Sabre de récompense dit du 19 Brumaire de Jean-Baptiste Bessières

Période : Directoire-Consulat-Ier Empire/Directory-Consulate-1st Empire
Artiste(s) : BOUTET Nicolas Noël
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Sabre de récompense dit du 19 Brumaire de Jean-Baptiste Bessières
Nicolas-Noël Boutet - Sabre de récompense dit du 19 Brumaire 1799
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais - Pascal Segrette

Les armes d’honneur

Les ordres royaux et militaires ont été supprimés et remplacés en 1791 par la Décoration militaire de l’Assemblée Nationale Constituante. Néanmoins, le 21 septembre 1792, la monarchie est abolie par la Convention et la Décoration militaire, restant de fait l’héritière des ordres de l’Ancien Régime, est supprimée à son tour par décret le 15 octobre 1792. Les années de conflit entre les armées révolutionnaires et celles des monarchies européennes regroupées au sein de la Ire Coalition changèrent cependant la vision de la Convention.
Celle-ci, soucieuse de s’inscrire dans la lignée des Gallo-romains autorisa l’Armée à reprendre l’usage traditionnel de l’octroi d’une arme personnelle de récompense.
C’est ainsi que furent instaurées les armes d’honneur, grâce notamment à Bonaparte -alors général en chef de l’Armée d’Italie- qui décida de multiplier leur remise dans l’ordre du jour de Passeriano du 11 fructidor An V (28 août 1797).
La distribution de ces armes, plus tard codifiée lors de la campagne d’Égypte, fut véritablement institutionnalisée avec le Consulat et l’arrêté du 4 nivôse An VIII (25 décembre 1799). Tout soldat se distinguant par une action d’éclat pouvait espérer recevoir une arme d’honneur selon son corps d’appartenance, à savoir : fusils et sabres-briquets pour les grenadiers et soldats, pistolets d’honneur pour les officiers, baguettes pour les tambours, trompettes pour les clairons et trompettes-mousquetons et fusils de wagon pour les troupes de cavalerie, grenades d’or pour les canonniers et pointeurs les plus adroits, et fouets d’honneur pour les conducteurs du train d’artillerie.

Description du sabre

D’une hauteur de 0,98m et d’une largeur de 0,137m, il est inscrit sur la lame « Journée de Saint-Cloud, 19 Brumaire an VIII ». Ce sabre de récompense a appartenu à Jean-Baptiste Bessières. Il lui a été remis par le Premier Consul Napoléon Bonaparte en raison de son rôle lors de la journée du 19 Brumaire, Bessières assurant alors la protection rapprochée du récent vainqueur de la bataille des Pyramides. Son action lui valut également d’être nommé commandant en chef de la cavalerie de la Garde consulaire au soir même du coup d’État.

Détail - Sabre de récompense dit du 19 Brumaire 1799, par Nicolas-Noël Boutet © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais - Pascal Segrette
Détail – Sabre de récompense dit du 19 Brumaire 1799, par Nicolas-Noël Boutet © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais – Pascal Segrette

Fabriqué dans la Manufacture d’armes de Versailles de Nicolas-Noël Boutet, ce sabre fut le premier élément d’une longue série de récompenses et d’honneurs pour celui qui deviendra plus tard maréchal de l’Empire, commandant de la cavalerie de la Garde impériale (19 mai 1804), Grand-Aigle de la Légion d’honneur (2 février 1805) et duc d’Istrie (28 mai 1809).

Jean-Baptiste Bessières, un fidèle aux côtés de Bonaparte puis de Napoléon

Jean-Baptiste Bessières naît le 6 août 1768 à Prayssac, petit village du Lot. Fils d’un chirurgien aisé, il doit embrasser la carrière médicale de son père. C’est sans compter les bouleversements de la Révolution française qui le mènent finalement vers les armées. Il entre de cette manière comme simple soldat de la garde constitutionnelle en 1792. Après diverses promotions et mutations rapides, il s’enrôle dans la Garde nationale de Paris en juillet et, très attaché au sort du roi Louis XVI, il fit tout ce qu’il put pour le défendre lors de la journée du 10 août 1792. Contraint de se cacher quelques temps en raison de la chute de la monarchie, il reprend du service en s’engageant dans le 22e régiment de chasseurs à cheval. Gravissant rapidement les échelons, Bessières participe à la guerre contre l’Espagne entre 1794 et 1795 avec le grade de capitaine.

En 1796, il passe à l’armée d’Italie où il se distingue rapidement, ce qui lui permet d’être nommé capitaine des Guides de l’armée par le général Bonaparte. Dès lors, il ne cesse de se couvrir de gloire à Roveredo (4 septembre 1796), Rivoli (14-15 janvier 1797) ou encore à La Favorite, ce que le général en chef ne manque pas de remarquer. Bessières ne devait désormais jamais plus quitter les Guides, unité d’élite qui devint plus tard le cœur de la Garde consulaire puis impériale, et de ce fait leur chef, Napoléon Bonaparte.
Au gré des campagnes et des événements, Bessières devient un ami fidèle, fiable et précieux de ce dernier. Bonaparte lui confie de cette manière l’honneur de ramener les drapeaux pris aux Autrichiens aux directeurs à Paris. Il s’embarque ensuite pour l’expédition d’Egypte où il s’illustre encore durant le siège de Saint-Jean d’Acre (20 mars-21 mai 1799) ainsi qu’à la bataille d’Aboukir (25 juillet 1799). Toujours auprès de Bonaparte, il rentre avec lui en France et participe activement à la préparation du coup d’État de Brumaire.
Le général Bonaparte devenu Premier Consul de la République le récompense en le nommant commandant en chef de la cavalerie de la Garde et lui remet le sabre d’honneur présenté ici. Se couvrant encore de gloire lors de la bataille de Marengo le 14 juin 1800, il est nommé général de brigade le 18 juillet, puis général de division le 13 septembre 1802. Fait maréchal de l’Empire le 19 mai 1804 et grand-officier de la Légion d’honneur en juin de cette même année, il participe à la campagne d’Allemagne de 1805 et, à la tête de la cavalerie de la Garde impériale, il taille en pièce celle du tsar Alexandre, commandée par le prince Repnine.

Portrait du maréchal Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istries (1768-1813), par Henri-François Riesener © RMN-Grand Palais - Agence Bulloz
Portrait du maréchal Jean-Baptiste Bessières, duc d’Istries (1768-1813), par Henri-François Riesener © RMN-Grand Palais – Agence Bulloz

Par la suite, présent à Iéna, Eylau ou encore Friedland, il reçoit le commandement d’un corps d’armée en Espagne en 1808. Jusqu’au début de la campagne d’Allemagne et d’Autriche de 1809, il s’efforce de défendre les intérêts du roi Joseph, l’Empereur disant même à ce propos que c’est « Bessières [qui] a mis [son] frère Joseph sur le trône d’Espagne ». Le 6 juillet 1809, son cheval est tué sous lui par un boulet autrichien. Titré duc d’Istrie cette même année, il est ensuite renvoyé en Espagne en 1811. Face à la difficulté de la situation et surtout face aux horreurs de cette guerre, il obtient son rappel et peut participer à la campagne de Russie de 1812.
En dépit des avertissements qu’il adresse à l’Empereur, il ne parvient pas à le convaincre de renoncer à ce défi colossal. Ses craintes devenues réalité, il prend part à la retraite de Russie et sauve l’Empereur de 8 000 cosaques fonçant droit sur lui. Immédiatement remobilisé en Allemagne, il repart pour la campagne de Saxe à la tête de ce qu’il reste de la cavalerie de la Garde. Sa glorieuse carrière finit à la veille de la bataille de Lützen le 1er mai 1813, le duc d’Istrie étant finalement emporté par un boulet russe.

Exilé à Sainte-Hélène, l’Empereur dit de lui « [qu’]il vécut comme Bayard et mourut comme Turenne ».

Eymeric Job
Juillet 2019

Date :
1799
Dimensions :
H = 0,98m
Lieux de conservation :
Musée de l'Armée, Paris
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