Document > « Au milieu du bruit des tambours, des armes, du sang, je t’écris cette lettre. », Lettre de Bonaparte à son frère Joseph sur les débuts de la Révolution, vue d’Auxonne (n°31, 22 juillet 1789)

Auteur(s) : BONAPARTE Napoléon
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Cette lettre de jeunesse est tirée de la Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, Tome 1 : les apprentissages (coédition Fayard/Fondation Napoléon, 2004)

JOSEPH (La lettre est adressée à « Monsieur de Buonaparte, à Ajaccio en Corse ». Le tutoiement laisse penser qu’il s’agit de Joseph.) 22 juillet 1789
Auxonne

Au milieu du bruit des tambours, des armes, du sang, je t’écris cette lettre. La populace de cette ville, renforcée d’un tas de brigands étrangers qui sont venus pour piller, se sont mis, dimanche au soir, à renverser les corps de bâtiments où logent les commis de la ferme, ont pillé la douane et plusieurs maisons.
L’on a battu la générale et l’on s’est transporté partout. Le général qui commande (Du Teil.) m’a fait appeler pour me dire de rester avec lui pour porter les ordres et lui faire part de mes observations.
Nous avons été à l’hôtel de ville où il a harangué les notables et leur a fait prendre les armes. J’ai passé la nuit sur une chaise dans le salon du général. À tous les moments, nous recevions des avis que l’on pillait tel et il est innombrable les courses que j’ai faites pour porter les ordres et disposer les détachements. Il y a eu toute la nuit 450 hommes sous les armes. L’on ne voulait pas tirer ni faire trop de mal ; c’est ce qui embarrassait. À la pointe du jour l’on a enfoncé l’une des portes de la ville et le bruit a recommencé. Le général a 75 ans, il s’est trouvé fatigué. Il a appelé les chefs de la bourgeoisie et leur a ordonné de prendre l’ordre de moi, vu que je connaissais ses intentions. Après bien des manœuvres, nous en avons arrêté 33 et nous les avons mis au cachot.
J’oubliais de te dire que j’avais, au commencement, harangué les mutins pendant trois quarts d’heure.
Je suis aujourd’hui au château de garde avec 50 hommes. Ici sont tous les prisonniers. Hier au soir, sur les 11 heures, l’on m’avisa que l’on voulait escalader mon poste pour enlever les prisonniers, ce qui m’a fait passer toute la nuit sur le qui-vive et nous sommes toujours en alarme. L’on va, je crois, en pendre deux ou trois prévôtalement.
La maison Polignac est disgraciée, l’on dit même Madame tuée (Jules et Gabrielle de Polignac ont pu émigrer sans encombre.), le comte d’Artois exilé (Il a émigré dans la nuit du 16 au 17 juillet.), M. Necker de retour, tout prend une bonne tournure.
Je te répète ce que j’ai dit, le calme revient. Dans un mois, il ne sera plus question de rien. Ainsi, si vous m’envoyez 300 l[ivres], j’irai à Paris pour terminer nos affaires. Adieu, écris-moi un peu longuement. (Expédition autographe, Archives nationales, 400 AP 137.)

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