Carte drôlatique d’Europe pour 1870, par Paul Hadol (1870)

IIe République / 2nd Empire, XIX - XXIe siècles
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Carte drôlatique d’Europe pour 1870, par Paul Hadol (1870)
Carte drôlatique d'Europe pour 1870, par Paul Hadol © BnF Gallica (détail)

Né à Remiremont dans le nord-est de la France en 1835, Paul-Joseph Hadol fait carrière à Paris comme illustrateur et portraitiste-caricaturiste, sous son nom, ou sous le pseudonyme de « White ». Il dessine pour des journaux et des magazines tels que Charivari, Le Gaulois et La vie parisienne, où il produit des caricatures de personnalités du monde de la musique et de la scène, avant de se tourner vers celles de personnalités et de sujets politiques. Son œuvre la plus célèbre reste La ménagerie impériale, une série de 31 grandes feuilles non reliées, publiée peu après la chute de l’Empire, où s’enchaînent caricatures et portraits à charge de Napoléon III, de sa famille et de personnalités du Second Empire, représentés comme des animaux dans une sorte de zoo.

Inspiré par la montée en puissance de la Prusse, Hadol publie en 1870 une Nouvelle carte d’Europe dressée pour 1870 qui rencontre encore plus de succès que La ménagerie impériale. Vendue à un prix modeste (20 centimes en France), traduite en allemand, en anglais, elle circule beaucoup en Europe et est même vendue aux États-Unis.

 

Carte drôlatique d'Europe pour 1870, par Paul Hadol (détail) <br>© BnF Gallica (identifiant ark:/12148/btv1b84602576/f1)
Carte drôlatique d’Europe pour 1870, par Paul Hadol (détail)
© BnF Gallica (identifiant ark:/12148/btv1b84602576/f1)

 

Figurant les tensions profondes en France et sur les terres germanophones au tournant de 1870-1871, cette image reprend certains codes anthropomorphiques chers à l’artiste (le félin suédois, l’ourson irlandais) ou des stéréotypes culturels de l’époque (Prussien coiffé d’un casque à pointe, narguilé de la « Turquie d’Asie »). La légende, rédigée par Hadol lui-même :
« L’Angleterre, isolée, peste de rage et en oublie presque l’Irlande qu’elle tient en laisse. L’Espagne fume, appuyée sur le Portugal. La France repousse les envahissements de la Prusse, qui avance une main sur la Hollande, l’autre sur l’Autriche. L’Italie, aussi, dit à Bismarck : Ote donc tes pieds de là. La Corse et la Sardaigne… un vrai Gavroche qui rit de tout. Le Danemarck [sic], qui a perdu ses jambes dans le Holstein, espère les reprendre. La Turquie d’Europe baille et s’éveille. La Turquie d’Asie aspire la fumée de son narguilhé. La Suède fait des bonds de panthère. Et la Russie ressemble à un croquemitaine qui voudrait remplir sa botte. »

Elle fait référence à une série de conflits militaires et/ou diplomatiques qui ont construit la situation européenne en 1870.
En 1870, l’Espagne se cherche un nouveau monarque après la révolution de septembre 1868 : chassée du trône, exilée en France, Isabel II abdique officiellement en juin 1870.
À l’issue de la guerre des Duchés en 1864, le Danemark a perdu les duchés de Schleswig et de Holstein, placés sous condominium (le premier administré par la Prusse, le second par l’Autriche), suivant le traité de Vienne du 30 octobre 1864 et la convention de Gastein du 14 août 1865.
La guerre austro-prussienne de 1866 s’est soldée par la perte de territoires et d’influence pour l’Autriche sur les états confédérés d’Allemagne du Nord (au profit de la Prusse) et sur la Vénétie (Italie).
L’Italie, c’est-à-dire le royaume d’Italie créé en 1861 à partir du royaume de Sardaigne, poursuit son unification. Il est à noter que l’île sarde fait partie de l’Italie (de 1815 à 1860, le royaume de Sardaigne réunissait l’île sarde, le Piémont, et la république de Gênes, ainsi que la Savoie et le comté de Nice), comme l’île corse fait partie de la France.
En raison de sa position stratégique, la Hollande (septentrionale et méridionale, régions des Pays-Bas sur la mer du Nord), mérite toute l’attention de la Prusse, qui tient à maintenir une Autriche amoindrie.
Quant à la Russie, elle abroge unilatéralement, le 31 octobre 1870, les dispositions des articles du traité de Paris du 30 mars 1856 relatifs à la démilitarisation de la mer Noire, décidée à l’issue de guerre de Crimée.

Irène Delage, 06 mars 2020

SOURCES DES CARTES

Carte drôlatique d’Europe pour 1870, par Paul Hadol (1870), à consulter sur BnF/Gallica

►Carte en allemand : Humoristische Karte von Europa im Jahre 1870, à consulter sur la bibliothèque en ligne de la Vrije Universiteit Amsterdam

► Carte franco-allemande : Karte von Europa im Jahre 1870, à consulter sur Europeana (source : Staats- und Universitätsbibliothek Bremen)

► Carte en anglais : Map of Europe For 1870 by Hadol. Latest war map of Europe : as seen through French eyes, à consulter sur Libray of Congress

► Postérité du genre : Karte von Europa im jahre 1870 (Paul Hadol) / Karte von Europa im jahre 1914 (Walter Trier) sur le site du MET

Karte von Europa im Jahre 1870 © Staats- und Universitätsbibliothek Bremen

 

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