L’exécution de Maximilien

Artiste(s) : MANET Edouard
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Tandis que l’Exposition universelle de 1867 triomphe à Paris, une terrible nouvelle  vient assombrir la fête. C’est le 1er juillet, le jour même de la distribution des récompenses par le couple impérial, que parvient l’annonce de l’exécution de l’empereur Maximilien Ier, fusillé le 19 juin précédent à Querétaro, au nord de Mexico. La désastreuse campagne du Mexique initiée par Napoléon III, trouve là une tragique conclusion.

Comme beaucoup de ses contemporains, Manet est très impressionné par l’événement. S’essayant au genre historique, il opte pour ce sujet d’actualité peu traité par les artistes en raison de la censure. S’inspirant directement du Tres de Mayo de Goya, condamnation sans appel d’une autre guerre napoléonienne, Manet choisit le moment où la tension dramatique est à son paroxysme : la mise à mort de Maximilien et des deux généraux Mejia et Miramon. Il peint immédiatement une première version du tableau, conforme à l’idée qu’il se fait de la scène, dans laquelle les soldats sont vêtus de costumes et de sombreros mexicains. Cette vision « folklorique » évolue bientôt, tandis que parviennent à Paris de plus amples informations sur l’événement. L’article du journaliste Wolff notamment, paru dans Le Figaro du 11 août et commentant des photographies qui lui ont été communiquées, sert de base documentaire à l’artiste.

Dans la dernière version de l’œuvre, les uniformes se font plus réglementaires jusqu’à évoquer ceux de l’armée française, allusion directe au rôle de Napoléon III dans cette tragédie. L’accusation est violente, rappelée par Zola : « Vous comprenez l’effroi et le courroux de messieurs les censeurs. Eh quoi ! un artiste osait leur mettre sous les yeux une ironie si cruelle, la France fusillant Maximilien ! ».

Seul le peuple mexicain, placé au second plan sur le muret, exprime par ses réactions toute l’horreur de cette scène d’exécution. L’impassibilité dénuée d’émotion des soldats culmine dans la figure de droite tournée vers le spectateur. Une main disproportionnée sur la gâchette de son fusil – la main du bourreau ? -, il est celui chargé de donner le coup de grâce. Les journaux de l’époque ont bien confirmé le fait : un soldat à l’écart acheva à bout portant Maximilien.

Très attaché à ce tableau, Manet ne parviendra pas à l’exposer en public sous le Second Empire. Alors que tant d’épisodes de l’expédition du Mexique couvraient les cimaises du Salon de 1868, des versions favorables au régime impérial, le chef-d’œuvre de Manet fut interdit.

Karine Huguenaud
octobre 2011

Retrouvez notre dossier thématique sur la campagne du Mexique.

Date :
1867
Technique :
huile sur toile
Dimensions :
H = 2.52 m, L = 3.05 m
Lieux de conservation :
Manheim, Stadtisch Kunsthalle
Crédits :
© artchive
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