Document > Lettre de Napoléon Bonaparte à La Guillaumye, intendant de Corse, sur les soucis financiers liés à la pépinière héritée lors de la mort de son père (n°9, novembre 1786)

Auteur(s) : BONAPARTE Napoléon
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Cette lettre de jeunesse est tirée de la Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, Tome 1 : les apprentissages (coédition Fayard/Fondation Napoléon, 2004)

Document > Lettre de Napoléon Bonaparte à La Guillaumye, intendant de Corse, sur les soucis financiers liés à la pépinière héritée lors de la mort de son père (n°9, novembre 1786)
Napoléon Bonaparte, élève de l'École royale militaire de Brienne, à l'âge de 15 ans © Fondation Napoléon

À LA GUILLAUMYE , INTENDANT DE CORSE (Cette lettre est la première d’une longue série rédigée par Napoléon et signée par sa mère ou rédigée et signée par Napoléon au nom de sa mère.) [19 novembre 1786]
Ajaccio

Cette lettre est la première d’une longue série rédigée par Napoléon et signée par sa mère ou rédigée et signée par Napoléon au nom de sa mère.

Monsieur,

Il a plu à votre bonté et à votre justice de me délivrer votre ordonnance pour l’estimation des dommages de la pépinière (Charles Bonaparte avait obtenu le 19 juin 1782 la concession de la pépinière d’Ajaccio sur des terrains que son ancêtre Gieronimo Bonaparte avait reçus en concession. Grâce à un crédit royal de 5 500 livres (remboursable sans intérêts dans les dix ans), il avait planté des mûriers sur ces terres marécageuses des Salines, tout en engageant des frais pour les assainir. Trois autres pépinières avaient été établies, à Arena (par Saint-Marc), à Calvi (par Giubega) et, en même temps que celle d’Ajaccio (par Bonaparte), à Porto-Vecchio (par Cesari Rocca). Mais, dès les États de Corse de 1785, l’administration avait proposé la rupture des contrats Bonaparte et Cesari Rocca au motif que ceux-ci n’avaient pas respecté leurs obligations de plantation et d’entretien des arbres. Les contrats avaient été rompus par une décision de l’intendant du 7 mai 1786. Les Bonaparte se retrouvaient lourdement endettés par les remboursements à effectuer, mais aussi par le difficile écoulement de la production de la pépinière.) ; cependant il m’a été impossible de la faire mettre en exécution vu l’absence de M. Joseph Colonna de Bozi (Colonna est l’un des deux experts chargés par l’intendant de Corse par une lettre du 6 août 1786 de venir estimer les dommages subis par la famille Bonaparte (une première visite a eu lieu, avec Joseph Bonaparte le 5 janvier 1786). L’expertise n’a pas eu lieu, d’où la lettre de Napoléon réclamant la nomination de nouveaux experts. Il l’obtient le 20 décembre. En marge de la lettre, l’intendant (ou la personne qui a traité le courrier) écrit : « M. Colonna du François, je vous serai obligé M. de m’indiquer la personne qui pourrait vous suppléer à Ajaccio dans l’estimation à faire des indemnités prétendues par M me Buonaparte <…> beaucoup voir finir cette affaire [je ne serai pas fâché que vous agissiez par vous-même]. » Une visite, par Marc Ariotto Luigi de Benielli, représentant l’intendant, et Giovan Gieronimo Lévie, représentant la veuve Bonaparte, aura lieu le 16 janvier 1787. ) qui est à Bastia et y sera probablement encore longtemps, pour ses affaires particulières. J’ose donc vous supplier d’en faire choix d’un qui puisse y assister actuellement. Touché de ce que nous avons été un an sans recevoir aucun argent pour l’entretien de la pépinière il vous a plu de nous promettre une ordonnance de six cents livres 600 livres (On possède un mandat sur la Caisse des états de Corse de 187 livres 6 sols, en date du 6 janvier 1786. Il couvre le troisième trimestre de 1785 (Archives départementales de la Corse-du-Sud, 1 C 26).) . J’espère qu’aujourd’hui où je suis obligé à de nouvelles dépenses pour la délivraison [ sic ] et pour la parer des insultes des pluies excessives qu’il fait cette année, j’espère digne de votre bonté qui vous a porté à consoler les malheurs dont j’ai été accablé dans peu de temps que vous consentirez que M. de Beaumanoir (Philibert du Rosel de Beaumanoir, maréchal de camp stationné en Corse et résidant à Ajaccio.) touche cet argent.
Pardonnez à ma nombreuse famille mon importunité, j’ai la hardiesse de vous solliciter pour mon fils qui est à Aix. L’espérance que vous me donnâtes conjointement avec feu M. de Marbeuf (Il est mort courant 1786.), fils que je le plaçais au collège il y a un an et cependant je n’entends pas encore parler de sa réception (Lucien a intégré le séminaire d’Aix au mois d’octobre 1786 comme simple postulant. Or la famille avait fait une demande pour qu’il soit reçu en tant que boursier et n’a toujours pas reçu de réponse. Finalement, Lucien n’obtint pas cette bourse.).
J’ai quelques regrets, monsieur, que vous ne fussiez pas à Ajaccio pour voir l’état du marais des Salines dans bien des endroits il y a jusqu’à 4 pieds d’eaux. Jugez donc vous-même si l’exhalaison de quatre-vingt mille toises cubes 80 000 d’eaux ne doit pas nuire dans un climat de la chaleur du nôtre.
Adieu, monsieur, puisse l’intérêt que vous avez bien voulu prendre à ma nombreuse famille ne pas se démentir car quoique elle n’ait pas le bonheur de vous connaître depuis longtemps vous êtes cependant la seule personne dans la justice et la bonté [de laquelle] elle ose espérer.
Je suis, monsieur, avec le plus profond respect, votre très humble et très obéissante servante. (Expédition autographe, Archives départementales de la Corse-du-Sud, 1 C 26.)

Veuve Buonaparte

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