Le phonautographe d’Édouard-Léon Scott de Martinville

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Le phonautographe d’Édouard-Léon Scott de Martinville
Le phonautographe du Teylers Museum ( Haarlem), construit par Koenig en 1865.
(The Practice of Science in the Nineteenth Century: Teaching and Research Apparatus in the Teyler Museum
par Gérard L'E. Turner, 1996).

Le phonautographe est une machine à enregistrer le son construite sous le Second Empire à partir de 1853 par Édouard-Léon Scott de Martinville (1817-1879). Sa membrane, placée au bout d’un tube acoustique, transmet les vibrations créées par le son à un stylet qui les grave sur un cylindre enduit de noir de fumée ou de cire. Son fonctionnement peut être considéré comme analogue à celui du sismographe actuel, les vibrations des tremblements terrestres remplaçant celles du son.  La machine de Scott de Martinville ne permet cependant pas d’entendre le son enregistré mais juste de le stocker ; elle finit par tomber dans l’oubli, en particulier après les travaux d’Edison, Graham Bell ou Tesla sur la propagation électrique du son et son enregistrement, près de vingt ans plus tard.

Scott de Martinville est un pionnier méconnu et touche-à-tout. Préparateur de copies, éditeur et libraire, sa carrière de typographe comme de sténographe l’incite à améliorer sa prise de notes et donc à s’intéresser à l’enregistrement du son pour reproduire les textes qu’on lui dicte le plus fidèlement possible. Il écrit d’ailleurs une Histoire de la sténographie depuis les temps anciens jusqu’à nos jours en 1849 dans l’optique d’améliorer son efficacité. Cet intérêt scientifique de la part d’un amateur n’est pas le fruit du hasard : Scott de Martinville a nourri sa curiosité en lisant toutes les parutions récentes liées à l’acoustique. Il se focalise sur le fonctionnement du tympan de l’oreille et produit ainsi le phonautographe en l’espace de cinq ans. Il en dépose le brevet en 1857. Il s’associe ensuite avec le fabricant d’instruments (notamment de diapasons très précis puis plus tard des capsules à flammes manométriques) Rudolph Koenig (1832-1901), ancien apprenti du luthier Jean Baptiste Vuillaume. Koenig est obsédé par la transmission et la propagation des ondes sonores et les implications scientifiques du phénomène acoustique ; bientôt les chemins des deux hommes divergent, Scott de Martinville souhaitant poursuivre ses recherches sur l’enregistrement de la voix humaine. Il doit les abandonner bientôt, faute de moyens. Koenig continue de fabriquer et améliorer le phonautographe qui devient pourtant vite désuet. L’ancien sténographe et chercheur français conçoit une certaine amertume quand, vingt après ses travaux, ceux de Thomas Edison triomphent. Il entreprend sans succès de faire reconnaître les mérites du phonautographe. Résigné et redevenu marchand d’estampes et libraire, il s’éteint en 1879, et ne sera pas reconnu comme le pionnier du son qu’il avait espéré devenir.

Jusqu’en 2008, le plus ancien enregistrement d’une voix était considéré être celui de la chanson Mary Had a Little Lamb, réalisé en 1877 sur papier d’aluminium par Thomas Edison. Mais en ce début de XXIe s., le Lawrence Berkeley National Laboratory, un laboratoire américain de recherche sur l’acoustique, exhume un phonautogramme de 1860 et le convertit en version audible. On y découvre alors une version lente des premières paroles d’Au clair de la lune, sans doute chantée par Scott de Martinville lui-même, ce qui en fait le plus ancien enregistrement de voix et de chant du monde.

 

Le Lawrence Berkeley National Laboratory, en collaboration avec l’entité First Sounds, a « traduit » une dizaine d’autres enregistrements de Scott de Martinville produit entre 1857 et 1860. Ils sont désormais déposés à l’académie des Sciences en France et également disponibles sur Internet.

L’une des dernières grandes redécouvertes dans le domaine de l’histoire sonore a fait le tour du monde en 2013 : il s’agit un enregistrement de la voix d’Alexandre Graham Bell datant de 1885.

Pour aller plus loin :

Marie de Bruchard, juin 2017

Date :
1865
Technique :
Bois, métal, cire
Lieux de conservation :
Teylers Museum (Haarlem, Pays-Bas)
Crédits :
© Teylers Museum (Haarlem)/Gérard LE. Turner, 1996/Phonorama
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