Jeu impérial : Prototype pour un ensemble de cartes à jouer

Artiste(s) : ANDRIEU Bernard, DAVID Jacques-Louis (d'après), MONGEZ Angélique
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Si les jeux de cartes sont attestés en Europe dès le XIVe siècle et se caractérisent par une grande diversité, ils témoignent d’une unification cruciale en France au premier XIXe siècle. Cette histoire, aujourd’hui bien connue des spécialistes, montre l’étendue du rôle législateur de Napoléon.

Jusqu’au XVIIIe siècle, en effet, les Français jouent aux cartes avec un jeu classique : les quatre couleurs pique, carreau, cœur et trèfle, les 10 chiffres et les trois figures valet, dame et roi. Leurs voisins connaissent des variantes, avec le jeu espagnol (coupe, or, bâton, épée), le jeu italien (coupe, denier, bâton, épée), le jeu allemand (cœur, grelot, gland, feuille) ou le jeu suisse allemand (rose, grelot, gland, bouclier). Cependant, la production (et la fiscalité) diffère selon les zones géographiques : on parle de portraits régionaux (les cartes sont identiques, mais les figures diffèrent : portrait de Paris, de Lyon, de Provence, de Guyenne, d’Auvergne, etc.)

La Révolution française, avec les transformations administratives et fiscales, relance et varie la production. On voit ainsi Dugourc et Jaume prendre en 1791 un brevet pour cinq ans d’invention de nouvelles cartes à jouer. Les symboles monarchiques étant tous bannis, les rois, les dames et les valets sont remplacés par des génies, des libertés et des égalités.

Le 13 juin 1808, l’administration de la Régie demande à Jacques-Louis David la création d’un moule unique avec « un dessin dont l’extrême élégance et la pureté rendent la contrefaçon difficile et qui puisse en même temps, par la fidélité des costumes et l’exactitude des attributs, répondre au but allégorique que paraît s’être proposé l’inventeur de ce jeu ».

La transformation graphique va s’accompagner d’une longue évolution fiscale, qui réglemente très précisément la fabrication du jeu. Celle-ci se déroule en 8 étapes : moitissage du papier destiné à l’impression, impression, mêlage des papiers, collage, peinture, lissage, découpage des cartes, triage. De nombreuses décisions sont prises pour empêcher les fraudes (marque de l’as de trèfle,  filigrane de l’as de carreau, marques des moules, etc.).

Les dessins de David (1810), archéologiques, savants, traitent les personnages dans un souci de précision nouveau pour l’époque. Ils conservent les rois de la tradition (Charlemagne, César, Alexandre et David). Les dames suivent la réalité historique (Calpurnie, Statira, Abigaïl et Hildegarde). Les valets de David ne sont pas conservés par la suite. L’élaboration de ce nouveau « portrait officiel » permet l’emploi de technique d’impression jusqu’alors inédites : Poinçons, gravés par Andrieu, médailleur, et transformés en matrice par Firmin Didot, le célèbre typographe.

Si le jeu de David a été largement diffusé par clichage et polytypage, il n’est pas adopté, et Nicolas-Marie Gatteaux en propose une nouvelle version en 1811. Chargé de corriger les défauts les plus voyants, il reste très proche de David et donne plus d’ampleur aux capes et aux manteaux des rois, et inscrit pour chacun son nom en capitales. Les valets sont Parménion général compagnon d’Alexandre, Curion, ami de Cicéron, Ogier de la chanson de Roland, et Azael, un des preux de David.

Une nouvelle version en 1813, par le même Gatteaux, revient au modèle parisien. Le dessin des figures gagne en finesse, mais dans un style néoclassique, où la marque impériale figure avec l’abeille sur le valet de trèfle. C’est ce modèle, où la fleur de lys remplace l’abeille en 1816, et la transformation en jeu à double tête en 1827, qui devient  notre jeu d’aujourd’hui.

Gabrielle Soullier de Roincé – Agnès Barbier, avril 2017

Cette planche peut être admirée durant l’exposition Jeux d’Empire, à la Bibliothèque Marmottan jusqu’au samedi 29 juillet 2017.

Date :
1810
Technique :
Gravure sur cuivre rehaussée d’aquarelle
Dimensions :
H = 39.5 cm, L = 38.5 cm
Lieux de conservation :
Boulogne-Billancourt, Bibliothèque Paul-Marmottan, inv. BG 347
Crédits :
© Ville de Boulogne-Billancourt, Bibliothèque Paul-Marmottan
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