La Rose de Malmaison

Artiste(s) : VIGER DU VIGNEAU Hector
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L’une des stars de la représentation de l’impératrice Joséphine et de son château de Malmaison est sans conteste le tableau d’Hector Viger du Vigneau qui s’intitule La Rose de Malmaison. Le titre, choisi avec finesse, renvoie aussi bien à la scène représentée, à la passion pour la botanique et en particulier des roses de Joséphine, mais peut être également considéré comme un joli compliment, la rose se confondant avec l’Impératrice elle-même. Pourtant, cette iconographie est bien postérieure au Premier Empire et mérite qu’on en remonte le fil de l’histoire.

La Rose de Malmaison
La rose de Malmaison, Victor Viger du Vigneau, 1866
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) - Franck Raux

Hector Viger du Vigneau est né en 1819 en Normandie. Il se passionne rapidement pour la peinture et devient l’élève de grands peintres du début du XIXe siècle, comme Michel-Martin Drölling à qui l’on doit notamment des portraits de Napoléon Ier en costume de sacre à l’image de celui de la collection de la Fondation Napoléon. Viger du Vigneau a également été l’élève de Paul Delaroche, célèbre entre autres pour sa représentation de Napoléon lorsqu’il apprend la capitulation de Paris le 31 mars 1814. L’artiste a donc baigné dans les univers de mentors qui ont brillé sous le Premier Empire. Il expose pour la première fois au Salon en 1845, auquel il participe de façon constante tout au long de sa carrière.

Dans les années 1860, il se prend de passion, à l’instar de ses maîtres, pour la période du Consulat et du Premier Empire dont il réalise de nombreuses représentations. Cette période coïncide avec celle de la rénovation du château de la Malmaison, après son acquisition par Napoléon III en 1861.  Se donnant pour mission de faire revivre les fastes du château, l’impératrice Eugénie propose au peintre de s’installer dans l’une des dépendances de Malmaison afin qu’il puisse s’adonner à son art. Dès lors, il devient le peintre de l’hagiographie de la famille Beauharnais et représente autant que possible des vues ou des événements liés à la demeure de Joséphine. Il expose ces créations au Salon de 1864 à 1869. La guerre de 1870 le chasse de son atelier à Malmaison. Il meurt à Paris en 1879.

La Rose de Malmaison est conçue en 1866 et présentée au Salon de cette même année. Dans ce tableau, Viger peint Napoléon et Joséphine au centre d’un groupe de femmes se délassant dans un décor arboré. Le groupe forme une pyramide dont le sommet correspond au bicorne de Napoléon et au pied duquel coule une rivière agrémentée de nymphéas. Il est possible d’identifier le lieu grâce au monument en arrière-plan : le temple de l’Amour du parc du château de Malmaison, construit en 1807 par l’architecte Jacques-Joseph Berthault.
Sa façade se compose de six colonnes doriques qui proviennent de différentes églises parisiennes. Sur son fronton, une couronne de fleurs est encadrée par des rubans. De part et d’autre de l’entrée se trouvent deux vases qui contenaient des fleurs. À l’intérieur du temple, on distingue une sculpture en marbre du XVIIIe siècle exécutée de Jean Pierre Antoine Tassaert ; elle représente un amour prêt à décocher une flèche.  Depuis 1877 et le lotissement du parc, le temple de l’Amour ne fait plus partie de l’enceinte du château de Malmaison. Désormais au sein d’une propriété privée, il reste visible depuis l’avenue Marmontel, à Rueil-Malmaison.

Au centre du tableau, Joséphine trône dans une robe en satin blanc. Cheveux à moitié détachés, elle porte un diadème, un collier et une ceinture de perles et de camées. Sur le camée de la ceinture, on arrive à distinguer le profil de Napoléon. L’Empereur, unique personnage masculin de la composition, domine la scène. Il regarde Joséphine et lui offre deux roses. Il porte son traditionnel uniforme de colonel de chasseur à cheval avec son iconique bicorne. Napoléon y est représenté proche de l’esthétique de Drölling dans ses portraits. Autour du couple impérial sont représentées les dames du Palais de Joséphine et les sœurs de Napoléon. À gauche, debout, se tient la comtesse de Lavalette, née Émilie de Beauharnais, nièce et dame d’atours de Joséphine. Elle porte une robe jaune, dans ses cheveux, on peut reconnaitre un diadème avec des épis de blés. À son bras, Julie Clary, épouse du frère ainé de Napoléon, Joseph Bonaparte ; elle porte une robe dans les tons mauve avec des broderies florales. À leurs pieds, assise, vêtue d’une robe noire à rubans de satin, Pauline Borghèse, sœur de Napoléon. Son portrait ressemble à celui du peintre Robert Lefèvre, aujourd’hui conservé au château de Versailles. Au-dessus d’elle, Madame Devaux, dame du Palais de Joséphine. Elle porte une robe bleu clair, tient dans sa main un éventail ainsi qu’un châle aux motifs typiques du Premier Empire. Son époux, le baron Moisson-Devaux, est l’écuyer et intendant général de la Reine Hortense. À la droite de Joséphine, en robe rose, on reconnaît la comtesse Jeanne Charlotte de Luçay. À la gauche de l’épouse de Napoléon, Hortense de Beauharnais, sa fille. Tenant dans sa main une rose, elle porte une robe assez similaire à celle de sa mère et regarde dans la même direction. Hortense a la main posée sur l’épaule de Caroline Bonaparte, sœur de Napoléon, qu’elle connaît bien pour avoir fait ses études avec elle chez Madame Campan. Caroline regarde le spectateur. Elle porte une robe dans les tons bleu turquoise et un collier d’émeraudes. Enfin, derrière elles, arborant une robe rouge et blanche à manches ballons, se tient la comtesse Claudine d’Arberg, dame du Palais.

Exécutée sous le Second Empire, cette œuvre fait écho au chef-d’œuvre réalisé par Franz Xaver Winterhalter : l’impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur, réalisé en 1855. En effet, le tableau de Winterhalter est une commande de l’impératrice Eugénie. Très attaché à sa mécène, Hector Viger du Vigneau recrée une composition mettant la première impératrice des Français, grand-mère de Napoléon III, sur un pied d’égalité avec l’actuelle.
Dans les deux peintures, les impératrices sont légèrement décentrées de la composition mais la dominent. Les fleurs sont autant présentes et se transforment en accessoires dans la main droite des deux impératrices, comme le symbole d’une Nature domptée par leur grâce. Les deux œuvres représentent un moment de partage et d’intimité entre les souveraines et leurs proches, abritées dans l’écrin de verdure des parcs de leurs palais, Malmaison pour l’une, Fontainebleau pour l’autre.

L’artiste devait être attaché à cette représentation puisque le tableau est resté dans l’atelier du peintre jusqu’à sa vente, après la mort de sa veuve en 1894. Lui-même s’était éteint en 1879. Dans le catalogue de cette vente, le titre de l’œuvre est différent : on parle alors de Souvenir de Malmaison. Effectivement, cette peinture évoque un moment heureux de la vie passée au château de Malmaison, témoin de l’amour de Joséphine et Napoléon.

Élodie Lefort
Avril 2023

Élodie Lefort est responsable des collections de la Fondation Napoléon.

Bibliographie

• Branda Pierre, Joséphine. Le paradoxe du cygne, Paris, Perrin, 2016.
• Chevallier Bernard, Vues du château et du parc de Malmaison, Paris, Perrin, 2003.
• Chevallier Bernard, Joséphine Impératrice, Paris, Ed. Chênes, 2014.
• Hubert Nicole, Pougetoux Alain, Châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, musées napoléoniens de l’Ile d’Aix et de la Maison Bonaparte d’Ajaccio, Catalogue sommaire illustré des peintures et dessins, Paris, Ed. RMN, 1989.
• Lefébure Amaury (dir.), 2014, Joséphine, Cat. Exp., (Paris, musée du Luxembourg, 2 avril – 29 juin 2014), Paris, Gallimard, RMN-Grand Palais.

Date :
1866
Technique :
Huile sur toile
Lieux de conservation :
Rueil-Malmaison, musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, M.M.40.47.4281
Crédits :
© RMN-GP, musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau / Franck Raux
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