Portrait de Lucien Bonaparte

Artiste(s) : SABLET Jacques dit Le Jeune
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Portrait de Lucien Bonaparte
Portrait de Lucien Bonaparte (1775-1840) à Plessis-Chamant en 1799,
par Jacques Sablet © RMN-Grand Palais / Gérard Blot

Le portrait de Lucien Bonaparte est une huile sur toile réalisée par Jacques Henri Sablet (1749-1803), surnommé le « Peintre du Soleil » en raison de ses tableaux aux coloris chauds et chatoyants. Il suit son mécène Lucien Bonaparte lorsque ce dernier est nommé ambassadeur de France à Madrid en 1800.

Ce tableau réalisé en 1799 contient quelques subtilités. La première d’entre elles repose dans la posture et la tenue de Lucien Bonaparte, bien loin des représentations de son frère Napoléon. Le cadre bucolique, l’habit de civil, toute la scène reflète la personnalité romantique de ce frère avec qui l’Empereur entretient une relation parfois chaotique jusqu’aux Cent-Jours. L’autre subtilité se situe dans l’arrière-plan, où la première épouse de Lucien, Christine Boyer est représentée, symbole du fort attachement qui le lie à elle. À partir de cette scène d’arrière-plan, Sablet réalisera par la suite un tableau à part entière dans lequel le peintre placera cette fois Christine Boyer au centre de l’œuvre.

 

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Portrait de Christine Boyer, première épouse de Lucien Bonaparte, par Jacques Sablet (1799) © RMN-Grand Palais – Gérard Blot

 

Ce frère « rebelle » a toujours entretenu une relation pour le moins compliquée, si ce n’est parfois chaotique, avec l’Empereur. Partisan des Jacobins, Lucien se distingue rapidement par ses talents d’orateur et son éloquence politique dès le début de la Révolution. Lucien est également pourvu d’un fort caractère le poussant à s’opposer très tôt à son frère Napoléon, dénonçant notamment les « penchants tyranniques » de ce dernier, ou encore à Pascal Paoli, en étant le seul à dénoncer publiquement sa trahison anglaise. Signe de sa grande érudition, Lucien choisit le pseudonyme de « Brutus Bonaparte, citoyen sans-culotte » lors de sa période jacobine en Provence. Son amitié avec Augustin de Robespierre, jeune frère de Maximilien l’incorruptible, lui vaut d’être enfermé quelque temps à l’issue du coup du 9 Thermidor An II (27 juillet 1794).
À sa libération, il embrasse une carrière politique et parvient à se faire élire député au Conseil des Cinq-Cents, chambre basse du nouveau régime du Directoire. Lucien fréquente de près les puissants du nouveau régime tels que Barras, « roi du Directoire ». Sous la protection de Sieyès, célèbre auteur de Qu’est-ce que le Tiers-État ? et figure révolutionnaire incontournable, il se fait élire président du Conseil des Cinq-Cents en octobre 1799 alors qu’il est seulement âgé de 24 ans.
Placé à ce poste clé, Lucien joue un rôle essentiel dans la préparation l’exécution du coup d’État des 18 et 19 Brumaire An VIII (9 et 10 novembre 1799) aux côtés de Sieyès et de son frère Napoléon. Le 19 Brumaire, alors que Napoléon est en grande difficulté face à des assemblées houleuses dont il ne maîtrise ni les codes ni la rhétorique, Lucien garde son sang-froid et permet de débloquer la situation en exhortant les soldats de son frère, qui n’attendent que l’ordre de leur général, à intervenir.
C’est toutefois à l’issue de ces journées décisives que la relation entre Lucien et Napoléon, désormais Premier Consul de la République française, va prendre une tournure dramatique. Bonaparte s’accaparant l’essentiel des succès du coup d’État dans les journaux officiels, Lucien en tire un important sentiment de frustration. Nommé ensuite ministre de l’Intérieur, il subit continuellement les reproches de l’entourage du Premier Consul quand ce ne sont pas les remontrances directes de ce dernier. Finalement considérablement fragilisé dans une affaire de pamphlet critiquant l’absence d’héritier de Bonaparte, Lucien est contraint à la démission et doit s’éloigner du cœur du pouvoir en acceptant un poste à l’ambassade de France en Espagne. Cependant, son caractère et son esprit indépendant le conduisent à ne pas suivre les indications du ministre des Affaires étrangères Talleyrand.
Profondément déçu par Lucien, Bonaparte enrage lorsqu’il apprend que son jeune frère s’est marié sans son consentement avec Alexandrine de Bleschamp. Refusant tout divorce, Lucien est par la suite exclu du processus de succession de l’Empereur et n’est pas titré « prince français » contrairement à tous les autres membres de la fratrie. Se tenant à l’écart des affaires politiques et familiales durant l’Empire, il part dans les États pontificaux où le pape Pie VII – brouillé lui aussi avec l’Empereur – l’accueille à bras ouverts.
Fait prisonnier par les Britanniques alors qu’il tente de s’embarquer pour les États-Unis, Lucien retrouve Rome après la chute de l’Empire et l’abdication de son frère. Titré prince de Canino par le pape en raison de son attachement loyal et sincère pour le Saint-Père, il retourne en France sous les Cent-Jours. L’Empereur promulgue en effet l’acte additionnel aux Constitutions de l’Empire marquant un tournant constitutionnel et scellant la réconciliation entre les deux frères.
L’Empereur a tout juste le temps de le titrer enfin « prince français » et pair de France avant de partir pour la fatidique campagne de Belgique. Le désastre de Waterloo met définitivement fin au soubresaut impérial et l’Empereur abdique une seconde fois le 22 juin 1815.
Proscrit par le roi, Lucien reprend fatalement la route de Rome, qu’il ne quittera plus. Encore titré prince de Musignano en 1824 par le pape Léon XII, Lucien meurt le 30 juin 1840. Il est inhumé dans la collégiale de sa principauté SS. Giovanni e Andrea.

Eymeric Job
Juillet 2019

Date :
1799
Technique :
Huile sur toile
Lieux de conservation :
Ajaccio, Palais Fesch, musée des Beaux-Arts
Crédits :
RMN-Grand Palais / Gérard Blot
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