Boucle de col de Napoléon Ier, portée à Sainte-Hélène

Période : Directoire-Consulat-Ier Empire/Directory-Consulate-1st Empire
Artiste(s) : FRANCHET Augustin-Marie
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Accessoire dont l’usage s’est perdu aujourd’hui, la boucle de col revêtait pourtant tout son intérêt aux XVIIIe et XIXe siècles. À cette époque, le costume masculin se composait de trois types de boucles. Les boucles de chaussures (comme celles conservées dans la collection de la Fondation Napoléon) venaient fermer les souliers, accessoires incontournables à partir du XVIIe siècle et jusqu’à la fin de la Restauration. Napoléon avait l’habitude d’en porter lorsqu’il ne préférait pas ses bottes (Portrait de Napoléon Ier dans son cabinet de travail aux Tuileries par Jacques-Louis David). Le second type de boucles correspond aux boucles de culotte, ou de jarretière, qui se fixaient sous le genou, en bas de la culotte (comme celle de Napoléon conservée dans la collection de la Fondation Napoléon), afin de l’ajuster de façon précise. Enfin, la boucle de col correspondait à un accessoire discret qui se plaçait au niveau de la nuque. En effet, depuis le XVIIIe siècle, les hommes portaient leur chemise avec un foulard enroulé autour du cou, noué sur le devant, formant ainsi l’ancêtre de la cravate. L’ensemble était maintenu grâce à une pièce rigide placée sous le tissu, puis fixé par une boucle de col. Les boucles de col avaient toujours une forme similaire, composée d’une chape munie d’agrafes et de quatre ardillons.

Boucle de col de Napoléon Ier, portée à Sainte-Hélène
Boucle de col de napoléon, portée à Sainte-Hélène © Fondation Napoléon

Voir l’image en grand format sur le site des Collections de la Fondation Napoléon

Celle conservée dans les collections de la Fondation Napoléon a été fabriquée par le maître orfèvre Augustin-Marie Franchet, reçu en 1777. Réalisée en or jaune, elle servait à fixer sur la nuque un col de soie noire plissée que Napoléon portait avec une cravate de mousseline. Aucune décoration ou fioriture ne permet de la distinguer d’une autre, si ce n’est l’inscription qu’elle porte (cf. infra). En effet, aucun strass n’y est présent, ce qui correspond à la mode depuis la Révolution : la préciosité de l’objet renvoyait à une réputation de coquetterie. Seul ornement à noter :la présence sur la traverse (qui permettait de resserrer les tissus entre eux) de formes presque végétales dont le motif central, entre les quatre ardillons, est un rond.

Cette boucle de col correspondait à un objet du quotidien pour l’Empereur. Elle complétait sa tenue qui se voulait avant tout pratique et proche des uniformes ou costumes portés par ses soldats.  Elle rejoignit les malles de Napoléon lors de son exil et il est aisé de l’imaginer associée au gilet que la Fondation Napoléon conserve également dans ses collections.

Comme la plupart des biens emportés à Sainte-Hélène (linge, livres, armes, porcelaine, argenterie), elle revint par testament à son fils. Il s’agit de 72 objets répartis en 6 lots. À ses seize ans, le duc de Reichstadt devait recevoir les reliques chargées de souvenirs de la vie de son père : l’épopée guerrière s’incarnait dans les armes et les uniformes ; l’éclat de la réussite se matérialisait dans le nécessaire de toilette en vermeil, le service de vaisselle de la manufacture de Sèvres et l’argenterie : la gloire brillait dans le médailler en or. Tels des rois mages, les membres de la petite cour de Sainte-Hélène devaient acheminer les présents à Vienne : les armes de prestige par l’intermédiaire de Bertrand, la vaisselle précieuse et le médaillier par Montholon, les petits objets (dont la boucle) grâce à Marchand, les livres aux armoiries impériales aux bons soins de Saint-Denis, les fusils de chasse de l’arquebusier Lepage, les selles à la française en velours cramoisi, housses en drap garnies de galons d’or et les brides en argent via Noverraz, les objets du culte des mains de l’abbé Vignali.

Mais le fils tant espéré et adoré ne reçut jamais son héritage. Son grand-père, l’empereur d’Autriche, veilla, ainsi que le chancelier Metternich, à ce que l’enfant puis le jeune homme soit le moins exposé, le moins lié à son passé français et à son père dont l’ombre était bien encombrante. Ces objets, si humbles soient-ils, contenaient tant de richesse émotionnelle pour un orphelin que jamais les émissaires n’obtinrent l’autorisation de se rendre à Vienne. Tout au plus, l’ambassadeur autrichien à Paris fut déclaré apte à les recevoir, ce que refusèrent les convoyeurs, outrés du procédé méprisant à leur égard et suspicieux quant au devenir de ces souvenirs. Quelles garanties avaient-ils que les précieux trésors symboliques soient bien remis en main propre au destinataire ?

En 1832, à la mort du duc de Reichstadt, sa grand-mère, Madame Mère demanda à son chargé d’affaire en France, son cousin Jean Thomas Arrighi de Casanova, duc de Padoue, de rassembler tous les lots dispersés. Certains convoyeurs, comme Montholon avaient été peu scrupuleux ou souhaitaient un autre destin pour des pièces majeures, à l’instar de Bertrand ou de Noverraz. Les « objets de l’Empereur » rescapés parvinrent à Rome au début de l’année 1836. Hélas, l’envoi fut trop tardif pour que sa mère puisse s’en réjouir. Sa dernière lettre fut adressée à Padoue pour réclamer avec insistance l’héritage de son fils et petit-fils. Elle s’éteignit le 2 février 1836 sans avoir vu se réaliser un de ses derniers vœux.

Le partage des objets entre les enfants de Letitzia Bonaparte fut effectué par le duc de Padoue en six lots tirés au sort : ses fils Joseph, Lucien et Louis, la comtesse Camerata, fille d’Élisa, et sa fille Caroline (Pauline était morte sans descendance le 9 juin 1825).

La boucle d’or échut à Caroline Murat. Sur l’intérieur de l’anneau, on peut lire : «Cette boucle de col qui appartenait à l’Empereur Napoléon et dont il se servait à Sainte-Hélène est échue en partage à sa sœur Caroline».

Élodie Lefort & Chantal Prévot
Septembre 2022

Date :
?
Technique :
Or
Lieux de conservation :
Paris, Fondation Napoléon, INV 76
Crédits :
© Fondation Napoléon
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