L’Angélus

Artiste(s) : MILLET Jean-François
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L’Angélus

La paysannerie est au cœur de l’œuvre de Jean-François Millet. Souvent porteuses d’une dimension sociale comme dans Les Glaneuses – évocation directe du droit octroyé aux plus pauvres de ramasser les épis de blé après la moisson -, les compositions de l’artiste ont exploré la réalité du monde rural au XIXe siècle, une réalité oscillant entre labeur et misère. Dénigré par le public et une partie de la critique pour la laideur des modèles représentés, Millet finira cependant par imposer son talent sous le Second Empire, obtenant une médaille de première classe en 1867 et la Légion d’honneur en 1868.

Ici, c’est à un souvenir d’enfance que se réfère l’artiste : « L’Angélus est un tableau que j’ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l’angélus pour ces pauvres morts« . Dans la vaste plaine de Chailly près de Barbizon, alors que l’angélus du soir sonne la fin de la journée de travail, un couple de paysans est uni dans la prière. Humbles et touchantes, ces deux figures debout au milieu de leur champ de pommes de terre, sont devenues le symbole même de la dévotion rurale. Nulle intention religieuse pourtant chez le peintre, simplement la volonté d’illustrer ce rituel moment de recueillement à la tombée du jour.

Le commanditaire du tableau, Thomas Gold Appleton, un américain de passage à Paris, ne vint jamais chercher l’œuvre qui passa ensuite entre les mains de dix propriétaires et marchands avant d’être léguée à l’Etat par Alfred Chauchard en 1909. En 1860, le tableau entra dans la collection du ministre belge Van Praet à Bruxelles, qui l’échangea en 1864 contre une autre œuvre de Millet, Bergère avec son troupeau : « Que voulez-vous, c’est évidemment un chef-d’œuvre, mais devant ces deux paysans dont la prière interrompt un instant le travail, chacun croit entendre la cloche de l’église voisine et cette éternelle sonnerie avait fini par me gêner« , ironisa-t-il. Ironie certes, mais qui traduit bien la force de la composition ou les deux silhouettes sombres se découpant dans le crépuscule, toute de dignité et de retenue, imposent leur piété modeste et sincère. C’est sans doute cette force spirituelle du tableau qui, échappant à l’artiste, a fait de L’Angélus une image universelle et intemporelle qui a pris valeur d’icône moderne. De la boîte de chocolats au bibelot-souvenir en passant par le calendrier des Postes, rarement œuvre connut une telle diffusion populaire !

Karine Huguenaud
mars 2010

Cette œuvre a été exposée dans le pavillon français de l’Exposition universelle à Shanghai en Chine, mai – octobre 2010.

Date :
1857-1859
Technique :
huile sur toile
Dimensions :
H = 55,5 cm, L = 66 cm
Lieux de conservation :
Paris, musée d'Orsay
Crédits :
RMN
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