de juin 1810 à avril 1814.

On ignore souvent que ce soldat d’Ancien Régime qui gagna ses galons sous la Révolution, jusqu’aux étoiles de général de division, commanda deux fois en chef dans les armées de l’Empereur de manière honorable : la première fois pendant la campagne de Pologne, en 1807, à la tête du corps de Lannes en congé pour cause d’épuisement, remportant la bataille d’Ostrolenka (16 février 1807) qui permit à la Grande Armée harassée après Eylau de prendre ses quartiers d’hiver ; la seconde en Espagne, en 1808, en remplacement de Murat, malade de ne pas avoir été choisi comme roi d’Espagne par son beau-frère. Bien des années plus tard, il obtint encore le commandement de l’armée d’Afrique, en Algérie, du début de 1832 au printemps 1833, période où il s’illustra, si l’on ose dire, par une répression violente et aveugle. Si l’on ajoute qu’il avait combattu à l’armée du Rhin sous Pichegru ou Moreau, en Égypte sous Bonaparte dont il devint l’aide de camp après Marengo, qu’il commanda la gendarmerie d’élite de la Garde pendant près de dix ans, on sera bien forcé d’avouer qu’il eut une carrière militaire tout à fait acceptable. Et même ses quatre années à la Police ne sont pas aussi noires qu’on a bien voulu l’écrire. Il souffrit d’abord de la comparaison avec son prédécesseur, Joseph Fouché, considéré comme un modèle de ministre de la Police, un admirable virtuose du coup tordu et du double jeu… qui pourtant fait presque l’unanimité.

À y regarder de plus près, on concèdera qu’il fit moins de politique que lui tout en réorganisant son ministère et lui rendant des méthodes plus proches de la tradition. Fidèle à Napoléon, il le fut alors jusqu’à appliquer à la lettre la nouvelle législation mise en place au tournant de l’Empire, qui n’allait pas dans le sens de la libéralisation du régime. Cela étant, il ne fut pas si dur aux hésitants et aux opposants qu’on pourrait le croire. Il fut même tendre à l’égard des nobles de l’Ancien Régime et tenta parfois d’adoucir les coups de colère de son maître. En 1814, enfin, il se prit pour un homme d’État et ne parvint qu’à être la dupe de Talleyrand qui l’attira à lui pour mieux l’éliminer et, désencombré, renverser l’Empire.

Revenu auprès de Napoléon aux Cent-Jours, il ne retrouva pas son portefeuille, « rendu » à Fouché, mais fut chargé de le surveiller au poste de premier inspecteur général de la Gendarmerie, ce qui n’était pas rien mais dura peu. C’est après Waterloo qu’il manqua un grand destin : il resta auprès de l’Empereur jusqu’à sa reddition aux Anglais et se porta candidat pour l’accompagner dans son exil. Les Britanniques refusèrent, préférant le garder prisonnier pour lui faire avouer les secrets d’État qu’il était censé détenir. Imaginons un instant que Savary se soit retrouvé à Sainte-Hélène à la place d’un Montholon. La face de l’exil en aurait sans doute été changée.

Thierry Lentz (octobre 2023)

►Lire aussi l’article de Thierry Lentz : « Quand Savary et Fouché faisaient fabriquer de la fausse monnaie… »

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