Casque et cuirasse d’officier de carabinier (1811 et 1815)

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Casque et cuirasse de carabinier 1811 et 1815
coll. Fondation Napoléon, INV 77. A et .B
©Fondation Napoléon / Vincent Mercier

Description technique

La cuirasse de fer battu (2 à 3 mm) du même type que celle des cuirassiers, recouverte jusqu’à 25 mm du bord d’une feuille de cuivre jaune. Elle est composée de deux éléments, dossière et plastron, maintenus par des épaulières. Le plastron comporte un léger busc* et son col une gouttière. La bordure argentée est garnie de clous de laiton permettant de fixer au revers la matelassure* et la fraise* (absentes sur la cuirasse de la Fondation Napoléon, conservées sur celle du Musée de l’Armée). Pour rappeler la tradition régimentaire, le modèle de cuirasse d’officier est orné d’un soleil en argent maintenu par une étoile en cuivre. Les épaulières sont à mufles de lion reliés par trois chaînettes montées sur un fond de drap bleu clair. Les plaques d’attaches sont estampées de feuillages et d’une grenade (les parties de drap bleu des épaulières et de la ceinture, bordées d’un galon argent, ont été remplacées). La ceinture, maintenue par des rivets à la dossière, est de cuir recouvert de textile bleu, brodée de trois rayures de fils de métal argenté.

Cuirasse de carabinier, détail
© Fondation Napoléon / Vincent Mercier

 

Le casque est dit « à la grecque » à bombe* entièrement de cuivre jaune avec un couvre-nuque*. Le cimier* est en laiton doré estampé de palmettes garnies d’une importante chenille en crin écarlate. La partie frontale du casque est ornée d’un bandeau triangulaire en métal argenté orné sur le devant d’un  » N  » impérial couronné, avec de part et d’autre une ornementation de palmettes en métal estampé. Chaque jugulaire est de cuir recouvert de 17 écailles dont la largeur augmente jusqu’à la rosace qui est estampée. Une agrafe permet la fixation de la rosace et de la mentonnière à la bombe. Le jonc en bordure de visière et du couvre-nuque est gravé de fleurs et de feuillages. La coiffe intérieure est en basane*.

Casque de carabinier, détail
© Fondation Napoléon / Vincent Mercier

 

Contexte historique

C’est par le décret du 24 décembre 1809 que Napoléon Ier décida de cuirasser les deux régiments de carabiniers. Elite de la cavalerie lourde depuis la Monarchie, ces régiments avaient fait les premières campagnes de l’Empire en surtouts bleus et bonnets d’ourson. Ces coiffures marquaient l’élitisme des deux régiments, mais dépourvues de mentonnières, tombaient fréquemment dans les actions de combats. Elles laissaient alors le cavalier sans protection et entraînaient de nombreuses blessures à la tête. La violence des blessures encourues lors de la campagne d’Autriche convainquit définitivement Napoléon de doter les carabiniers de casques et de cuirasses. Il fallait cependant persuader les cavaliers, à l’esprit de corps bien ancré, de se défaire de l’uniforme qui faisait leur fierté. Cette nouvelle tenue devait donc préserver la tradition d’élitisme et surtout maintenir « une différence entre les carabiniers et les cuirassiers » (art. 2 du décret du 24 décembre 1809) tout en offrant le même niveau de protection. L’Empereur serait intervenu directement dans le choix du casque à la grecque de cuivre rouge et à la chenille écarlate. La cuirasse de fer fut recouverte d’une feuille de cuivre poli. Pour l’habit, après délibération, le choix s’arrêta sur l’uniforme blanc à distinctives bleues (col, poignets, fraise de cuirasse…). Il fallut attendre avril-mai 1811 pour que les régiments soient entièrement équipés. Pour la troupe et les officiers, la cuirasse faisait partie de l’armement et appartenait au gouvernement ; la perdre, comme pour le fusil, entraînait de sévères sanctions et des demandes de remplacement à la hiérarchie. À l’inverse, le casque était considéré comme de l’habillement au même titre que les chaussures. La tenue complète coûtait près de 2 000 francs aux officiers, si bien que les régiments durent avancer la somme à certains, tant les dépenses étaient élevées.

Ces casques et cuirasses furent salués par les médecins de l’époque pour leur qualité protectrice contre les balles de mousqueterie et les coups de sabre. Le poids de la cuirasse, 7,5 à 7,8 kg matelassure* comprise (elle est plus lourde environs d’1 kg que celle des cuirassiers), ne permettait qu’aux soldats les plus robustes de la revêtir. Le casque, tout en rehaussant la stature, donnait à l’homme qui l’arborait une silhouette élancée et élégante. L’ensemble tête et torse avait une prestance certaine et flattait l’égo masculin des militaires qui la revêtaient. Cependant, ce type de casque offrait une prise au vent indéniable pendant la charge et de telles coiffures, malgré la bombe de cuir intérieure et les jugulaires, tombaient fréquemment lors des combats. Les médecins soulignaient par ailleurs que dès que le soleil devenait intense, le métal de l’ensemble s’échauffait fortement. Les bombes, qui n’étaient pas ventilées, causaient inconfort et céphalées, tandis les cuirasses engendraient une très forte transpiration nécessitant une hygiène irréprochable. Enfin, le frottement sur le crâne des cavaliers durant plusieurs années de carrière entraînait souvent une calvitie précoce ! Malgré ces inconvénients notables, cet uniforme reconnaissable entre mille fut celui dans lequel les deux régiments de carabiniers firent les campagnes de 1812 à 1815, puis traversèrent presque tout le XIXe siècle.

François Houdecek, chargé des projets spéciaux à la Fondation Napoléon (novembre 2018)

* Basane : cuir souple, traditionnellement de mouton.
* Bombe : partie hémisphérique du casque.
* Busc : partie saillante au milieu du plastron de la cuirasse.
* Couvre-nuque : partie du casque qui permet de protéger l’arrière du cou du cavalier.
* Cimier : partie métallique supérieur du casque.
* Fraise : garniture en drap de la cuirasse
* Matelassure : partie matelassée non visible solidaire de la cuirasse, et qui limite le frottement et l’usure provoquées par le métal sur les uniformes.

Date :
1811 et 1815
Lieux de conservation :
Fondation Napoléon, INV 77. A et .B
Crédits :
© Fondation Napoléon / Vincent Mercier
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