Cathédrale Notre-Dame de Paris

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Depuis l’incendie du 15 avril 2019, la Cathédrale est fermée.

(Mai 2024)

Cathédrale Notre-Dame de Paris
Cathédrale Notre-Dame de Paris

Sous l’Ancien Régime, Notre-Dame de Paris ne connut que peu de « grandes Heures » comparativement à d’autres édifices religieux – la Sainte Chapelle servit d’écrin à la couronne d’épines ramenée par Saint-Louis, la cathédrale de Reims accueillit le couronnement des rois et la basilique Saint-Denis abrita leurs dépouilles. Notre-Dame fut certes associée à nombre de grands événements de la royauté française – entrées solennelles, Te Deum d’actions de grâce, services funèbres, mariages – mais c’est le Premier Empire qui, en y déployant ses fastes, en fit le lieu privilégié de ces célébrations justifiant ainsi pleinement son surnom de « Paroisse de l’Histoire de France ».

La Révolution n’avait pas épargné l’édifice saccagé par le vandalisme populaire puis transformé en temple de la déesse Raison avant d’être utilisé comme entrepôt à vin ! En vertu du Concordat de 1801, le Premier Consul rendit Notre-Dame au culte catholique et en nomma son évêque, Mgr de Belloy.

Son intronisation eut lieu le 11 avril 1802, dimanche des Rameaux, dans une cathédrale hâtivement décorée pour cacher les stigmates des assauts révolutionnaires : piliers cachés par des tentures, autel reconstruit, Christ provenant du Trésor d’Arras. Quelques jours plus tard, le 18 avril, Bonaparte et tous les officiels du Consulat assistèrent à la messe de Pâques qui consacrait solennellement la promulgation du Concordat. Le bourdon de Notre-Dame résonnait à nouveau.

C’est à dessein que Napoléon choisit Notre-Dame pour la cérémonie du Sacre le 2 décembre 1804. De nombreux travaux furent entrepris pour la circonstance. Des maisons furent détruites pour dégager les abords de la cathédrale et Napoléon ordonna que la rue de Rivoli, la place du Carrousel et le quai Bonaparte par lesquels devait passer le cortège fussent entièrement pavés. Percier et Fontaine réalisèrent sur le parvis un portique en bois, carton et stuc de style néo-gothique qui menait à l’intérieur de l’édifice par une galerie couverte décorée de tapisseries des Gobelins. Une autre galerie de bois longeait la cathédrale jusqu’à l’archevêché où une immense tente formait vestibule. C’est là que le pape et sa suite revêtirent leurs ornements sacerdotaux et que Napoléon et Joséphine passèrent leurs costumes du sacre. Le bâtiment fut blanchi à la chaux et l’intérieur recouvert de tentures et de draperies de soie et de velours parsemées des armoiries et des insignes de l’Empire (aigles éployées, N dans des couronnes de lauriers, abeilles, étoiles, guirlandes de feuilles de chênes). En masquant en partie le style gothique de la nef, les décorateurs obtinrent une sorte de temple néo-grec mâtiné de grandeur romaine très en accord avec le goût de l’époque. Un contemporain nota ironiquement : « Dieu ne s’y reconnaîtra plus ». La grande grille du chœur fut enlevée ainsi que deux autels et des estrades furent dressées le long de la nef et dans les tribunes pour permettre à tous les représentants officiels de la France d’assister au couronnement. Le dessin des costumes de la famille impériale et des grands dignitaires fut confié à Isabey et le détail du cérémonial fut réglé par Portalis et Bernier. Plusieurs trônes furent élevés dont un pour accueillir Pie VII. C’est devant lui et avec son accord que Napoléon se couronna lui-même avant de couronner Joséphine.

Une cérémonie d’inspiration républicaine succéda à ce double couronnement. Le nouvel Empereur se rendit vers un trône très ostentatoire installé sur une haute estrade dans la nef devant le portail principal condamné. Il y prononça un serment où il s’engageait à maintenir l’intégrité du territoire de la République, à faire respecter l’égalité des droits, les libertés politique, civile et religieuse, l’irrévocabilité de la vente des biens nationaux et à ne lever d’impôt qu’en vertu de la loi.
Notre-Dame continua ensuite d’accueillir les grandes cérémonies de l’Empire (réception des drapeaux d’Austerlitz le 1er janvier 1806, baptême du Roi de Rome le 9 juin 1811) avant d’être le témoin de la chute du régime : le 3 mai 1814, Louis XVIII pénétrant dans Paris se rendit à la cathédrale pour y entendre un Te Deum composé par Lesueur.

Après la publication du roman de Victor Hugo Notre-Dame de Paris en 1831,la génération romantique s’émut de l’état de délabrement de la cathédrale. Sous l’impulsion de Mérimée, une restauration générale de l’édifice fut décidée en 1843 et, en 1845, Viollet-le-Duc et Lassus inaugurèrent le vaste chantier. Après la mort de Lassus en 1857, Viollet-le-Duc poursuivit seul la restauration. Il rétablit le décor sculpté en collaboration avec l’atelier Deschaume, il peupla les parties hautes de pinacles, transforma les gargouilles en un bestiaire fantastique, rétablit la flèche détruite en 1792 et l’orna des statues des apôtres et de symboles évangéliques. L’architecte s’y est d’ailleurs représenté sous les traits de Saint-Thomas.

Viollet-le-Duc ne se contenta pas de sauver Notre-Dame ; avec tous les excès de son génie, il restitua un style gothique idéal supposé être celui de la cathédrale au XIIIe siècle, supprima toute adjonction postérieure et redessina le mobilier liturgique et les objets de culte. A cette restauration d’envergure, il faut ajouter les travaux d’Haussmann qui dégagèrent le parvis et remodelèrent l’île de la Cité.
Le Second Empire consacra Notre-Dame. Le 30 janvier 1853, Napoléon III épousa Eugénie dans un édifice en chantier mais masqué par des décors éphémères tout comme pour le Sacre de son illustre oncle. La cathédrale accueillit le baptême du Prince impérial en 1856 et le 31 mai 1864, Mgr Darboy, archevêque de Paris, y célébra la dédicace qui signait la fin des travaux.

Aujourd’hui, les restaurations de Viollet-le-Duc témoignent toujours de l’engouement des érudits et des artistes du XIXe siècle pour ce monument symbole de la capitale. La visite de Notre-Dame doit être complétée par celle d’un petit musée consacré à son histoire. On y retrouve nombre de documents relatifs aux événements évoqués précédemment et notamment de magnifiques dessins de Viollet-le-Duc. Le Trésor de la cathédrale mérite également un détour : encore aménagé par Viollet-le-Duc, il conserve quelques pièces d’exception comme le reliquaire de la Couronne d’épines offert par Napoléon Ier ou des esquisses de Carpeaux.

Karine Huguenaud (2001)

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