Ensemble de treize miniatures représentant une partie de la famille impériale ainsi que des grands dignitaires du Premier Empire

Période : Directoire-Consulat-Ier Empire/Directory-Consulate-1st Empire
Artiste(s) : LIÉNARD Sophie
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Au XIXe siècle, les grands noms d’artistes sont majoritairement masculins. Cela se vérifie d’autant plus pour les peintres en miniature. Les noms d’Isabey ou encore Augustin résonnent facilement à nos oreilles. Or, certaines femmes ont eu une véritable carrière artistique et parmi elles, incontestablement Sophie Liénard (1801-1875).

Ensemble de treize miniatures représentant une partie de la famille impériale ainsi que des grands dignitaires du Premier Empire
© Imperial Art

Une peintre en miniature

Dès le Premier Empire et jusqu’à l’apparition de la photographie couleur, un grand engouement voit le jour autour de la peinture sur céramique. Force est de constater que les huiles sur toile dans les musées ont tendance à jaunir ou à s’empoussiérer en fonction du vernis utilisé par l’artiste. Aussi pour restituer les véritables couleurs des œuvres, il n’est pas rare de voir certains artistes « emprunter et copier » des grands tableaux de maitres pour les transposer sur un autre médium : la porcelaine. En effet, l’étude des pigments et les cuissons successives des couleurs permettent de conserver l’aspect d’origine des œuvres. La porcelaine a cet atout qu’elle est inaltérable.

Quelques femmes accèdent à la notoriété grâce à cette spécialité. La plus connue est sans nulle doute Maire-Victoire Jaquotot, dont la Fondation Napoléon possède une œuvre. Son art est tellement reconnu, qu’il lui est possible d’emprunter des tableaux du Louvre pendant plusieurs semaines. Sophie Liénard fait également partie de ces artistes qui travaillent sur porcelaine. Installée à son compte, comme l’indique l’Almanach général de la France et de l’étranger pour 1839, elle n’est pas entrée à la manufacture de Sèvres, mais collabore avec l’atelier de faïences de Rihouet.

Sophie Liénard

Il n’est pas surprenant de voir Sophie Liénard s’intéresser à la peinture sur porcelaine. Plusieurs personnes de son entourage vont la mener à cette profession. Tout d’abord, son grand-père était un marchand mercier qui avait, parmi ses activités, la vente de boîtes avec des miniatures. Il est fort probable que Sophie ait cultivé dès le plus jeune âge le goût pour ce type d’art. Elle commence à réaliser des peintures sur porcelaine dès les années 1820 et signe alors sous son nom de jeune fille Sophie Girard.

En 1831, elle épouse Justin Liénard, également « peintre de figures » pour la manufacture de Sèvres. Ce dernier est probablement l’un des élèves de Marie-Victoire Jaquotot ; il est possible que son épouse ait également bénéficié des enseignements de l’artiste. Grâce à ses œuvres, Sophie Liénard peut exposer au Salon de 1842 à 1847 ce qui lui permet d’acquérir une certaine notoriété et lui donne un accès à la cour de Louis-Philippe puis de celle Napoléon III. Le travail des deux époux est assez proche, se confondant parfois dans leurs réalisations. Leurs signatures permettent d’identifier facilement leurs œuvres : Sophie Liénard, signe toujours avec son prénom alors que Justin n’appose que son initiale à son nom. Les portraits qu’elle réalise présentent une lumière qui permet de donner un glacis aux couleurs qu’elle utilise : les personnages apparaissent avec une fraicheur caractéristique.

Nouvelle acquisition de la Fondation Napoléon

La série de miniatures qui nous intéresse est certainement issue d’une commande de Louis-Philippe. Réalisées dans les années 1840, elles correspondent à des portraits de la famille et des grands dignitaires de la cour de Napoléon Ier. Il est aisé de relier cette production à la création et l’ouverture du Musée de l’Histoire de France en 1837. Situé dans l’une des ailes du château de Versailles, il est dédié « à toutes les gloires de la France ». La Monarchie de Juillet passe commande de nombreuses œuvres, notamment de peintures des grandes batailles de la France auprès des grands artistes de l’époque pour compléter la présentation des espaces. Avec pour objectif d’être le plus exhaustif possible autour de l’histoire de France et représenter les différents régimes politiques, ce musée expose aussi bien des événements militaires du Moyen Âge comme la bataille de Bouvines (1214), que la bataille d’Austerlitz (1805). Il est donc possible d’envisager la commande passée à Sophie Liénard comme étant une volonté de représenter les personnages qui ont marqué le tournant du XIXe siècle. Notons également, qu’en 1840, le Retour des Cendres de Napoléon, souhaité par Louis-Philippe, permet de raviver le goût pour l’histoire du Premier Empire. Malheureusement, il n’est pas possible d’affirmer que la commande émane de la Monarchie de Juillet ni de déterminer le nombre de portraits souhaités : il ne s’agit que de suppositions. Toutefois, vu le nombre déjà recensé (près d’une vingtaine), il est certain que cette commande émane de la proximité du pouvoir en place.

Bien que légèrement postérieure à notre période, cette collection de treize miniatures sur céramique a l’intérêt de présenter un portrait de personnages phares du Premier Empire. Chacun est réalisé à partir d’un tableau majeur des maîtres du début du XIXe siècle. Il est possible de reconnaitre ainsi l’œuvre de David pour le portrait de Napoléon ou celui du baron Gérard pour Corvisart. Sophie Liénard semble également s’être inspirée de l’Album lithographique ou recueil de dessins sur pierre, par des artistes français de François-Séraphin Delpech, paru en 1819. En effet, plusieurs portraits peuvent être identifiés comme celui de Duroc ou encore celui de Cambacérès.

Description des personnages

Parmi les treize miniatures, l’une représente Napoléon Ier, quatre autres sont les portraits de membres de la famille impériale : Joseph Bonaparte, le frère ainé de Napoléon, Jérôme Bonaparte, le cadet de la fratrie, Joachim Murat, le mari de Caroline, et le cardinal Joseph Fesch, oncle de l’Empereur. Les neuf autres portraits sont ceux de dignitaires de l’Empire. Parmi eux, on compte cinq maréchaux : Michel Ney, Louis-Alexandre Berthier, Joseph-Antoine Poniatowski, Michel Duroc et Édouard Mortier. Les trois dernières miniatures correspondent aux représentations de Jean-Nicolas Corvisart, médecin de Napoléon Ier, Louis-Charles-Antoine Desaix en tenue de général de la Révolution qui s’est illustré lors des campagnes d’Égypte et d’Italie, et Jean-Jacques Régis de Cambacérès, archichancelier de l’Empire. Sur l’ensemble des portraits, on note la présence des décorations de l’Empire. L’artiste s’est efforcée à représenter le maximum de détails afin qu’ils apparaissent les plus réalistes possibles. À l’exception du portrait de Joachim Murat, le fond des miniatures est sombre, neutre, ce qui a pour intérêt de mettre en valeur la fraicheur des couleurs utilisées pour les personnages. Les plus remarquables sont peut-être ceux de Jérôme Bonaparte, Michel Ney et Joseph-Antoine Poniatowski : les différentes décorations, la richesse des uniformes et le traitement de la lumière sur les visages nous plongent dans l’ambiance de la cour du Premier Empire.

Cette série de portraits, réalisés par Sophie Liénard, ont un format identique ; ils apportent une cohérence à la collection de la Fondation Napoléon constituant un ensemble important à l’égal de la politique d’acquisition de Martial Lapeyre (par exemple les assiettes des Quartiers Généraux ou plus récemment le lot des images d’Épinal). Par ailleurs, la collection de la Fondation Napoléon possède déjà un portrait de Sophie Liénard : il s’agit du portrait de François-Joseph Talma dans le rôle de Néron (INV 657). Ses dimensions ainsi que la décoration du cadre en bronze doré nous permettent d’affirmer qu’il est issu de la même série que les treize portraits acquis en 2021.

Voir une galerie de la série de portraits

Élodie Lefort, février 2022

Élodie Lefort est responsable des collections de la Fondation Napoléon.

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