Hôtel de Roquelaure

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Sis au 246, boulevard Saint-Germain, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’hôtel de Roquelaure fut de 1808 à 1816 la demeure de Jean-Jacques-Régis Cambacérès, archichancelier de l’Empire, sous le nom d’hôtel Molé. Il abrite en 2024 le cabinet du ministère de la Transition écologique.

Hôtel de Roquelaure
L'hôtel de Roquelaure (2013) © CC BY-SA 3.0/Pline/WikiCommons

L’histoire de cet hôtel particulier commence à la fin du XVIIe siècle avec l’édification d’un premier bâtiment connu sous le nom d’hôtel de Villetaneuse, rue Saint-Dominique, dans le Faubourg Saint-Germain. Il est acquis en 1709 par le maréchal Antoine Gaston de Roquelaure. L’hôtel de Roquelaure sera agrandi et transformé au début des années 1720 par l’architecte Pierre Cailleteau, dit « Lassurance » (1655-1724), puis par Jean-Baptiste Leroux (1677-1746).

Plaque devant l’hôtel de Roquelaure © CC BY-SA 4.0/Celette/WikiCommons

Après la mort du duc de Roquelaure, l’hôtel est vendu en juillet 1740 à Mathieu-François Molé, qui lui donne son nom. Ce dernier est un magistrat, président à mortier (président de chambre), puis premier président au Parlement de Paris. En 1793, l’hôtel Molé est saisi après l’arrestation du fils de Mathieu-François, Edouard-François Molé (qui sera guillotiné en 1794). Il est ensuite rendu à la famille en 1795 ; les appartements sont loués à diverses personnes.

En mars 1808, Cambacérès envisage de quitter l’hôtel d’Elbeuf, rue Saint-Nicaise, dans lequel il résidait depuis 1800. Après avoir refusé la propriété du parc Monceau, il jette son dévolu sur l’hôtel Molé, alors en très mauvais état. L’archichancelier l’acquiert pour un prix élevé, qui permet à la famille Molé de se sortir d’une succession compliquée : 330 000 francs, auxquels il faut ajouter 60 000 francs pour l’hôtel de Lesguidières (connu depuis le milieu du XVIIIe siècle comme hôtel de Sully), à l’ouest de l’hôtel Molé. L’Empereur donne sur sa cassette personnelle 400 000 francs ; il cède également à Cambacérès tous les meubles et les tableaux de l’hôtel d’Elbeuf, sauf les glaces et les tapisseries – faites sur mesure, ces dernières doivent rester sur place.

Des travaux importants sont engagés à l’hôtel Molé, où Cambacérès s’installe en août 1808. Il investit pour 200 000 francs de réparation, et réunit définitivement l’hôtel Molé et l’hôtel de Lesguidières, dans lequel il installe ses bibliothèques et des appartements pour son frère. Il mène un train de vie fastueux, et entend avoir la meilleure table de Paris. Le mardi et le samedi, il donne des réceptions de quatre services de seize à dix-huit plats chacun. L’hôtel Molé compte six salons de réception.

L’archichancelier de l’Empire réside ainsi dans le faubourg Saint-Germain jusqu’en 1816 et son départ en exil. L’inscription qu’il avait fait graver en lettres de bronze doré sur la façade (« Hôtel de Son Altesse Sérénissime le duc de Parme ») est alors retirée. L’hôtel est vendu la même année à la duchesse d’Orléans, Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, mère de Louis-Philippe, qui y réside jusqu’en 1821.

Si le futur roi des Français hérite de l’hôtel Molé, il n’y habite jamais. Les deux hôtels, Roquelaure et Sully, vont désormais abriter des administrations publiques : d’abord le Garde-meuble de la Couronne et les archives royales, puis le Conseil d’État à partir de 1832 qui y tient ses assemblées (auparavant, celles-ci avaient lieu au Louvre), et enfin le ministère des Travaux publics, qui y est installé par une ordonnance du 10 septembre 1839.

Sous Napoléon III, le percement du boulevard Saint-Germain dans le cadre des grands travaux du préfet Haussmann bouleverse le paysage du Faubourg, et notamment de la rue Saint-Dominique : les hôtels de Galliffet et de Neufchâtel sont rasés, l’hôtel de Roquelaure est épargné de justesse.

L’ensemble des façades et toitures, ainsi que le portail, le sol de la cour d’honneur et le jardin de l’hôtel de Roquelaure font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 29 avril 1961.

Façade sur jardin de l’hôtel de Roquelaure (2012) © CC BY-SA 3.0/Tiraden/WikiCommons

Les autres demeures de Cambacérès

Élu député de l’Hérault à la Convention nationale, le 2 septembre 1792, Cambacérès « monte » à Paris où il vit au 3e étage de l’Hôtel du Béarn, rue Feydau. En 1794-1795, il habite rue Favart, puis au n° 31 de la rue Chabanais (où il rencontre pour la première fois le général Bonaparte), et enfin au n° 5 de la rue de l’Ancienne Comédie.

En 1800, le Premier consul Bonaparte quitte le palais du Luxembourg pour les Tuileries, où les trois consuls devaient résider. Lebrun s’installe au pavillon de Flore ; Cambacérès, qui devait recevoir le pavillon de Marsan, préfère s’installer à l’hôtel d’Elbeuf, rue Saint-Nicaise (qui s’est aussi appelé hôtel de Créqui, ou Créquy, hôtel de Vieux-Pont et hôtel des Cent-Suisses). Le Second consul meuble richement cet immeuble de deux étages en face de la place du Carrousel, grâce aux apports du Mobilier national (glaces venues de Versailles, meubles ayant appartenu à Louis XVI, tapis de la Savonnerie, tableaux issus du Louvre). Cet hôtel a été détruit en 1838.

Le Sommier des biens nationaux de la ville de Paris (c’est-à-dire l’état des lieux récapitulatifs de tous les biens immobiliers réquisitionnés pendant la Révolution française) décrivait ainsi l’hôtel d’Elbeuf : « Sur la place, une porte cochère avec grille de fer donnait accès à une cour, bordée à droite et à gauche de bâtiments en ailes, chacun avec deux fenêtres sur le carrousel et neuf sur la cour. Au fond de la cour, le principal corps de logis avec six croisées de face sur la cour d’honneur et dix sur le jardin. Toutes ces constructions étaient élevées d’un rez-de-chaussée et de deux étages surmontés de mansardes. Tous les appartements étaient décorés et ornés de glaces, boiseries et parquets. » Célèbre gourmet, Cambacérès avait fait construire un four auprès de la salle à manger, de sorte que les soufflés ne retombent pas avant d’arriver à table.

À Bruxelles, où il se trouve en exil après la Seconde Restauration, Cambacérès réside à l’hôtel Wellington ; il part ensuite à Amsterdam. De retour en France en 1818, il achète un hôtel particulier plus modeste au 21 de la rue de l’Université. Sa dernière demeure est au cimetière du Père-Lachaise, dans la 39e division.

Raphaël Czarny, web-éditeur des sites de la Fondation Napoléon (12 janvier 2024)

Bibliographie

Cambacérès, maître d’ouvrage de Napoléon, de Laurence Chatel de Brancion, (Perrin 2001)

Dictionnaire Napoléon, dirigé par Jean Tulard (Fayard, 1999)

Les hôtels particuliers de Paris. Du Moyen Âge à la Belle Epoque, d’Alexandre Gady (Parigramme, 2008)

Deux articles de Marc Allégret dans Bulletin de liaison / Association pour la conservation des monuments napoléoniens : n° 5, 1er semestre 1985 ; n° 6, 2e semestre 1985

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