La campagne d’Italie de 1859

Période : IIe République - 2nd Empire/2nd Republic-2nd Empire
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Vers la guerre en Italie…

Napoléon III poursuit ses plans en vue de « libérer » les Etats italiens de la domination autrichienne Après la rencontre secrète de Plombières (21 juillet 1858), entre Napoléon III et Cavour, et les négociations, tout aussi secrètes, avec la Russie, une convention, secrète, encore, est établie entre la France de Napoléon III et le Piémont du roi Victor-Emmanuel II, mettant en place une alliance offensive et défensive en cas de déclaration de guerre de l’Autriche envers le Piémont. Cette convention, qui porte aussi sur la réunion de la Savoie et de Nice à la France, est traditionnellement datée du 16 décembre 1858, mais certains historiens (comme d’Hauterive) estiment qu’elle ait pu être signée en janvier 1859. En effet, le 3 janvier 1859, un incident éclate lors d’une réception diplomatique, incident ainsi rapporté par Viel de Castel dans ses Mémoires sur le règne de Napoléon III : « L’Empereur a dit à l’ambassadeur d’Autriche : « je suis charmé de vous voir, Monsieur l’ambassadeur, et je vous prie de transmettre mes souhaits de nouvelle année à votre souverain, et de l’assurer de mes sentiments particuliers, quoique les relations de nos cabinets ne soient pas ce qu’elles devraient être. » Tout Paris bruisse de ces propos impériaux, et Viel poursuit : « Messieurs les Italiens se réjouissent fort de cet incident, et je crois que tous les amis de l’Empereur devraient s’en affliger. L’Italie est agitée, le Piémont à bout de ressources est débordé par l’élément révolutionnaire ; si une guerre éclatait entre la France et l’Autriche elle deviendrait générale. […] Malgré cette bonne parole : « L’Empire c’est la paix », l’Empereur voudrait conduire une guerre, l’armée la désire, mais tous les hommes sages la craignent. »

Le 10 janvier 1859, le roi du Piémont Victor Emmanuel II prononce un discours au Parlement, préalablement soumis à Napoléon III, dans lequel il ne cache ni ses espoirs ni le soutien dont il bénéficie : « Notre pays, petit par son territoire, a grandi en crédit dans les conseils de l’Europe, parce qu’il est grand par les idées qu’il représente et par les sympathies qu’il inspire… Si nous respectons les traités nous ne sommes pas insensibles au cri de douleur qui, de tant de parties de l’Italie, s’élève vers nous… » (cit. par Roland Conilleau, L’Entrevue de Plombières).
L’entrevue secrète à Plombières-les-bains avait débouché sur une alliance militaire contre l’Autriche et une réorganisation des territoires de la botte. Le Piémont s’agrandirait de la Lombardie, la Vénétie et les Duchés de Parme et de Modène. Le Pape ne conserverait que Rome et le Latium, tandis que le reste de ses Etats, réunis à la Toscane, constitueraient un royaume d’Italie centrale dont la couronne reviendrait au Prince Napoléon(Plon-Plon) qui doit épouser la fille aînée de Victor-Emmanuel II, la princesse Clotilde de Savoie. [Le contenu des accords secrets de Plombières ont été mis par écrit dans un rapport de Cavour à Victor-Emmanuel rendu dans les jours qui suivirent l’entrevue. Une copie manuscrite de ce rapport est conservée aux Archives du Piémont, à Turin. Edité en 1884, ce rapport a été depuis rapporté dans de nombreux ouvrages sur la question italienne)
En janvier 1859, les choses semblent donc bien avancées. Le 13 janvier, Plon-Plon, accompagné du général Niel, se rend à Turin pour rencontrer sa future épouse, et visiter les ports, les arsenaux et les fortifications, en compagnie du ministre sarde de la guerre.
[A lire la notice « Italie (unité) » de Jean Ganiage dans le Dictionnaire du Second Empire, Fayard, 1995; Pappalardo (M.A. et A.), Le Plonplonismo, SDE, 2003]

La communauté internationale face à l’imminence de la guerre en Italie

Le traité signé secrètement à Plombières entre Napoléon III et Victor Emmanuel II le 16 décembre 1858, et l’organisation du mariage entre le Prince Napoléon et la fille de Victor Emmanuel II, Clothilde, avaient renforcé les relations franco-piémontaises. Par ailleurs Napoléon III s’employa à s’assurer la neutralité des puissances les plus significatives de la communauté internationale dans le conflit à venir. La guerre dans le Nord de l’Italie n’impliquait pas seulement l’Autriche, et il était inconcevable pour la France de s’engager dans la guerre avec une quelconque menace sur ses arrières. Dans une lettre du 19 janvier 1859, Napoléon III faisait part au Prince Napoléon du succès des négociations avec le Tsar, conduites par le capitaine La Roncière Le Noury : « La Roncière a très bien rempli sa mission. On a tout ce qu’on pouvait espérer. L’Empereur lui a dit en partant qu’il me donnait sa parole d’honneur de faire tout ce qu’il pourrait en ma faveur, mais qu’il fallait le laisser juge des moyens et du temps. » (Correspondante inédite entre Napoléon III et le Prince Napoléon, publiée par d’Hauterive, 1925, p.127) La neutralité russe (et le contrôle de la Prusse) était donc assurée, au prix d’une attitude complaisante envers les aspirations russes en Pologne et dans la Mer Noire. La position anglaise était partagée. Le bouleversement de l’ordre européen issu du Congrès de Vienne de 1815, conséquence de l’alliance de la France au Piémont, provoquait l’indignation de la reine Victoria, encouragée par son époux, prussophile. Mais dans le même temps, l’opinion publique britannique était révoltée par la « tyrannie » autrichienne. Dans une déclaration du 30 janvier 1859, l’influent homme politique Palmerston exprima bien cette dualité : « je suis pro-autrichien pour ce qui concerne la région au Nord des Alpes, et anti-autrichien pour la région au Sud des Alpes. »

Un nouveau tournant : mars-avril 1859

Le Moniteur universel du 22 mars 1859 annonçait la proposition de la Russie d’un congrès concernant l’aggravement de la situation en Italie : « La Russie a proposé un congrès qui se tiendra en vue d’anticiper les complications qui peuvent survenir concernant l’état de l’Italie et en quoi elle risquerait de perturber la paix en Europe.
Ce congrès comprenant les plénipotentiaires de la France, de l’Autriche, de l’Angleterre, de la Prusse et de la Russie, prendra place en un endroit neutre.
Le gouvernement de l’Empereur a agréé cette proposition auprès du cabinet St-Pétersbourg. Les cabinets de Londres, Vienne et Berlin n’ont pas encore rendu de réponse officielle. »
Le Piémont ne tenant qu’un rôle consultatif, le Prince Napoléon exprima son désaccord à Napoléon III dans une lettre ce même 22 mars : « Vous avez voulu agir avant d’entendre les motifs que la malheureuse Italie avait pour être admise là où on va décider de son sort, sans elle ! et contre elle ! […] Sire vous avez calculé toute la portée de [une conférence sans la participation italienne ] cet acte !
C’est la Sainte alliance contre les peuples réformés ;
C’est la condamnation des peuples d’Italie ;
C’est le despotisme des forts contre les faibles ;
C’est vouloir décider, c’est-à-dire exécuter l’Italie sans même entendre ses représentants ;
C’est le déchirement du traité avec le Piémont et des promesses faites, des espérances données, l’abandon des plans faits ensemble et de concert.
Napoléon III, dans sa réponse, argumente de la nécessité pour lui d’être vu comme un conciliateur dans sa conduite avec l’Autriche :
« Je ne me fais aucune illusion sur les difficultés  qui se produisent de tous les côtés. Quoique le Piémont et moi nous voulions la même chose, notre conduite du moment est diamétralement opposée. Pour diviser mes ennemis et me concilier la neutralité d’une partie de l’Europe, il me faut témoigner hautement de ma modération  et de mon désir de conciliation. »
Les Autrichiens, pour leur part, n’étaient pas disposés à assister au congrès à moins que le Piemont n’accepta le désarmement, une exigence que Cavour et les Piémontais étaient peu enclins à accepter. Et même si cela avait été le cas, le congrès n’aurait jamais lieu. La montée des tensions entre le Piémont et l’Autriche conduisit les deux pays à se déclarer la guerre, le 29 avril 1859.
Le Congrès proposé par la Russie n’a pas eut lieu. Non seulement l’Autriche refusait l’idée d’un désarmement général, mais,  L’Empereur Franz Joseph I Karl avait également posé au Piémont un ultimatum de désarmement sous trois jours, comme nous le rapporte le Moniteur du 23 avril 1859:
 » Le gouvernement autrichien a cru devoir adresser une communication directe au gouvernement sarde pour l’inviter à mettre son armée sur un pied de paix et à licencier les volontaires. Cette communication a dû être transmise à Turin par un chef de camp du général Giulay, commandant en chef l’armée autrichienne en Lombardie. Cet officier aurait été chargé de déclarer qu’il attendrait la réponse pendant trois jours, et que toute réponse dilatoire serait considérée comme un refus.
L’Angleterre et la Russie n’ont pas hésité à protester contre la conduite tenue par l’Autriche en cette circonstance. »

Déclaration de guerre de la France à l’Autriche

Le 4 mai 1859, après des mois de correspondances, de rencontres (secrètes ou non) et de rhétoriques de toute part, le Moniteur universel publia la déclaration de guerre française : « Français ! L’Autriche en faisant entrer son armée sur le territoire du Roi de Sardaigne, notre allié, nous déclare la guerre. Elle viole ainsi les traités, la justice et menace nos frontières.[…] Le Piémont ayant accepté les conditions qui devaient assurer la paix, on se demande quelle peut être la raison de cette invasion soudaine ? […]
Jusqu’ici la modération a été la règle de ma conduite, maintenant l’énergie devient mon premier devoir. Que la France s’arme et dise résolument à l’Europe : Je ne veux pas de conquête, mais je veux maintenir sans faiblesse ma politique nationale et traditionnelle ; j’observe les traités à condition qu’on ne les violera pas contre moi, je respecte le territoire et les droits des puissances neutres, mais j’avoue hautement ma sympathie pour un peuple dont l’histoire se confond avec la nôtre et qui gémit sous l’oppression étrangère.
La France a montré sa haine contre l’anarchie, elle a voulu me donner un pouvoir assez fort pour réduire à l’impuissance les fauteurs de désordre et les hommes incorrigibles de ces anciens partis qu’on voit sans cesse pactiser avec nos ennemis ; mais elle n’a pas pour cela abdiqué son rôle civilisateur ; ses alliés naturels ont toujours été ceux qui veulent l’amélioration de l’humanité, et quand elle tire l’épée, ce n’est point pour dominer mais pour affranchir. Le but de cette guerre est donc de rendre l’Italie à elle-même et non de la faire changer de maître, et nous aurons à nos frontières un peuple uni qui nous devra son indépendance. […]
Palais des Tuileries, le 3 mai 1859, Napoléon »
Le 29 avril, l’Autriche avait envahi le Piémont, espérant défaire rapidement la petite armée piémontaise avant que la France ait pu porter secours à son allié. Cependant, les troupes autrichiennes, sous le commandement du Comte Gyulai, hésitaient. Ayant occupé Vercelli, Casale Monferrato, Valenza, Pavia et Magenta entre les 4 et 5 mai, les Autrichiens restèrent dans la région de Mortara, sans traverser le Pô, et marchèrent sur Voghera le 5 mai, une semaine après l’invasion. Ce n’est finalement que le 7 mai qu’ils commencèrent à avancer sur Turin, la capitale piémontaise. Mais il était déjà trop tard : l’hésitation de Gyulai leur avait fait perdre l’effet de surprise, et les troupes françaises, sous le commandement du Maréchal Canrobert, étaient déjà arrivées à Alessandria.

Napoléon III part au front

Le comte Horace de Viel Castel se souvient dans ses mémoires du départ de Napoléon III et de son cousin, le prince Napoléon, pour le front italien, le 10 mai 1859 : « jamais l’Empereur n’a reçu une plus belle ovation que celle d’aujourd’hui. Devant le Louvre, les cris de « Vive l’Empereur » étaient sans doute nombreux et chaleureux, l’enthousiasme se montrait de bon aloi, mais arrivé au faubourg Saint-Antoine, les manifestations du peuple ne peuvent être décrites. C’était une émotion poignante, c’était une furia que ne pourront jamais comprendre ceux qui n’en ont pas été les témoins.
Les troupes autrichiennes mirent du temps pour avancer vers Turin, et, malgré l’envoi d’éclaireurs le long du fleuve Dora Riparia, le 9 mai ils furent repoussés par des troupes franco-sarde entre Casale Monferrato et Valenza. Les forces autrichienne se retirèrent derrière la rivière Sesia et le Po, les 10 et 11 mai, et purent prendre une position défensive entre Pavie et Verceil en vue de l’avancée des Français, une position qu’ils purent maintenir jusqu’à la première bataille de la guerre, à Montebello, le 20 mai. Pendant ce temps, le 14 mai, quatre jours après avoir quitté Paris, Napoléon arrivait à Alexandrie pour prendre le commandement des opérations.

La bataille de Montebello della Battaglia, le 20 mai 1859

Le 15 mai, l’armée française au grand complet, avec Napoléon III à sa tête, s’engageait en Italie. Les conditions climatiques étaient difficiles, la pluie inondant les routes et la plaine près de Sesia et de la Dora Baltea. Le fait que le commandement de l’ensemble des troupes était passé entre les mains de Napoléon III, comme le mauvais temps et ses conséquences, inquiétaient le roi de Sardaigne Victor-Emmanuel, qui écrivit, le 16, au comte Cavour : « Cher Comte, Nous voilà soumis à de nouvelles tribulations. Ce n’est plus vous qui nous tourmentez, c’est le très digne Empereur qui nous fait marcher à la baguette. Il change, rechange ses projets et veut des choses impossibles. Le général La Marmora a perdu son méridien et ne parle plus. Les dispositions militaires sont étranges et, si nous continuons à aller de ce pas, nous serons bientôt sans armée. Aujourd’hui, j’ai écrit un peu énergiquement à l’Empereur ; j’espère qu’il ne sera pas fâché. […] Pour le moment, nous sommes dans la boue jusqu’au cou et il paraît qu’on n’attaquera d’aucun côté avant huit ou dix jours. Votre très affectionné, Victor-Emmanuel » [Lettre du 16 mai 1859, citée dans Raymond Bourgerie, Magenta et Solferino (1859) : Napoléon III et le rêve italien].
Malgré les prévisions pessimistes du roi, les troupes françaises remportèrent la première bataille de la campagne, à Montebello della Battaglia, le 20 mai.
Le comte Gyulai, à la tête des troupes autrichiennes, ne savait rien des plans de Napoléon III et hésitait à prendre toute initiative. Afin de s’assurer de la position des troupes ennemies entre Voghera et Plaisance (reliée par une voie ferrée importante), il envoya une « reconnaissance offensive » conduite par le général Stadion à l’ouest de Montebello della Battaglia. Avec une brigade à Oriolo (un village au nord de Voghera), deux autres à Casatisma (un village au nord de Casteggio), et une autre en route le long de la voie ferrée depuis Casteggio, les Autrichiens avançaient vers la grande ville de Voghera. Les troupes françaises commandées par le général Forey qui stationnaient à Voghera n’eurent pas le temps de réagir et des combats s’engagèrent le long de la route (aujourd’hui Via Piacenza) entre Voghera et le village de Genestrello. Malgré leur infériorité numérique, les Français retournèrent une situation défensive en une contre-attaque offensive. Reprenant Genestrello, les troupes françaises repoussèrent Stadion et ses hommes vers Montebello della Battaglia, où ils furent finalement défaits à 6h30 du soir. Stadion se replia sur Casteggio. Pour une bataille relativement mineure, les pertes humaines furent importantes des deux côtés : les Français et les Piémontais enregistrèrent entre 700 et 800 morts, blessés et disparus, et les Autrichiens autour de 1 300.

La bataille de Magenta, 4 juin 1859

Après sa victoire à Montebello le 25 mai, Napoléon III revint à son premier plan, c’est-à-dire envelopper les troupes autrichiennes avant Milan, en venant vers elles par le nord pour attaquer leur flanc. Les Autrichiens réagirent avec lenteur, pensant que les Français viendraient au contraire par le Sud, via Plaisance. L’Empereur français put déplacer rapidement ses troupes grâce au train, via Verceil (la victoire française à Palestro, tout proche, les 30 et 31 mai, révéla cependant le plan français aux Autrichiens), pour rassembler l’armée française à Novare et ses environs, le 1er juin. Après un affrontement, tout autant bref qu’imprévu, à Turbigo, le 3 juin, Napoléon III envisagea de faire manoeuvrer ses troupes le lendemain (le 4) pour préparer la bataille décisive avec l’ennemi (dont il avait appris la retraite après Turbigo), bataille qui devait se tenir le jour suivant (le 5). Le 4, MacMahon descendit prudemment vers le Sud, sur la rive gauche du Tessin, vers Magenta, et rencontra une résistance farouche des Autrichiens. Dans le même temps, la Garde progressait de l’est vers Magenta, en empruntant la route de Milan et en longeant la voie ferrée, et dut défendre avec héroïsme le canal peu avant Magenta. Les Autrichiens attaquèrent le flanc droit de l’armée française. Plus tard dans la journée, MacMahon put revenir dans la bataille, prendre Magenta et forcer les Autrichiens à se retirer. La route vers Milan était dégagée. Le 7 juin, une délégation de Milan remit les clés de la ville à Napoléon III et l’armée française put s’offrir une entrée triomphale dans la capitale lombarde.
Dans l’après délirium de Magenta, le commentateur social, Horace de Viel Castel, trouvait encore le temps de prendre des notes sur les réactions de Paris à la nouvelle de la victoire française. Au départ, comme on pouvait s’y attendre, l’évènement avait été l’occasion de nombreuses célébrations.
« Tout St Germain est illuminé ; les feux de joies retentissent en pétards incessants ; les fusées sillonnent le ciel, illuminent les ténèbres ; la mairie a fait lire dans toutes les rues la dépêche suivante, adressée par l’Empereur et l’Impératrice :
Pont de Novare, 4 juin 1859
Pont de Magenta, 11 heures 30 minutes
« Une grande victoire : 5 000 prisonniers ; 15 000 ennemis tués ou blessés ; à plus tard les détails. »
[Mémoire du comte Horace de Viel Castel, Dimanche 5 juin 1859]
En réalité les chiffres s’approchent des 6 000 morts ou blessés du coté autrichien, alors que les Français affichent une perte de 700 hommes, et 3 200 blessés. Quelques jours après la dissidence et l’inquiétude, provoquées par l’annonce de nouvelles pertes pour la France, remplacent l’ambiance exaltée de la victoire :
«  J’entendais hier des commerçants de Paris, et des plus considérables, de dire, « Cette guerre est abominable ; il est temps que l’Empereur la finisse, car il ne faut ni d’une seconde campagne, ni d’un second emprunt. » Ce sont toujours les mêmes stupides bourgeois ; ils reprochaient à Louis-Philippe sa couardise. MM. Thiers et Gizot sont stupéfiés que l’Empereur ait osé faire la guerre et qu’il la conduise si heureusement. »
En outre, le lendemain matin en Italie semble chaotique :
« Milan s’est insurgé ; les Autrichiens en sont partis précipitamment, abandonnant la caisse de l’armée.  […] Dans la dernière bataille, nous avons perdu les généraux Espinasse et Clerc ; la nouvelle officielle en est au Moniteur. On disait à 4 heures, hier, en Bourse, que le maréchal Canrobert et le général Niel étaient très grièvement blessés, que Mac Mahon l’était moins et qu’il avait été nommé maréchal sur le champ de bataille. La division Camon a prodigieusement souffert. […] » [Mémoire du comte Horace de Viel Castel, Mardi 7 juin 1859]
Toutefois, une fois les informations filtrées à nouveau, les évènements de la bataille apparurent de manière plus claire :
« Ni Canrobert, ni Niel ne sont blessés, ni même le général Mellinet, que MM. de la Bourse aimaient dans leur ardent patriotisme, à compter parmi les morts. Le général Mac Mahon, nommé maréchal, est fait duc de Magenta. Le général Régnault de St-Jean d’Angélly est nommé maréchal. L’Empereur et le roi de Piémont ont fait leur entrée à Milan. Les Autrichiens ont évacué Pavie après avoir encloué leurs canons et noyé leurs munitions. Le corps autrichien de Benedeck s’était retranché à Marignan ; l’Empereur a envoyé pour les déloger le maréchal Baraguay-d’Hilliers qui l’a battu et lui a fait 1 200 prisonniers. [Mémoire du comte Horace de Viel Castel, Vendredi 10 juin 1859]
Ce dernier point concernant la bataille de Marignano (le 8 juin 1859) camoufle en réalité un échec français : Baraquay d’Hilliers, dans sa précipitation à attaquer les Autrichiens pour se distinguer, avançait ses troupes sur la première position de défense autrichienne sans attendre le support de renfort au niveau de son aile. Face à une forte résistance, les soldats français furent repoussés puis forcés de battre en retraite, en raison d’une pluie torrentielle mais fortuite (pour les Autrichiens du moins) et de l’arrivée de renforts du général autrichien Boër (qui fut tué dans une contre-attaque autrichienne, juste avant leur retraite). les Français prirent le village, mais les Autrichiens s’échappèrent. Les pertes s’élevèrent à 900 hommes et 71 officiers (et 360 morts autrichiens) ce qui persuada Napoléon III de garder son armée groupée toute entière sous son commandement. Cela eut un impact sur le reste de la campagne, les Français devinrent plus prudents et les batailles plus grandes et plus sanglantes.

Après la bataille de Magenta

« L’Empereur a adressé aux Italiens une proclamation d’un style noble et élevé. (…) Il s’y montre après la victoire aussi modéré qu’avant de prendre les armes ; il n’a pas voulu, il ne veut pas conquérir, il est venu pour affranchir et il affranchit » [ Mémoires de Viel Castel, Dimanche 12 juin 1859]
« Italiens,
La fortune de la guerre nous conduisant aujourd’hui dans la capitale de la Lombardie, je viens vous dire pourquoi j’y suis. Lorsque l’Autriche attaqua injustement le Piémont, je résolus de soutenir mon allié le roi de Sardaigne ; l’honneur et les intérêts de la France m’en faisaient une loi. Vos ennemis, qui sont les miens, ont tenté de diminuer la sympathie universelle qu’il y avait en Europe pour votre cause, en faisant croire que je ne faisais la guerre que par ambition personnelle ou pour agrandir le territoire de la France. S’il y a des hommes qui ne comprennent pas leur époque, je ne suis pas du nombre. Dans l’état éclairé de l’opinion publique, on est plus grand aujourd’hui par l’influence morale qu’on exerce que par des conquêtes stériles, et cette influence morale, je la cherche avec orgueil en contribuant à rendre libre une des plus grandes patries de l’Europe. Votre accueil m’a déjà prouvé que vous m’avez compris. Je ne viens pas ici avec un système préconçu pour déposséder les souverains, ni pour vous imposer ma volonté ; mon armée ne s’occupera que de deux choses : combattre vos ennemis et maintenir l’ordre intérieur.  Elle ne mettra aucun obstacle à la libre manifestation de vos voeux légitimes.
La Providence favorise quelquefois les peuples comme les individus, en leur donnant l’occasion de grandir tout à coup, mais c’est à la condition qu’ils sachent en profiter.
Profitez donc de la fortune qui s’offre à vous. Votre désir d’indépendance, si longtemps exprimé, si souvent déçu, se réalisera, si vous vous en montrez dignes. Unissez-vous donc dans un seul but ; l’affranchissement de votre pays.
Organisez-vous militairement.
Volez sous les drapeaux du Roi Victor-Emmanuel qui vous a déjà si noblement montré la voie de l’honneur.
Souvenez-vous que sans discipline, il n’y a pas d’armée, et animés du feu sacré de la patrie, ne soyez pas aujourd’hui que soldats, demain vous serez citoyens libres d’un grand pays. »
[Le Moniteur, 12 juin 1859]

La bataille de Solferino, 24 juin 1859

Après une rencontre sanglante le 8 juin 1859, à Marignan, à 15 km au sud de Milan, entre le 1er corps du maréchal Baraguey-d’Hilliers et le 8ème corps autrichien défendant le repli autrichien, le maréchal Hess (conseillé par Gyulai) installa ses troupes le long du fleuve Mincio (au sud du lac de Garde), pour préparer la contre-attaque face aux troupes françaises qui avançaient à l’est à travers le nord de l’Italie. Au 23 juin, les troupes autrichiennes comptaient 160 000 hommes, organisés en 7 corps d’armée, 1 division de cavalerie et 600 canons. Les alliés franco-piémontais avaient réuni face aux Autrichiens 150 000 hommes, divisés en 6 corps d’armée, 1 division de cavalerie et 300 canons. De mauvaises reconnaissances allaient conduire, par accident, à cette rencontre entre les deux camps, les Français tombant sur les forces autrichiennes, qui elles-mêmes n’avaient pas encore complètement quitté leurs bivouacs. Cependant, d’un côté, l’arrivée inattendue des Français allait leur donner un avantage sur les Autrichiens. De l’autre côté, les Autrichiens tiraient avantage de leur très bonne connaissance du terrain où allait se tenir la bataille – la région autour de Solferino était en effet l’équivalent autrichien du camp de manoeuvres français de Châlons. La bataille dura 15 heures, et contrairement à Magenta, sans discontinuer. Les deux camps perdirent beaucoup d’hommes, et des troupes fraîches durent être régulièrement injectées dans les rangs pour compenser les morts et les blessés. Après la perte de 20 000 hommes du côté autrichien, et 18 000 du côté franco-piémontais, la victoire se décida du côté français. Henri Dunant, le fondateur de la Croix Rouge, compara cette bataille aux tout aussi meurtrières batailles de Leipzig et Waterloo, sous le Premier Empire. Il qualifia la bataille de Solferino, « aux yeux de toute personne neutre et impartiale, [comme] un désastre pour ainsi dire européen ». 

La Paix

Après Solférino, Napoléon III décida d’accelérer le déroulement de la campagne et décide d’attaquer Venise. L’amiral Romain-Desfossés, commandant l’escadre de Méditerranée reçoit l’ordre de gagner l’adriatique avec quatre vaisseaux, quatre frégates à vapeur, les trois batteries flottantes qui s’étaient distinguées en Crimée, quatorze cannonières et quelques bâtiments. Cette force arrive le 30 juin à Antivari L’opération se voit annulée le 8 juillet devant les négociations aboutissant à la signature de la Paix de Villafranca.

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