Cimetière du Père Lachaise – Paris

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© Fondation Napoléon

Suite à la loi du 23 prairial an XII (21 juin 1804) qui interdisait l'inhumation dans les églises, les couvents et les cimetières intra muros, Nicolas Frochot, préfet de la Seine depuis 1800, décida la création de quatre grandes nécropoles parisiennes situées extra muros et aux points cardinaux de la ville. Seulement trois de ces nécropoles virent le jour, deux au nord et au sud à partir de cimetières déjà existants et une à l'est, sur la colline de Charonne. C'est là, en effet, qu'un espace vert de 17 hectares fut acheté pour 180 000 francs par la ville de Paris, sur le domaine de Montlouis, l'ancienne propriété des pères Jésuites de la rue Saint-Antoine où le confesseur de Louis XIV, le père La Chaise, se retira de 1665 à 1709.

Frochot confia à l'architecte Brongniart le soin d'aménager ce terrain pour l'approprier à sa nouvelle fonction. Celui-ci y créa un nouveau type de cimetière très proche des aspirations romantiques de l'époque. Il conserva intelligemment les vallons et la végétation abondante du site tout en pavant les allées, sorte d'incitation à une promenade mélancolique.

Dans le même temps, il conçut un projet grandiose de galerie couverte précédée d'un péristyle afin d'abriter les sépultures ; le gouvernement lui même s'y réservait un espace destiné aux héros de la patrie. Mais l'uniformité imposée des tombes suscita trop de réticences et l'administration dut revenir au principe de la concession. C'est d'ailleurs en 1805 qu'apparut la concession à perpétuité.
 
La première inhumation au Père Lachaise, celle d'une petite fille de cinq ans, se déroula le 21 mai 1804, mais le cimetière ne reçut que difficilement la faveur du public. Beaucoup de parisiens rechignaient à se faire enterrer sur des hauteurs, de plus hors de Paris. Il fallut recourir à quelques transferts d'ossements prestigieux pour y attirer l'élite de la capitale. Napoléon ordonna ainsi en 1806 le transfert de la dépouille de Louise de Lorraine, l'épouse d'Henri III puis celle de l'amiral Bruix. Cette fois, la mode était lancée : le nombre des concessions perpétuelles passa de 49 en 1806 à 62 en 1807 pour parvenir à un total de 833 en 1812. Le transfert des ossements supposés de La Fontaine et de Molière ainsi que du tombeau d'Héloïse et d'Abélard en 1817 confirmèrent ce succès. Le cimetière s'agrandit six fois avant d'atteindre en 1850 son actuelle superficie de 44 hectares. En 1856, Napoléon III implanta une enclave musulmane avec une mosquée mais en raison de son insuccès, l'enclos fut en partie remplacé par l'actuel colombarium et la mosquée détruite en 1914.
Par deux fois, le cimetière fut le théâtre d'événements historiques tragiques. La première fois en 1814, quand les Russes y bivouaquèrent après avoir écrasé les élèves des écoles militaires qui s'y étaient retranchés et la seconde fois lors de la Commune, quand les derniers Fédérés y furent massacrés par les Versaillais. Le « Mur des Fédérés » à l'est du cimetière garde le souvenir de cet épisode dramatique.
 
Le Père Lachaise est un Panthéon de plein air, un véritable musée de sculptures funéraires du XIXe siècle situé pour une partie dans un jardin à l'anglaise. Les personnalités du Premier Empire qui y reposent se comptent par centaines dans les 97 divisions qui composent le cimetière. Les passionnés de l'épopée militaire pourront y découvrir les sépultures des grands généraux et maréchaux de l'Empire dans les 28e, 29e et 38e divisions : Davout, Foy, qui repose dans un mausolée à l'antique conçu par Vaudoyer et orné de sculptures de David d'Angers, Lefebvre, Masséna, Ney, Kellermann (30e division), Gobert (37e division) dont la saisissante statue équestre le représente frappé à mort sur le champ de bataille, Murat, évoqué ici par une plaque commémorative sur la tombe familiale, Sérurier, Suchet, Gourgaud (23e division), etc. Les personnalités politiques sont légion : Roederer, Lebrun, Lakanal, Gaudin, Barras, Sieyès, Cambacéres, Decrès… tout comme les scientifiques : Bichat, Cuvier, Champollion, Geoffroy de Saint-Hilaire, Gay-Lussac, Chappe, Larrey, etc. La gent artistique est tout aussi nombreuse ; les architectes (Brongniart, Percier et Fontaine), les sculpteurs ( Bosio, Cartellier, David d'Angers), les peintres (David, Isabey, Ingres, Géricault, Girodet, Gros), les musiciens (Cherubini, Garat, Méhul, Gossec) ou bien encore Talma ou Vivant Denon… Les amoureux de la « petite Histoire » pourront effectuer un pélérinage plus insolite à la recherche des maîtresses de l'Empereur : Mesdemoiselles Bourgoin, Duchesnois, George, Mars, toutes actrices, madame Saqui, la funambule, Pauline Fourès, l'amante « égyptienne », Eléonore de la Plaigne, mère du comte Léon et enfin Marie Walewska dont le coeur repose dans le caveau de son époux, le comte d'Ornano.
 
Le Second Empire est tout aussi bien représenté au Père Lachaise : Morny, dont la chapelle réalisée par Viollet-le-Duc servit de dépôt de munitions lors de la Commune, Walewski, Fould, Haussmann, de Lesseps, Rothschild, Baltard, la comtesse de Castiglione, Delacroix, Visconti, Pradier, etc. Et comment terminer cette évocation sans mentionner une des tombes les plus célèbres du cimetière, celle de Victor Noir, le journaliste assassiné en 1870 par le prince Pierre Bonaparte, dont le gisant de bronze par Dalou est un véritable chef-d'oeuvre.
                                                        
Karine Huguenaud

 

 

 

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