L’immortalité de Nelson

Artiste(s) : WEST Benjamin
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L'immortalité de Nelson

Né dans la colonie anglaise de Pennsylvanie, Benjamin West s’installa à Londres en 1763, après un séjour en Italie qui lui fit découvrir le néo-classicisme naissant. Président pendant trente ans de la Royal Academy dont il fut un des membres fondateurs, artiste officiel couvert d’honneurs et protégé du roi George III, West participa en 1807 à la glorification du plus populaire des héros anglais de l’époque, Horatio Nelson, décédé lors de la bataille de Trafalgar le 21 octobre 1805. Devenu le modèle du devoir patriotique, Nelson fut célébré comme tel par les peintres et les poètes de son pays et l’Angleterre lui fit des obsèques grandioses dans la cathédrale Saint-Paul à Londres en janvier 1806.

Le tableau de Benjamin West révèle une double inspiration puisée à la fois dans l’antiquité – l’apothéose des empereurs romains – et dans l’iconographie chrétienne – la déploration et l’ascension du Christ. Neptune, aidé de la Victoire, élève la dépouille mortelle du célèbre amiral vers Britannia, personnification de la nation britannique. S’éloignant du classicisme, West brosse ici une composition confuse dans laquelle membres de la famille, chevaux, amours et divinités marines se mêlent inextricablement. De nombreuses inscriptions font référence aux exploits navals de Nelson tandis qu’un parchemin sur le corps du héros rappelle son fameux mot d’ordre : « England expects that every man will do his duty« , « L’Angleterre attend que chaque homme fasse son devoir« .

L’œuvre évoque une autre célèbre apothéose, celle des héros français peinte par Girodet à la demande de Bonaparte. Les deux compositions sont fondées sur le thème de la divinisation du héros guerrier. Elles présentent toutes deux la même profusion de personnages réels et de figures allégoriques situés dans un espace céleste, véritable paradis païen. Mais là où Girodet se distingue par sa virtuosité à rendre une atmosphère vaporeuse, West montre plus de maladresses : différence d’échelle entre les figures, agitation désordonnée de l’ensemble, clair-obscur trop violent. L’Apothéose de Nelson ne parvient pas à atteindre l’irréalité féerique de l’Apothéose des héros français mais elle inspirera peut-être le peintre académicien de Lille Pierre-Nicolas Sicot , dit Legrand de Sérant dans sa propre création de l’apothéose de Nelson.

Karine Huguenaud, novembre 2002

 

Date :
1807
Technique :
huile sur toile
Dimensions :
H = 0,90 m, L = 0,75 m
Lieux de conservation :
Londres, National Maritime Museum
Crédits :
© National Maritime Museum
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