L’épée des membres de l’Institut du Caire

Période : Directoire-Consulat-Ier Empire/Directory-Consulate-1st Empire
Artiste(s) : Anonyme
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L’épée des membres de l’Institut du Caire
Épée des membres de l'Institut du Caire © Fondation Napoléon / Thomas Hennocque

Lorsque Bonaparte embarque sur le navire amiral l’Orient en mai 1798, il n’a que 28 ans. Plein d’ambitions, bercé par les idées des Lumières, il impressionne à Paris : on pressent qu’il sera un homme avec lequel le XIXe siècle devra compter. Pour la campagne d’Égypte, il choisit scrupuleusement les cent-cinquante-quatre scientifiques et artistes qui l’accompagnent pour leur parcours exemplaire malgré leur jeunesse : la moyenne d’âge est de 25 ans. Ils forment la Commission des sciences et des arts de l’armée d’Orient. Elle est dirigée par le général du génie, Maximilien de Caffarelli du Falga (1786-1799) qui a participé au recrutement des scientifiques. Avant la traversée, la destination doit rester secrète, et n’est divulguée aux scientifiques qu’une fois en mer. À bord, les savants se réunissent régulièrement pour débattre et imaginer cet Orient rêvé, discussions auxquelles Bonaparte participe volontiers.

C’est encore l’érudit passionné de sciences qui, par décret du 22 août 1798, fonde l’Institut du Caire, bientôt surnommé « la maîtresse favorite du général ». Calqué sur le modèle de l’Institut national à Paris, auquel Bonaparte appartient lui-même depuis le 26 décembre 1797, il se compose de quatre sections : mathématiques (à laquelle Bonaparte appartient), physique, économie politique, littérature et arts. Ses membres – 36 à l’origine, 51 pendant les trois ans de la campagne – sont choisis parmi l’élite des savants et des militaires. Comme toute institution, elle est dirigée par un président : avant d’arriver entre les mains de Bonaparte, cette fonction est assurée par le physicien Gaspard Monge (1746-1818). Il rencontre le général lors de la Première campagne d’Italie et est à l’initiative de la création de l’École centrale des travaux publics, future École polytechnique. Académie savante, l’Institut du Caire se réunit régulièrement dans le faubourg de Nasrieh, plus précisément dans la maison de Hasan Kachef. La planche 55 du premier tome de Planches : État Moderne présente une vue de l’intérieur du palais où se tiennent les séances de l’Institut. Au centre de la composition, on reconnait Bonaparte, à droite Caffarelli avec sa jambe de bois ou encore Conté qui arbore son célèbre cache-œil, accompagnés de quelques membres. Probablement, pouvons-nous y reconnaître Monge, Berthollet, Costaz et Dolomieu. Finalement, ce sont les plus grands qui sont représentés. Seule l’absence de Vivant-Denon dénote dans cette composition.  Les conclusions des séances et de leurs travaux sur les sujets les plus divers sont présentées lors de 62 séances jusqu’en mars 1801, puis transcrites dans des journaux, la Décade égyptienne ou le Courier (sic) de l’Égypte, qui sont les bases de la Description de l’Égypte.

Les savants ont de nombreuses missions. Le but premier de l’Institut est de favoriser le « progrès et la propagation des lumières en Égypte», ensuite de se consacrer à « la recherche, l’étude et la publication des faits naturels, industriels et historiques » du pays, enfin « de donner son avis sur les différentes questions pour lesquelles il sera consulté par le Gouvernement ». Ils se doivent de communiquer rapidement des solutions efficaces aux demandes de Bonaparte. Ainsi, ils dressent la cartographie du pays, dessinent son patrimoine archéologique comme le fait Dominique Vivant-Denon en Haute-Égypte, étudient sa faune (découverte du poisson Polyptère Bichir par Geoffroy Saint-Hilaire) et sa flore (le naturaliste Raffeneau-Delile identifie le palmier Doum), fabriquent de la bière sans houblon, Monge donne une explication scientifique au mirage, Bethollet théorise la formation du natron ou encore réfléchissent à la création d’un canal entre Mer Rouge et Méditerranée (jetant les prémices du futur Canal de Suez). Bien plus qu’une simple collecte de données, l’objectif est de faire vivre la nouvelle colonie de la jeune République française, mais également d’en apprendre davantage sur ce pays tant rêvé.

À l’inverse des membres de l’Institut de Paris, les membres ne portent pas de costume spécifique. En revanche, ils arborent une épée dont la fusée est décorée de plaquettes de nacre ornées d’une figure féminine égyptienne en bronze doré et ciselé. Devenue le symbole de l’Institut d’Égypte, elle est parfois identifiée comme Isis Pharia (déesse égyptienne protectrice des navigateurs). Elle porte une étrange coiffe complexe, couronnée d’une torche. Des motifs végétaux, tels que la palmette et les fleurons, ornent la calotte. Le décor du pontet est assez étonnant puisqu’il reprend des motifs de palmette flanquée de toiles d’araignées, qui correspondraient à un symbole d’attachement à Bonaparte. Les épées présentent une lame de Solingen en acier bleuie sur un tiers et sont accompagnées par un fourreau simple avec peu de décorations. Bonaparte, en tant que vice-président puis président de l’Institut d’Égypte, possède une épée identique, réalisée par Nicolas-Noël Boutet (1761-1833) directeur de la Manufacture d’Armes de Versailles, et conservée aujourd’hui au château de Malmaison.

À la suite de la capitulation le 31 août 1801, les savants français se voient confisquer leurs découvertes, notamment tous les matériaux archéologiques, l’Angleterre leur accordant uniquement le droit de rapporter leurs enquêtes minutieuses. Le dernier membre de la Commission des sciences et des arts, le chirurgien Larrey, quitte l’Égypte le 17 octobre 1801. Plusieurs souvenirs rédigés aussi bien par les scientifiques présents que par les militaires complètent la description de cette campagne. Sous l’impulsion du Premier Consul, le 6 février 1802, il est décidé de la publication de ces travaux sous l’autorité et aux frais du gouvernement. C’est le début de la grande aventure de l’édition de La Description de l’Égypte, qui contient neuf-cent-soixante-quatorze gravures précisément, publiée entre 1802 et 1830. Sources d’inspiration pour les arts décoratifs, la mode, la sculpture ou encore l’architecture, ils donnent naissance au style égyptisant et à l’égyptomanie qui restent en vogue tout au long du XIXe siècle. Malgré l’échec politique et militaire, tous ces aspects participent à la légende et la postérité de la campagne d’Égypte.

Élodie Lefort, juin 2020

Date :
Période consulaire
Technique :
Bronze doré, Cuir, Acier bleui, Nacre, Laiton
Dimensions :
H = 91,5 cm, L = 11,5 cm, P = 2,5 cm
Lieux de conservation :
PAR 46, Dépôt collection Alfred Pardee, Fondation Napoléon
Crédits :
© Fondation Napoléon / Thomas Hennocque
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