Musée de la Marine – Paris

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Musée de la Marine – Paris

Le musée de la Marine à Paris est une des plus vieilles et des plus prestigieuses collections au monde en ce domaine. En 1678, Colbert avait ordonné aux intendants des arsenaux de réaliser des maquettes au 1/12 et au 1/20 des vaisseaux de chacun des cinq rangs. Certaines furent envoyées à la cour, d’autres acquises par des particuliers. L’un deux, Henri-Louis Duhamel du Monceau, inspecteur général de la Marine, offrit en 1748 à Louis XV sa collection de modèles de navires et de machines d’arsenaux. Installée au Louvre, cette dernière servit aux travaux pratiques des élèves de l’Ecole des ingénieurs-constructeurs créée quelques années plus tôt en 1741. Le fonds du musée était constitué mais il ne fut officiellement créé par décret que le 27 décembre 1827, sous Charles X. Aujourd’hui, installée dans l’aile de Passy du Palais de Chaillot, cette collection riche de plus de 3000 maquettes dresse un saisissant panorama de l’histoire maritime depuis le XVIIe siècle. Enrichi de nombreux objets – reliques d’épaves, figures de proue ou de poupe, instruments de navigation, uniformes, armes et canons, objets de la vie quotidienne à bord, le musée conserve également un bel ensemble de peintures parmi lequel se distingue particulièrement la série des ports français peinte par Joseph Vernet.

La visite du musée se déroule sur deux galeries de 170 mètres de long. Elle débute par une évocation des origines de la navigation avant de présenter les grands vaisseaux et les galères royales du XVIIe et du XVIIIe siècle, La Dauphine, La Grande Réale dont les sculptures originales de la poupe sont tout simplement éblouissantes, Le Soleil Royal, Le Louis XV qui servit à l’instruction du futur roi, etc. Après les ports français de Vernet (24 tableaux furent commandés en 1752, 15 réalisés, 13 exposés au musée) et une évocation de la guerre d’Indépendance américaine, commencent les salles consacrées à la Révolution et àl’Empire.

Si l’histoire maritime de l’épopée napoléonienne se résume pour beaucoup aux seuls noms d’Aboukir et de Trafalgar, ces désastres ne doivent pas masquer la politique mise en oeuvre dès le Consulat pour rénover la marine française (création de la section de la marine au Conseil d’Etat et des préfectures maritimes) et lui donner sous l’Empire une envergure européenne avec le développement des ports et l’implantation de chantiers nouveaux en Manche, en mer du Nord et en Italie. Parallèlement à la reconstruction de la flotte dans les arsenaux, la formation des équipages fut renforcée et des écoles d’officiers créées. La politique maritime de l’Empire n’eut pas le temps de porter ses fruits, mais les régimes suivants recueillirent son héritage.

En 1814, la flotte se composait de 73 vaisseaux en service et de 31 en construction. Le musée de la Marine en conserve de nombreuses maquettes : bateaux de la flotille de Boulogne construite pour envahir l’Angleterre, L’Océan, vaisseau de Ier rang de 118 canons, La Muiron, frégate de 44 canons, L’Achille, vaisseau de 74 canons construit à Rochefort en 1802, Le Friedland, vaisseau de 2e rang de 80 canons construit à Anvers entre 1807 et 1810, Le Rivoli, vaisseau de 74 canons construit en 1812 à Venise, etc. Mais la pièce maîtresse de cette section reste le Canot de l’Empereur (le vrai pas une maquette !) construit en 1810 en un temps record de 21 jours sur les plans des ingénieurs Chapmamet et Guillemard puis décoré par Van Petersen. Long de 17 mètres, ce canot accueillit Napoléon et Marie-Louise lors de la visite des bouches de l’Escaut et des travaux de défense du port d’Anvers le 30 avril 1810. Réquisitionné par Louis XVIII, transporté à Brest, il fut modifié à l’occasion de la visite de Napoléon III et d’Eugénie dans cette ville en 1858.

Bien d’autres objets évoquent l’Empire comme ces émouvants petits modèles de vaisseaux confectionnés en bois, en os ou en paille par les marins français prisonniers des Anglais ou les célèbres miniatures en ivoire de Dieppe. Une maquette de La Belle Poule, quelques reliques, l’aigle en bois doré ayant décoré la chapelle ardente de l’Empereur ou des clous en cuivre du bateau, des souvenirs du prince de Joinville dans un meuble de Jacob forment un ensemble consacré au Retour des Cendres de Napoléon.

Quelques tableaux de Morel-Fatio et de Gudin font allusion un peu plus loin au Second Empire, mais c’est dans la seconde galerie du musée que débute l’histoire de la marine moderne. Des maquettes de frégates, L’Isly (1849), L’Audacieuse (1856) rappellent l’émergence de la vapeur. Le Second Empire fut une période faste pour la marine française grâce à l’intelligente politique de Napoléon III qui la considérait comme le premier instrument du rayonnement national à l’étranger. En outre, l’Empereur eut la chance de pouvoir s’appuyer sur un ingénieur de génie, Dupuy de Lôme, qui fut à l’origine de la conception des deux vaisseaux les plus révolutionnaires de l’histoire du navire : Le Napoléon (1850), premier vaisseau de combat à hélice qui démontra sa valeur en Crimée et La Gloire (1859), première frégate cuirassée, archétype repris ensuite par toutes les marines du monde. En 1868, la flotte comprenait 300 bâtiments à vapeur et 41 en construction. La flotte marchande connut elle-aussi un formidable essor évoqué ici par les compagnies maritimes des frères Pereire ou le canal de Suez réalisé grâce au cousin de l’Impératrice, Ferdinand de Lesseps, et inauguré en 1869.
Le musée de Marine possèdent d’innombrables trésors en dehors des deux périodes historiques évoquées ci-dessus. Il abrite également un centre d’archives et de documentation, une bibliothèque et une iconothèque accessibles aux chercheurs.

Karine Huguenaud

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