Montre à tact de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie

Période : Directoire-Consulat-Ier Empire/Directory-Consulate-1st Empire
Artiste(s) : BRÉGUET Abraham-Louis
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Montre à tact de Jérôme Roi de Westphalie © Fondation Napoléon

D’origine suisse, Abraham-Louis Breguet (1747-1823) fut encouragé à faire de l’horlogerie par son beau-père, Joseph Tattet, lui-même issu d’une famille d’horlogers. Breguet fit son apprentissage chez un horloger versaillais avant de fonder sa propre maison à Paris en 1775. Devenu maître en 1784, il produisit de nombreux chefs-d’œuvre techniques, et réalisa quantités de découvertes et inventions. Il travailla pour toutes les cours d’Europe et, sous l’Empire, compta parmi sa clientèle Napoléon, Joséphine, Talleyrand, ou encore Caroline Murat pour laquelle il réalisa en 1810 la première montre-bracelet de l’histoire de l’horlogerie.
Breguet a également conçu un garde-temps à deux styles, quantièmes perpétuels grégorien et républicain (Montre Breguet N° 45). Parmi ses principales inventions figuraient le tourbillon régulateur (1801 ;  par sa rotation constante, il annule les effets de la gravité terrestre), la protection «pare-chute» contre les chocs (1790), et une horloge de voyage à ressort qui pouvait fonctionner pendant le transport (Napoléon Bonaparte commanda une telle horloge à Breguet pour la campagne d’Égypte).

Homme d’affaires avisé, Breguet a développé des marchés dans toute l’Europe en créant des montres adaptées aux goûts de ses clients (par exemple, il a développé des pièces décorées spécifiquement pour satisfaire les clients turcs, y compris les chiffres turcs) et a ouvert une maison à Saint-Pétersbourg en 1808 pour répondre à la clientèle florissante Russie , y compris le tsar Alexandre Ier qui le nomma Horloger officiel de Sa Majesté et de la marine impériale de Russie. Installé entre 1793 et 1795 en Suisse, où il s’était réfugié pour échapper à la Terreur, il chercha à développer un nouveau type de montre, plus simple et plus accessible, ses productions étant jusqu’alors exclusivement des articles de luxe. La montre de souscription, faite sur commande après un premier paiement initia, d’un quart du prix final, a permis à Breguet de toucher une clientèle plus large et différente. Elle fut la base des premières montres à tact inventées en 1799.

Outre une lecture traditionnelle en ouvrant le boîtier, les montres à tact permettent de lire l’heure dans l’obscurité grâce à une flèche placée sur le couvercle et dirigée vers vingt-quatre boutons de touches, douze gros boutons pour les heures et douze petits boutons pour les demi-heures, répartis tout autour de ce cadran : il suffisait de tourner le disque supérieur vers la droite (le sens des aiguilles d’une montre…) jusqu’à un point de blocage, puis de définir l’heure avec la position de la flèche par rapport aux boutons.
Selon le duc de Wellington, les montres à tact étaient utilisées par les jeunes gens qui désiraient connaître l’heure discrètement et qui, par courtoisie, consultaient leur montre par simple toucher sans la sortir de leur poche, afin de ne pas paraître ennuyé ou impatient.

Cet exemplaire particulièrement luxueux, orné d’un émail bleu posé sur un or guilloché (une des marques de Breguet) et signé à l’intérieur « Breguet N° 615, a été vendu le 14 décembre 1809 à Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie (1807-1813). Les pièces de touches sont constituées de gros diamants ronds pour les heures et de petites perles pour les demies. Une telle montre pouvait valoir de 1 000 à 2 000 Francs pour un modèle simple, et atteindre 5 000 Francs lorsqu’elle était ornée de pierres précieuses.
Une montre à tact similaire a été commandée en 1800 par Joséphine de Beauharnais pour sa fille Hortense.

Rebecca Young et Irène Delage
mars 2017

À voir, le mini-site réalisé par le musée du Louvre, à l’occasion de l’exposition tenue en 2009.
À voir, le site de la maison Breguet.

Date :
1809
Technique :
Or, argent, diamants, perles, émail ; signé à l’intérieur « Breguet N° 615 »
Dimensions :
Diam. = 5,5 cm
Lieux de conservation :
Fondation Napoléon Inv. 623, donation Lapeyre
Crédits :
© Fondation Napoléon – Patrice Maurin-Berthier
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