Opéra Garnier – Paris

Partager
Opéra Garnier – Paris

Le 29 septembre 1860, Napoléon III décréta la construction d’un nouvel opéra afin de remplacer celui de la rue Le Peletier, édifice provisoire trop étroit et situé dans un quartier encombré. Deux ans plus tôt, le 14 janvier 1858, l’Empereur et l’Impératrice avaient été visés par un attentat anarchiste dans cette même rue, mené par l’Italien Felice Orsini. Le projet d’un nouveau théâtre s’intègre dans les grands travaux conduits par le préfet de la Seine, le baron Haussmann.

Un concours, présidé par le comte Walewski (fils naturel de Napoléon Ier, et alors ministre d’État chargé des Beaux-arts) fut ouvert en décembre et reçut 171 propositions. Il fut remporté par un jeune architecte encore inconnu, Charles Garnier (1825-1898), premier Grand Prix de Rome en 1848. Pendant quatorze années, Garnier se consacra presque quotidiennement au prestigieux chantier, pour la réalisation duquel il visita de nombreuses salles d’opéra en Europe. Six ans après l’ouverture du chantier en août 1861, la façade fut inaugurée officiellement le 15 août 1867 au milieu des fastes de l’Exposition universelle, mais l’inauguration de l’ensemble eut lieu le 5 janvier 1875 par le président de la République Patrice de Mac Mahon, un peu plus de quatre ans après la chute de l’Empire.

 

[Charles Garnier et son atelier travaillant sur le projet de l’opéra], par Louis-Émile Durandelle, vers 1870 © Metropolitan Museum of art, New York

Possibilité de zoomer la photo de l’atelier sur le site du MET

Par ce monument qui fit sa renommée, Garnier s’affirma comme le créateur du style Second Empire. À l’Impératrice Eugénie qui s’étonnait du manque d’unité de l’ensemble : « Qu’est-ce que ce style ? Ce n’est pas un style, ce n’est pas du grec, ni du Louis XVI », l’architecte aurait répondu : « Non, ces styles ont fait leur temps. C’est du Napoléon III ». Par son éclectisme et son exubérance décorative, le monument est en effet devenu le symbole du régime impérial. Intégré dans le nouvel urbanisme parisien, l’Opéra est paradoxalement à l’opposé de ses caractéristiques stylistiques : courbes baroques, profusion ornementale et polychromie éclatante tranchent singulièrement face à la régularité et à la grise austérité des conceptions architecturales haussmanniennes.

Le plan, véritable chef-d’œuvre de fonctionnalisme, est particulièrement lisible de l’extérieur dans la répartition des différents volumes : le vestibule d’accueil surmonté du foyer et desservi par l’escalier d’honneur, la salle, la scène prolongée du foyer de la danse et la partie réservée à l’administration. La façade extérieure, synthèse baroque de différents styles, est rythmée par une colonnade corinthienne en pierre de Ravières surmontée d’un attique décoré de masques à l’antique de Klagmann. Des groupes sculptés encadrent les entrées au rez-de-chaussée : « La Musique » de Guillaume, « La Poésie lyrique » de Jouffroy et « Le Drame lyrique » de Perraud paraissent bien académiques face à « La Danse » de Carpeaux. Le dôme qui correspond à la coupole de la salle et le fronton triangulaire indiquant la scène sont surmontés d’un ensemble de Millet, « Apollon brandissant sa lyre entre la Poésie et la Musique ».

À l’intérieur, on accède par le vestibule au somptueux escalier d’honneur, chef-d’œuvre de marbre, de porphyre et d’onyx orné de torchères de Carrier-Belleuse. Le grand foyer est décoré de peintures allégoriques dues à Baudry. La salle pourpre et or comprend cinq étages de loges où huit colonnes colossales supportent la coupole. L’ancien plafond de Lenepveu a été dissimulé en 1964 sous un nouveau plafond peint par Chagall.

Karine Huguenaud, revu Irène Delage, septembre 2019

Iconographie complémentaire :
Photographies sur le site du Palais Garnier > l’opéra peut être visité, renseignements ici
Série de documents iconographiques (photos, tableaux, maquettes) sur le site Art RMN-GP
Le Nouvel Opéra de Paris (Sculpture Ornementale),1865–1872, par Louis-Émile Durandelle
Présentation sur le site L’Histoire par l’image
Coupe de l’opéra Garnier, maquette déposée au musée d’Orsay

Coupe de l’opéra Garnier, musée d’Orsay © CC BY 3.0 / Sailko, travail personnel
Partager