Les Trois Grâces, par Canova

Artiste(s) : CANOVA Antonio
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Les Trois Grâces, par Canova
Canova, Les trois Grâces, 1810, esquisse, Lyon, MBA. © Lyon, MBA / Basset

Le 11 juin 1812, Joséphine passa commande au grand sculpteur Canova d’un groupe représentant les Trois Grâces. L’Impératrice possédait déjà plusieurs œuvres de l’artiste dans sa collection réunie au château de Malmaison, une Danseuse, une réplique d’Hébé ou encore un buste de Pâris. Canova avait beaucoup portraituré la famille impériale mais, curieusement, il ne fit jamais le portrait de la première épouse de Napoléon. Il avait été appelé à Paris en 1802 pour exécuter celui du Premier Consul. La célèbre statue de L’Empereur en Mars pacificateur qui résulta de cette commande déplut pourtant à son commanditaire choqué par la nudité héroïque de cette représentation allégorique. Les époux Murat, Élisa, Lucien furent eux aussi portraiturés dans des bustes mêlant réalisme et canons néoclassiques. C’est l’inspiration antique qui, en revanche, domine pleinement les grands portraits de Pauline en Vénus victorieuse, de Madame Mère en Agrippine, ou encore de Marie-Louise en Concorde.

Joséphine n’eut cependant pas le plaisir d’admirer l’œuvre commandée au sculpteur. À sa mort en 1814, celle-ci n’était pas encore achevée et c’est finalement Eugène qui reçut le groupe de marbre terminé en 1816. Comme les autres statues de Canova de la collection de l’Impératrice, il fut finalement acquis par le tsar Alexandre Ier et c’est au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg qu’il peut aujourd’hui être admiré. Une seconde version exécutée entre 1815 et 1817 fut conjointement acquise en 1994 par le Victoria & Albert de Londres et la National Gallery of Scotland à Edimbourg.

L’esquisse modelée en terre cuite des Trois Grâces appartient au processus complexe de création de l’œuvre et sa date, antérieure à la commande de Joséphine, prouve la longue maturation de la représentation du sujet. Depuis l’antiquité, les Trois Grâces avaient la faveur des artistes. En peinture Raphaël, Rubens ou Regnault avaient adopté le même mode conventionnel de représentation, trois jeunes femmes nues, debout, alignées, celle du centre de dos, les bras tendus de chaque côté vers ses compagnes. Canova s’émancipa de cette vision pour créer ce groupe resserré où l’imitation de la nature s’allie à la beauté idéale de l’antique.

L’esquisse fut offerte par le sculpteur à Juliette Récamier, sans doute en 1813. Comme beaucoup d’autres œuvres qui entouraient la belle dans son quotidien, cette terre cuite témoigne de l’amitié qui l’unissait à l’artiste. Ils s’étaient rencontrés à Rome alors que Juliette visitait l’atelier du maître largement ouvert aux amateurs. Elle devint aussitôt une source d’inspiration tout autant qu’une amie. Donnée par testament au musée de la ville natale de Mme Récamier, l’œuvre entra dans les collections après son décès en 1849.

Karine Huguenaud (2002)

Date :
1810
Technique :
terre cuite
Dimensions :
H = 43 m, L = 24,3 m, P = 17 m
Lieux de conservation :
Lyon, musée des Beaux-Arts
Crédits :
© Lyon, MBA / Basset
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