Collier de la reine Hortense dit "chaîne gothique"

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Collier de la reine Hortense dit « chaîne gothique »
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau)

Ce bijou serait un présent offert par la reine Hortense à sa nièce Amélie de Leuchtenberg (1812-1873), fille de son frère le prince Eugène, probablement à l’occasion de son mariage en 1829 avec Pierre Ier empereur du Brésil (1798-1834). Proclamé empereur en 1822, Pierre Ier (Dom Pedro), également roi du Portugal, avait épousé en 1817 une archiduchesse autrichienne qui lui donna sept enfants. Trois ans après le décès de sa femme, l’empereur qui menait une vie privée très dissipée, se remarie avec la toute jeune Amélie (elle avait dix-sept ans et lui trente-deux). Séduit par sa beauté, Pierre Ier créa peu de temps après leur mariage l’ordre impérial de la rose. A-t-on pour autant le droit de faire un rapprochement entre cet événement et le collier dont l’appellation « chaîne gothique » est gravée en lettres dorées sur le couvercle de l’écrin ?

Il faut bien reconnaître que nous sommes ici en présence d’un bijou très différent des colliers de joaillerie. Sa forme rigide et son ornementation le rapprochent davantage  des colliers des ordres de chevalerie. Il est composé de onze éléments faits d’entrelacs découpés et émaillés (des lacs d’amour), alternant avec onze médaillons circulaires ajourés sur lesquels se détachent en lettres gothiques les mots T.O.N. H.O.R.T.E.N.S.E. Cependant, à l’architecture du bijou qui n’est pas sans rappeler les colliers anglais de l’ordre du Bain ou de l’ordre de la Jarretière s’ajoutent les symboles amoureux des lacs d’amour séparés par un double motif de fleurs épanouies. La croix réunie au collier par une rosette en or renforce cette interprétation. Très richement décorée d’émeraudes et de rubis, elle porte la représentation de la foi ou bonne foi, deux mains unies qui symboliseraient ici l’union des deux époux. En 1823 les journaux de mode signalent des agrafes de manteau composées de deux mains de femmes en or et en 1828 sont évoqués des « bijoux d’un genre gothique » assortis d’une croix (Petit Courrier des Dames, 20 février 1828).

Inspirés d’un Moyen-Age réinterprété, les bijoux de la Restauration n’ont plus rien en commun avec ceux de l’époque napoléonienne  et la reine Hortense suit la mode. Cependant, en qualité de dédicataire et fidèle à ses souvenirs, elle fait inscrire son prénom sur les médaillons du collier comme le furent sous l’Empire  les bracelets acrostiches. Ce collier ainsi que probablement une autre chaîne de ceinture et de chapeau ont été réalisés par JP Pitaux, un bijoutier déjà fournisseur de Joséphine et de Marie-Louise. Son enseigne était alors « A la corbeille galante » au 17 rue Vivienne. Sous la Restauration, Pitaux est au service du duc de Berry pour qui il réalise des tabatières. Son poinçon losangique  ainsi que celui de petite recense de Paris (1809-1819) représentant une tête d’enfant sont inscrits au dos de chaque médaillon et de chaque élément émaillé. Un poinçon de garantie (tête de coq) est inscrit au dos du fermoir.

Claudette Joannis
Conservateur en chef honoraire du patrimoine
 décembre 2010
Retrouvez cette œuvre dans le catalogue Parures et bijoux des musées nationaux de Malmaison et du palais de Compiègne réalisé par Claudette Joannis et consultable en ligne sur le site de la Réunion des musées nationaux.

Pour consulter la fiche détaillée de la Chaîne gothique, cliquez ici.

 

Date :
premier tiers du XIXe siècle
Technique :
or, émail, émeraudes, rubis, opales
Dimensions :
H = croix 6 cm, L = collier 56 cm
Lieux de conservation :
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
Crédits :
© RMN
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