Fanny Farieux : du Caravage à Napoléon, « j’aime voir dans les visages le jeu des ombres et des lumières, le regard, l’expression des émotions, l’harmonie des traits »

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Depuis janvier 2020, nous « Sourions avec Napoléon » avec la dessinatrice Fanny Farieux : cette série humoristique met en scène les Empereurs et leurs entourages dans des situations mêlant souvenirs historiques et actualité contemporaine.

Titulaire d’un master de philosophie de l’Université de Rouen, et d’un diplôme universitaire de criminologie de l’Université de Paris VIII, Fanny Farieux poursuit ses études de criminologie afin d’obtenir un DESU (diplôme d’études supérieures universitaire) à Paris VIII. Elle nous parle de son goût pour le dessin depuis l’enfance et de sa façon de préparer ses dessins. (propos recueillis par Irène Delage, mai 2020).

Fanny Farieux : du Caravage à Napoléon, « j’aime voir dans les visages le jeu des ombres et des lumières, le regard, l’expression des émotions, l’harmonie des traits »
Fanny Farieux, par... Fanny Farieux (!) © Fanny Farieux, 2020

Napoleon.org : Fanny Farieux, avez-vous toujours dessiné ?
Fanny Farieux : Dessiner est une activité qui permet l’évasion, et nécessite parfois une concentration exclusive qui vous fait temporairement oublier tout le reste, ce qui, peut être très plaisant. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours dessiné. Petite j’étais constamment le crayon à la main, et certains meubles s’en souviennent encore : je n’hésitais pas parfois à faire tomber exprès mes feutres de la table pour devoir les ramasser, et dessiner sur les barreaux de chaise au passage. Tout en pensant que mes parents ne le verraient pas… Plus tard, j’ai hésité à suivre des études d’art après le lycée, mais me suis finalement dirigée vers des études de philosophie, sans que le dessin ne me quitte en tant que hobby.

Napoleon.org : Quelles ont été, hier, et sont, aujourd’hui, vos sources d’inspiration ?
Fanny Farieux : La période du XIXe siècle m’a beaucoup inspirée durant mon adolescence. Moins par l’art qui avait cours à cette période que par l’ambiance mélancolique qui ressortait de ce siècle. Mais aussi, plus anecdotiquement, par le style vestimentaire de cette époque que je trouvais élégant et choisissais de donner aux personnages que je dessinais. De manière plus générale, j’ai toujours préféré dessiner des personnages que des paysages. J’aime beaucoup observer les corps humains, surtout ceux de la gente masculine où les muscles sont généralement plus saillants (mais n’y voyez rien d’ambiguë !). Les visages m’intéressent plus particulièrement : j’aime y voir le jeu des ombres et lumières, le regard, l’expression des émotions, la façon dont les traits s’harmonisent, etc. Les peintures du Caravage ou de Giovanni Battista Morini me parlent particulièrement en ce sens.

Le Caravage, "La flagellation du Christ à la colombe", 1606 <br>© RMN-GP (Gérard Blot) / Musée des beaux-arts Rouen (https://art.rmngp.fr)
Le Caravage, La flagellation du Christ à la colonne, 1606
© RMN-GP (Gérard Blot) / Musée des beaux-arts Rouen (https://art.rmngp.fr)

 

► voir en détail l’œuvre du Caravage sur le site du musée des Beaux-arts de Rouen

Giovanni Battista Moroni, "Il tagliapanni" (Le tailleur), 1565-1570 <br>© National Gallery, Londres
Giovanni Battista Moroni, Il tagliapanni (Le tailleur), 1565-1570
© National Gallery, Londres

► Voir en détail l’œuvre de Moroni sur le site de la National Gallery de Londres

Napoleon.org : Quelles qualités nécessitent l’art du dessin, et plus particulièrement celui du dessin humoristique ?
Fanny Farieux : Je crois que le dessin nécessite avant tout, outre la technique en elle-même, beaucoup de patience et d’observation. Mais le dessin humoristique est assez particulier puisqu’il ne recherche pas nécessairement une représentation fidèle de l’objet dessiné. Ou tout du moins, c’est une fidélité détournée. Qu’un bras ou une jambe soient plus ou moins bien représentés importe peu. L’observation s’exerce moins là que dans le comique de situation que vous allez créer par la pause des personnages ou leur dialogue ; ou encore dans la façon dont vous allez étudier un visage pour en identifier les traits prédominants que vous pourrez accentuer jusqu’à la caricature. Mais tout en essayant de ne pas tomber dans la mesquinerie ou la méchanceté. Le vrai enjeu, lorsque je travaille sur ce type de dessins, est d’être drôle tout en restant juste.

Série [Sourions avec Napoléon] : 3. Météo à Brienne
Série [Sourions avec Napoléon] : 3. Météo à Brienne

Enfance de Napoléon. Bataille de boules de neige à Brienne <br>© RMN-GP (Gérard Blot) / musée de la maison Bonaparte, Ajaccio
Enfance de Napoléon. Bataille de boules de neige à Brienne
© RMN-GP (Gérard Blot) / musée de la maison Bonaparte, Ajaccio

 

Napoleon.org : Quelles sont les différentes étapes que vous suivez dans la création d’un dessin ? Par exemple pour les dessins de la série « Sourions avec Napoléon », pour la Fondation Napoléon, faites-vous des recherches particulières ?
Fanny Farieux : Pour les dessins de la série « Sourions avec Napoléon » destinés à la Fondation, le point de départ se trouve dans les discutions sur un sujet avec le directeur Thierry Lentz (qui n’est pas avare d’idées, ce qui facilite énormément les choses). Nous trouvons un thème que nous aimerions aborder sur la vie de Napoléon et de ses contemporains, et cherchons ensuite comment le représenter de façon humoristique. Le dessin traduit alors la représentation que nous nous en faisons. Thierry Lentz m’aide beaucoup sur les détails historiques qui m’échappent parfois, par exemple lorsqu’il s’agit de faire des recherches sur les vêtements qui étaient portés à l’époque, ou sur l’âge approximatif des personnages que nous sollicitons par rapport à l’événement que nous présentons sur le dessin, ou sur leur caractère de ces derniers Je consulte énormément de portraits picturaux, gravures et dessins, ne serait-ce que pour pouvoir caricaturer les visages. Avoir une représentation en tête plus ou moins claire de ce que je veux mettre sur papier est essentiel, même si je peux être amenée au cours du dessin à faire évoluer cette représentation. C’est pourquoi je ne fais pas partie de ceux qui parviennent à dessiner directement avec des matériaux qui empêchent toutes modifications ultérieures. L’étape de l’esquisse m’est encore nécessaire chaque fois que je désire faire un dessin un peu élaboré.

Napoleon.org : Que vous apporte le dessin ? Sans doute de la joie, mais peut-être des doutes, des frustrations dans la réalisation ?
Fanny Farieux : Le dessin m’apporte effectivement de la joie, c’est un sentiment agréable de pouvoir exprimer sa créativité à travers ce moyen, de donner forme à quelque chose qui existe essentiellement dans votre tête. C’est une activité qui nécessite imagination et observation, mais aussi une certaine technicité du geste. Il y a parfois une petite frustration qui se forme lorsque je ne parviens pas à retranscrire pleinement sur le papier ce que j’ai en tête ou devant moi, que ce soit sur l’utilisation des couleurs ou sur la forme même de l’objet dessiné. Je ne suis pas toujours tout à fait satisfaite de mes dessins, l’œil s’attardant sur des défauts que je n’ai pas su surmonter.

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