Hôtel de Mondragon – Paris

Partager
Le salon du mariage de Bonaparte et Joséphine

Le 9 mars 1796, le général Bonaparte épousait Joséphine à la mairie du IIe arrondissement de Paris. Le salon où se déroula la cérémonie existe toujours en l’état dans l’hôtel de Mondragon, actuel siège de la banque Paribas.
La construction de l’hôtel de Mondragon est liée à l’urbanisation du quartier de la place Vendôme au début du XVIIIe siècle. Entre 1715 et 1725, Pierre Étienne Bourgeois de Boynes, trésorier général de la Banque royale, fait édifié sur une parcelle sise entre la rue d’Antin et la rue Louis Legrand nouvellement percées, un hôtel particulier dont l’architecte reste inconnu.

Sobriété et simplicité caractérisent le bâtiment dont les salons situés en façade sur la rue d’Antin sont décorés en 1754. A cette date, l’hôtel est vendu à Duval de l’Epinoy, secrétaire du roi. Ses descendants, les Gallet de Mondragon lui laisseront leur nom. Saisi comme bien national à la Révolution, l’hôtel est mis en adjudication et finalement loué à la mairie du IIe arrondissement.

Le 9 mars 1796, c’est dans la salle des Mariages qu’est célébrée l’union de Bonaparte et de Joséphine. Il est huit heures du soir quand cette dernière se présente à la mairie où l’attendent ses témoins, Barras et Tallien, ainsi que Calmelet le premier témoin de Bonaparte. Il est près de dix heures quand celui-ci arrive enfin suivi de son second témoin, Le Marois. Cette attente explique sans doute le remplacement illégal de Charles Leclerq, l’officier d’état civil chargé de la cérémonie, par un commissaire du Directoire, Collin-Lacombe, dont le nom ne figure pas sur l’acte de mariage. Ce document est d’ailleurs truffé d’erreurs. On y déclare Bonaparte né le 5 février 1768 au lieu du 15 août 1769, ce qui fait de lui un citoyen génois et non plus corse ; on le dit général en chef de l’armée de l’Intérieur alors que depuis le 2 mars il est général en chef de l’armée d’Italie et il est domicilié rue d’Antin alors que sa résidence à cette date est rue Neuve des Capucins ! Quant à Joséphine, elle est rajeunie de 4 ans conformément aux dates données par le contrat de mariage signé la veille. Enfin dernière irrégularité, le capitaine Le Marois n’a pas l’âge requis pour être légalement témoin ! Le mariage est cependant prononcé et c’est dans l’hôtel de Joséphine, rue Chantereine, que le couple passe sa nuit de noce.

Mairie jusqu’en 1834, l’hôtel de Mondragon vit également se dérouler les mariages de Marmont en 1798 et celui des parents de George Sand en 1804. Récupéré par la famille de Mondragon sous la Monarchie de Juillet, l’hôtel est cédé en 1869 à la Banque de Paris. Née de la fusion de la Banque de Paris et de la Banque de crédit et de dépôt des Pays-bas, la Banque de Paris et des Pays-Bas, actuel Paribas, y établit son siège dès sa création en 1872 et l’étend en 1875 à l’hôtel Gabriel.

Le salon du mariage de Bonaparte et Joséphine aujourd’hui bureau du président de Paribas – et le salon suivant qui faisait office de salle d’attente, ont conservé leur magnifique décoration rocaille. Des boiseries blanches rehaussées d’or et d’élégants stucs symbolisant les éléments alternent avec des trumeaux dus aux pinceaux de Noël Coypel et de Sébastien II Le Clerc. Un buste de Joséphine par Chinard trône sur la cheminée. Pièce rare, la copie de l’acte de mariage délivrée en 1829 est exposée dans le salon du mariage. L’original a en effet été détruit dans les incendies de la Commune. A l’extérieur, rue d’Antin, deux plaques commémoratives dont l’une fut apposée par la Fondation Napoléon pour le bicentenaire de l’événement en 1996, rappellent aux passants le mariage célébré en ces lieux.

Karine Huguenaud

Partager