Tunique et pantalon de petite tenue portés par Napoléon III à la bataille de Solferino

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En représentation officielle, Napoléon III affectionne de se faire peindre en militaire. Signe d’un temps où l’uniforme est de tous les bals et de toutes les promenades, ce choix prend aussi dans son cas un sens particulier. Revêtant l’uniforme, le souverain – qui n’est pourtant pas officier de l’armée française – incarne un aspect spécifique de l’Empire, dont le nom même évoque la victoire et dont l’histoire repose en partie sur l’aura de stratège de son fondateur.

Dans les portraits et les scènes brossés par Winterhalter, Flandrin, Couture, Gérôme, Hébert et bien d’autres, Napoléon III est représenté soit dans la tenue de cérémonie de général de division, soit dans la grande tenue. Toutes deux se caractérisent par le bicorne, l’habit à basques bleu foncé brodé d’un double rang de feuilles de chêne d’or et la ceinture-écharpe ; selon le cas, il porte la culotte blanche insérée dans les bottes à l’écuyère ou le pantalon d’ordonnance garance à bande bleu foncé, venant par-dessus les petites bottes.

Or, au combat, l’empereur était vêtu différemment. Les tableaux d’Yvon, Meissonier, Rigo ou Charpentier évoquant la journée du 24 juin 1859 à Solferino, le montrent en tunique bleu foncé et pantalon d’ordonnance. Il s’agit de la petite tenue portée communément par les généraux de division à la tête de leurs troupes. La tenue se complétait d’un ceinturon porte-épée et du bonnet de police à visière que l’on remarque sur le beau buste de Carrier-Belleuse, Napoléon III en Italie (plâtre au château de Compiègne, bronze au musée d’Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye).

L’exposition Napoléon III et l’Italie : Naissance d’une nation, 1848-1870 en 2011 a été l’occasion pour le musée de l’Armée de présenter au public la tunique et le pantalon portés à Solferino par Napoléon III. Grâce à la générosité de son propriétaire, cet ensemble exceptionnel correspondant en tous points aux descriptions des peintres, est destiné à rejoindre les salles permanentes, à côté de la selle utilisée au combat par l’empereur.

Comme le veut la mode, l’habit est matelassé sur la poitrine. Jointe à la forme de la jupe, cette astuce met en valeur l’étroitesse de la taille et accentue le port martial de l’officier. Or, si la finesse du drap et la qualité de la coupe indiquent que le propriétaire de l’uniforme disposait de quelques moyens, rien ne distingue cette tenue de celle de tous les autres généraux de division. Le souverain chef des armées se présente donc, sur le champ de bataille, comme un officier parmi ses pairs, ce qui n’est pas sans évoquer les procédés de son oncle.
Sur la poitrine, l’étoile de la Légion d’honneur et la médaille d’Italie, créée après la campagne de 1859, rappellent l’importance accordée par Napoléon III à cette campagne qui inaugure son règne par une victoire cruciale à de nombreux égards.

Emilie Robbe
Conservateur, département moderne, musée de l’Armée, Paris

Cet uniforme a été présenté dans l’exposition Napoléon III et l’Italie, Naissance d’une nation, 1848-1870 au musée de l’Armée à Paris (18 octobre 2011 – 15 janvier 2012).

Date :
Second Empire
Technique :
drap de laine, broderies métalliques à canetille et paillettes, soie
Dimensions :
H = 91 et 104 cm, L = cm, P = cm
Lieux de conservation :
Collection de la Princesse Napoléon ; en dépôt au musée de la Croix Rouge, Genève ; 2011, en dépôt au musée de l'Armée, Paris. 
Crédits :
Musée de l'Armée - RMN / Emilie Cambier
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