Un empire de velours. L’impérialisme informel français au XIXe siècle

Auteur(s) : FELIX Joseph (trad.), TODD David
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Non, les États-Unis n’ont pas inventé le soft power au XXe s., pour reprendre l’expression de Joseph Nye. L’ouvrage remarquable de David Todd le démontre en venant réinterroger la politique internationale de la France au XIXe s. et en particulier durant le règne de Napoléon III, adepte d’une adepte d’une méthode : l’influence informelle. L’historien montre qu’à travers des leviers économiques mais également intellectuels (aura du pays de la mode, du « bon goût », mais également son droit) le pays s’assure de manière spectaculaire un ascendant mondial, en « cogestion » et en bonne intelligence avec la Grande-Bretagne jusqu’à l’effondrement du Second Empire, et l’émergence de nouveaux acteurs : États-Unis et Allemagne. La politique coloniale de la IIIe République s’en trouve remise en perspective d’un XIXe siècle né avec l’expansionnisme napoléonien très concret et territorial, mais qui a vu les différents régimes français trouver d’autres voies pour asseoir l’influence du pays dans une ère mondialisée débutante. On notera la qualité de la traduction de Joseph Felix qui contribue à la limpidité de la lecture et la compréhension du concept développé par David Todd. (M. de Bruchard)

Un empire de velours. L’impérialisme informel français au XIXe siècle
© Éditions de la Découverte 2022

Présentation par l’éditeur

Contrairement à ce que les historiens ont longtemps laissé entendre, la France ne s’est pas recroquevillée sur elle-même après la perte de ses colonies nord-américaines et caribéennes au tournant du XIXe siècle. L’impérialisme français a pris de nouvelles formes, moins visibles, et s’est déployé dans de nouvelles régions, notamment au Moyen-Orient et en Amérique latine.
C’est l’histoire de cet « empire de velours » que retrace David Todd, depuis la chute de l’Empire napoléonien en 1815 jusqu’à l’avènement de l’empire colonial de la IIIe République. Doux mais cynique, cet empire informel a mobilisé divers instruments d’influence, aussi discrets qu’efficaces. Pendant que l’industrie du luxe convertissait une partie des élites étrangères à l’« art de vivre à la française », des dispositifs commerciaux, financiers ou juridiques sophistiqués plaçaient des pays entiers sous la tutelle silencieuse de la France.
Étudiant la politique étrangère et économique des régimes qui se sont succédé après la Révolution – Restauration, monarchie de Juillet, Second Empire –, David Todd propose de repenser l’histoire de l’impérialisme français, trop souvent limitée à la politique coloniale de la IIIe République et trop exclusivement associée à l’idéologie républicaine. Cette remarquable enquête montre également que cet empire de velours fut moins le concurrent que le partenaire de l’impérialisme britannique dans le processus de « mondialisation » du XIXe siècle, c’est-à-dire l’intégration de la planète au profit de l’Europe occidentale.
Rappelant que l’impérialisme ne se limite pas aux conquêtes territoriales, ce livre nous invite finalement à réfléchir aux étonnants parallèles que l’on peut établir entre l’empire de velours français du XIXe siècle et les empires informels contemporains, notamment celui des États-Unis depuis le milieu du XXe siècle ou celui de la France en Afrique subsaharienne depuis 1960.

David Todd est professeur d’histoire à Sciences Po Paris et chercheur associé au Centre for History and Economics à l’université de Cambridge. Il est l’auteur de L’Identité économique de la France. Libre-échange et protectionnisme, 1814-1851 (Grasset, 2008).

Sommaire

 Introduction : L’autre empire français
Un empire oublié
Un empire contre-révolutionnaire
Empire collaboratif
Chapitre 1 : Exploiter sans conquérir. L’économie politique de l’impérialisme informel français
La vision impériale de Talleyrand et de son entourage
L’invention du néocolonialisme
Célébrer la civilisation européenne
Saint-simonisme et empire économique
Un impérialisme français du libre-échange
Un tournant vers le colonialisme formel
Chapitre 2 : L’Algérie, un échec de la colonisation informelle
Les origines idéologiques de l’Algérie française
Le projet colonial de la Restauration
Enjeux politiques et géopolitiques de l’expédition
Collaboration avec Abdelkader
Échec économique
Le Royaume arabe, dernière tentative de domination informelle
Chapitre 3 : Capitalisme ostentatoire et rayonnement mondial. Les fondements économiques de l’impérialisme informel français
L’accélération de la mondialisation en France
La banalité du luxe
Les infrastructures de la croissance néomonarchique
La mondialisation du goût français
Capitalisme ostentatoire et impérialisme
Chapitre 4 : La conquête par l’argent. Infrastructure et géopolitique de la colonisation par le capital
L’ampleur mondiale des prêts français à l’étranger
Dette et empire dans l’économie politique française
Les origines haïtiennes des exportations de capitaux français
La conquête par l’argent au Moyen-Orient
Limites de l’impérialisme financier au Mexique
Chapitre 5 : Exploiter l’empire informel. Expatriés et juridiction extraterritoriale en Égypte
Expatriation et empire informel
L’influence de la « colonie » française
Une Frontière juridique
Les profits de l’extraterritorialité
La crise de la domination extraterritoriale française
La fin de la domination française
Conclusion : La chute de l’empire de velours
Notes
Index

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