Document > Sur l’élection de Joseph au directoire du district d’Ajaccio contre Pozzo di Borgo, le début d’une grande inimitié entre deux clans (n°43, Ajaccio, octobre 1790)

Auteur(s) : BONAPARTE Napoléon
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Cette lettre de jeunesse est tirée de la Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, Tome 1 : les apprentissages (coédition Fayard/Fondation Napoléon, 2004)

À CHARLES-ANDRÉ POZZO DI BORGO, MEMBRE DU DIRECTOIRE DÉPARTEMENTAL DE LA CORSE 11 octobre 1790
Ajaccio

L’on vous a beaucoup écrit sur l’affaire d’Ajaccio (Jean-Baptiste Pozzo di Borgo, cousin du destinataire, a été élu secrétaire du district (tandis que Joseph était élu président). Cette élection est vivement contestée par certains autres membres.). Vous êtes très occupé, je ne vous dirais qu’un mot. Cette ville est remplie de mauvais citoyens ; vous ne vous formez pas une idée de leur folie et de leur méchanceté. Ils avaient tellement fomenté ce pauvre peuple que l’on voulait jeter la statue du général (Paoli.) à la mer. C’est la maison Ponte qui est le centre de toutes ces menées (Voir Lettre no 41.). L’on prouve que c’est lui qui a publié que le lazaret (Les pêcheurs de corail effectuaient leur quarantaine dans cet édifice.) devait être à Saint Florent pour accroître le mécontentement. Vous vous souvenez qu’à Orezza (L’assemblée électorale départementale s’est tenue à Orreza, du 9 au 27 septembre 1790.) ils n’osaient pas parler ; ici ils publient des impostures. Moi au contraire, j’esternais (Comprendre « exprimais ». Encore un italianisme, inspiré de l’italien esternare : manifester, extérioriser.) mon sentiment sans ménagement ; mais ici je ne suis occupé qu’à prouver que nous n’avons pas été lésés.
Pour revenir au fait, ce district a très mal commencé. Vous n’avez qu’un remède pour rétablir les choses […] De casser de votre pleine puissance 3 membres, Leca Ondella, Philippo Folacci et Celli, d’en faire nommer 3 autres quand les électeurs s’assembleront pour l’élection des juges en attendant de les suspendre.
Ce moyen est violent, peut-être illégal, mais indispensable, parce que 3 mauvais et 3 faibles et ignorants, et tout est perdu.
M[essieu]r[s] les administrateurs, souvenez-vous de cette belle maxime de Montesquieu que Mirabeau combattit en vain : « Les lois sont comme la statue de certaines divinités que l’on voile en certaines occasions (De l’esprit des lois, 1748, livre XI I, chapitre XIX.). » (Copie d’expédition, communiquée par François Guizot, avec une note du même dans laquelle il date la lettre, selon nous à tort, de 1791, Archives nationales, 400 AP 137.)

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