La famille impériale et Rosa Bonheur

Auteur(s) : BONHEUR Rosa, KLUMPKE Anna
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Pendant les derniers mois de sa vie, l’artiste la plus vendue du 19ème siècle, raconte à son amie Anna Klumpke, la visite surprise de l’impératrice Eugénie à son château-atelier de By le 14 juin 1864. Visite qui sera suivie d’une invitation à déjeuner au château de Fontainebleau avec le couple impérial. Le jeune Prince impérial, fasciné par les nombreux animaux avec lesquels Rosa partage son domaine, sera un visiteur régulier au château situé près de la forêt de Fontainebleau, que Rosa avait pu acheter grâce à la vente de son tableau virtuose Le Marché aux chevaux. L’année suivante [le 10 juin 1865], Eugénie y revient pour remettre à l’artiste la Légion d’honneur, avec ces mots « Enfin, vous voilà chevalier. Je suis tout heureuse d’être la marraine de la première femme artiste qui reçoive cette haute distinction. J’ai voulu que le dernier acte de ma régence fût consacré à montrer qu’à mes yeux le génie n’a pas de sexe ».

La famille impériale et Rosa Bonheur
Détail d'une photo de Rosa Bonheur aborant ses décorations y compris la Légion d'honneur
remise par l'impératrice Eugénie, Collection Château Rosa Bonheur, photo, Rebecca Young

CHAPITRE XVII. L’IMPERATRICE A BY (1864). ROSA BONHEUR DÉCORÉE DE LA LÉGION D’HONNEUR (1865). L’EXPOSITION DE 1867.(Extrait de Rosa Bonheur; sa vie, son œuvre  par le peintre américaine, Anna Klumpke, (1909)).

Depuis le temps déjà lointain où ma peinture a commencé d’être accueillie favorablement par les amateurs des différents pays, en plus des avantages pécuniaires considérables dont j’ai bénéficié et qui m’ont permis de m’installer ici en 1860, j’ai été l’objet d’une série d’hommages très flatteurs ; les derniers, vous le savez, ne remontent pas à une époque bien éloignée. Et je ne parle pas seulement des récompenses remportées aux Salons parisiens, ni des médailles qui m’ont été décernées dans les expositions de diverses grandes villes françaises et étrangères auxquelles j’ai pris part, mais aussi des parchemins qui, de temps à autre, m’ont été adressés de la part de nombreuses Académies ou sociétés artistiques de l’étranger, avec des lettres m’avisant que l’on m’en avait élue membre honoraire(Rosa Bonheur avait été élue membre honoraire de l’Académie d’Amsterdam en 1854, de la Société des aquarellistes de Bruxelles et de l’Académie de Rotterdam en i 856 , de l’Académie des Beaux-Arts de Milan en 1862, de l’Académie de Pennsylvanie, à Philadelphie, et de la Société des artistes belges en 1863 ; elle le fut encore des Académies des Beaux-Arts d’Anvers en 1867 et de Lisbonne en 1868, de l’Académie royale des Aquarellistes de Londres en 1885 , enfin de l’Académie royale de Lisbonne en 1890.). Mais il en était d’une autre espèce.

Des articles de critique, des brochures même, avaient été consacrés à mes ouvrages. Dans l’une d’elles, dont j’ai eu déjà l’occasion de vous entretenir, Eugène de Mirecourt, dès 1856, avait sollicité pour moi, du gouvernement impérial, la croix de la Légion d’honneur (« On décore de la Légion d’honneur des religieuses et des vivandières, pourquoi donc exclure de la même récompense les femmes artistes qui ont, comme notre héroïne, un talent si incontestable et surtout une vie si pure, un caractère si digne, une histoire si féconde en nobles actions, en bienfaisance et en vertu? », Les Contemporains. Rosa Bonheur, p. 93.). Or, à cette époque, on aurait pu compter sur les doigts les femmes qui, depuis l’institution de l’ordre, avaient été l’objet d’une pareille distinction, encore était-ce pour services rendus à l’armée : seule la sœur Rosalie avait reçu la croix pour son dévouement aux pauvres et aux malades. Le seul fait que mon nom fût désigné pour cet honneur me donnait jusqu’à certain point le droit d’être fière.

A l’époque où j’habitais la rue d’Assas, mon atelier était fréquenté par une foule d’artistes et de gens du monde ; cela faisait, à la vérité, un cercle très flatteur autour de moi, mais qui, si je ne m’étais brusquement résolue à m’exiler dans la forêt de Fontainebleau, m’eut bientôt rendu impossible tout travail. J’ai vu beaucoup moins de visiteurs ici ; en revanche, quelques-uns furent des personnages de la plus haute importance ; vous allez en juger.

Peu de jours après avoir reçu du duc d’Aumale la lettre que vous avez lue, j’étais en train (14 juin 1864) de travailler à mon tableau les Longs Rochers — vous savez bien : ce cerf à grande ramure que suivent toute une famille de biches et de faons — lorsque tout d’un coup j’entends un roulement de chaises de poste, un bruit de grelots, des claquements de fouets. Tout ce fracas cesse subitement devant ma porte. Presque aussitôt, je vois Nathalie se précipiter comme une trombe dans l’atelier en criant : « L’impératrice! c’est l’impératrice qui vient ici!… Enlève ta blouse au plus vite. Tu n’as que le temps de passer cette jupe et cette jaquette, ajoute-t-elle en me tendant des vêtements. En moins de secondes qu’il n’en faut pour le dire, la transformation de mon costume fut accomplie et la porte de l’atelier ouverte à deux battants. Déjà l’impératrice en touchait le seuil et derrière elle montaient des dames d’honneur, des officiers et des personnages de la cour en uniforme.

Avec cette grâce souveraine qui faisait d’elle la reine du goût parisien, Sa Majesté s’approcha; elle me tendit la main que je portai à mes lèvres, et dit que, amenée par une promenade dans le voisinage de ma maison, elle avait eu le désir de me connaître et de visiter mon atelier. Je lui affirmai, à mon tour, combien j’étais sensible à l’honneur d’une telle visite et lui montrai les quelques tableaux que j’avais là et aussi des dessins dont elle voulut bien me complimenter. Néanmoins, ce qui parut l’intéresser le plus vivement, fut précisément l’ouvrage auquel je travaillais, les Cerfs sur les Longs Rochers(Ce tableau, qui figura à l’Exposition de 1867 sous le titre : Cerfs traversant un espace découvert, a été gravé par Charles G. Lewis sous cet autre : Family of Deer Crossing the summit of the Long Rocks ( Forest of Fontainebleau).)qui fut l’objet de nombreux commentaires.

S’attachant évidemment à me laisser sans réserve sous le charme de sa visite, qui dura près d’une heure, l’impératrice me commanda un tableau pour sa collection particulière et m’invita à aller la voir à Fontainebleau, en acceptant d’y venir déjeuner un jour qu’elle ne désigna pas. Au moment de se retirer, elle me tendit sa main, que de nouveau je baisai ; sans doute cela lui fut-il agréable, car, m’attirant aussitôt vers elle, elle m’embrassa.

Le tableau que dans la suite j’ai peint à son intention représentait des Moutons au bord de la mer. Il a figuré à l’Exposition de 1867 avant de prendre place aux Tuileries. Je ne sais ce qu’il est devenu depuis le 4 Septembre et la Commune (Cette année 1864, la fête de By (24 juillet) fut particulièrement brillante; un arc de triomphe avait été dressé à l’entrée de la rue principale et on y lisait ces mots : A Rosa Bonheur, By reconnaissant (L’Abeille de Fontainebleau).).

MOUTONS AU BORD DE LA MER ( 1865 ), PAR ROSA BONHEUR (note d’Anna KlumpkeCe tableau est, je crois, celui qui fut commandé par l’impératrice et qui figura à l’Exposition de 1867). (Appartenant à M. Knoedler.) [Aujourd’hui ce tableau se trouve au National Museum of Women in the arts]

Peu après cette journée mémorable, je reçus une invitation précise (pour le 30 juin ?). Ayant mis mon costume de cérémonie en velours noir à boutons d’or, qui, avec ses manches étroites et sa jupe tombante, a dû faire un amusant contraste avec les énormes crinolines que l’on portait alors, je me fis conduire au pied du grand escalier du château. A peine étais-je descendue du coupé qui m’avait amenée, qu’un garde vint à moi, pour m’aviser que ce côté était réservé à l’empereur et à l’impératrice, et qu’il me fallait aller plus loin. J’obéis, j’allai plus loin ; mais un autre garde arrêta de nouveau ma voiture et me dit de retourner d’où je venais. J’eus une forte envie de revenir chez moi ; fort heureusement qu’en me revoyant, le premier garde fit l’effort de regarder ma carte avec plus d’attention et se décida à me laisser gravir les degrés, que garnissaient deux rangées de hallebardiers. Parvenue à la dernière marche, je m’arrêtai un instant, pour revivre une heure tragique de notre histoire. N’est-ce pas cet escalier en fer à cheval que Napoléon I er avait descendu, le 20 avril 1814, pour faire ses adieux à ses fidèles compagnons d’armes…..

Au moment où je pénétrai dans le salon François Ier, Mme de Metternich s’y trouvait elle-même, en grande conversation avec quelques jeunes gens. Nul d’entre eux ne parut s’apercevoir de ma présence, ce que voyant, je m’installai sans façon dans un des grands fauteuils qui avoisinaient la cheminée. Je savais qu’à la cour on avait l’humeur un peu railleuse, tout particulièrement dans le cercle de la célèbre ambassadrice, et mon grand souci, pour l’instant, était de ne pas faire une trop grosse faute d’étiquette qui pût faire rire à mes dépens. Or, voici que, précisément, l’un des jeunes gens, quittant tout à coup le petit groupe formé autour de l’ambassadrice, s’approcha de moi en s’inclinant.

— Mlle Rosa Bonheur ? fit-il.

— Oui, monsieur,

L’empereur va venir dans un instant, mademoiselle. Peut-être ne savez-vous pas, n’ayant jamais vécu à la cour, que lorsque Leurs Majestés entrent dans une salle, il est d’usage de ne se lever qu’au signal donné par elles. Je crois devoir vous en prévenir.

Le piège m’apparut aussitôt et je lui répondis d’un ton vif :

— Il est vrai que je n’ai jamais vécu à la cour comme vous, monsieur, cependant je n’attendrai pas le signal et me lèverai immédiatement.

Un peu interdit, ce jeune homme si désireux de m’instruire rejoignit le groupe qui entourait Mme l’ambassadrice, et j’observai avec satisfaction que certains petits sourires moqueurs cessèrent tout aussitôt.

La porte s’ouvrit enfin. L’empereur et l’impératrice firent leur entrée ; ils étaient suivis du général qui m’avait invitée et qui, selon mes faibles notions d’apprenti courtisan, allait tout à l’heure me servir de cavalier. Contrairement à ce que l’on avait eu soin de me dire, toutes les personnes qui étaient dans le salon se levèrent et mon jeune homme fut naturellement des plus empressés.

L’on me présenta. A ma grande confusion, ce fut l’empereur lui-même qui m’offrit son bras pour me conduire à table, où il me fit asseoir à sa droite. Pendant tout le temps du repas, il ne cessa de me parler et de s’occuper de moi.

Est-il besoin de dire que le menu était des plus choisis ; je me suis rendu [sic] compte ce jour-là cependant que, même à la table d’un empereur, on ne trouve pas toujours des œufs frais. Celui qu’on me servit était immangeable. Mon auguste voisin s’en aperçut et me dit en souriant qu’une basse-cour impériale ne saurait rivaliser avec celle d’un peintre animalier.

Le déjeuner achevé, l’impératrice m’invita à l’accompagner dans une promenade en barque sur la pièce d’eau des Carpes. C’est elle-même qui maniait les rames, et pendant que nous faisions le tour du bassin, elle m’entretint de sujets artistiques. Tout à coup, le jeune Prince Impérial parut sur le bord. Sa Majesté l’appela :

— Viens, mon enfant, lui dit-elle, serrer la main de Mlle Rosa Bonheur….. Elle a dans son parc une ménagerie qui t’amuserait bien.

— Oh ! s’écria le jeune prince, allons la voir tout de suite.

Deux ou trois jours après, en effet, il m’arriva à l’improviste et plusieurs fois depuis il est revenu. Vous savez que je n’ai jamais aimé me présenter en costume masculin devant les visiteurs d’importance ; à cause de cela, je fis un jour prier le prince de vouloir bien attendre quelques instants. Comme il montrait un peu d’impatience, Céline lui dit avec franchise que c’était pour me donner le temps de mettre des jupes.

— Mais c’est avec sa blouse et son pantalon que j’aurais voulu la voir, répliqua-t-il.

La répartie m’a fait beaucoup rire et, dès lors, toutes les fois qu’il est venu, je me suis bien gardée de changer de vêtement.

Cependant, la visite de l’impératrice avait été comme un signal donné. Pendant quelques années, les femmes de la haute société crurent qu’il allait de leur dignité devenir voir Rosa Bonheur dans son château de By….. C’est incroyable le nombre des lettres que j’ai reçues. Si je n’avais brûlé une foule de papiers dans le temps de désespoir qui suivit pour moi la mort de Nathalie, nous pourrions rire encore en parcourant ces épîtres, dont quelques-unes, sur papier parfumé, armorié, satiné, avaient parfois une orthographe douteuse. A tout cela, je n’ai jamais répondu ; même j’ai fini par ne plus les ouvrir, mais Nathalie s’en emparait : cela l’amusait de faire sauter ces cachets souvent volumineux et de la cire la plus line. Elle me montrait ensuite les passages drôles, et toutes deux nous riions de bon cœur.

Mme de Metternich elle-même m’écrivit comme les autres, mais pas plus que les autres elle n’obtint de réponse. Cela ne la rebuta point ; elle vint d’autorité. Ses manières étaient si séduisantes, ses arguments si irrésistibles, qu’elle décida mon cerbère, Céline, à ouvrir la porte cochère pour la recevoir, et je vis tout à coup son landau entrer dans la cour. Je reconnus la livrée sur-le-champ, mais j’étais prise : il fallait faire bonne contenance. Je me demandai toutefois quel bon tour je pourrais bien lui jouer, pour tirer ma revanche de la mystification qu’elle avait voulu me faire subir. J’avait [sic] ouvert à deux battants la porte du « sanctuaire » et je restais debout à l’attendre. La célèbre ambassadrice arriva donc, entourée de jeunes hommes qui voltigeaient autour d’elle.

— Ah ! mademoiselle, dit-elle, vous me recevez la porte ouverte à deux battants, comme si j’étais l’impératrice.

— En effet, madame, mais c’est afin de laisser passer votre crinoline, répondis-je en faisant ma plus profonde révérence.

La visiteuse parut ne pas entendre ; elle examina avec soin tous les objets qui se trouvaient dans l’atelier, et s’intéressa particulièrement à un dessin que j’avais là.

— Voulez-vous me permettre de l’emporter ? fit-elle du ton le plus aimable. Je vous prierai, en échange, d’accepter quelques bouteilles de mon meilleur cru(On sait que le célèbre cru de Johannisberg appartient à la famille de Metternich.) ?  

— Je vous remercie, madame, répondis-je sur un ton très sec, je ne fais aucun échange et je ne vends rien ici. C’est M. Gambart et M. Tedesco qui sont mes intermédiaires.

Après une telle réponse, Mme de Metternich ne tarda pas à battre en retraite. Elle montrait un air un peu vexé, et depuis n’est jamais revenue.

Mais tout cela n’était que de petites choses ; aussi bien, quel que soit le souvenir que je garde de la visite de l’impératrice et de ma réception à Fontainebleau, vous ne serez pas surprise que le jour où elle est revenue m’apporter la croix de la Légion d’honneur ait marqué une date capitale dans ma vie.

A ce moment-là, l’empereur revenait d’un voyage en Algérie, durant lequel l’impératrice avait exercé la régence. Il y avait un an, presque jour pour jour, que Sa Majesté avait visité mon atelier, quand un après-midi, c’était le 10 juin, — alors que je savais seulement par les journaux qu’elle était venue jusqu’à Fontainebleau pour y attendre l’empereur, — voici qu’elle arriva ici, sans être davantage attendue que l’année précédente.

Ce fut la même surprise et le même émoi. J’étais dans le jardin, et j’eus tout juste le temps de rentrer et de dissimuler mes vêtements masculins.

— Mademoiselle, me dit-elle, je vous apporte un bijou de la part de l’empereur. Sa Majesté m’a autorisée à vous annoncer votre nomination de chevalier dans l’ordre impérial de la Légion d’honneur.

Disant ces mots, elle ouvrit un écrin qu’elle tenait à la main et en sortit une croix d’or, pendant que, tout émue, je mettais un genou en terre. Mais il manquait une épingle. Sa Majesté se pencha sur ma table de travail pour en chercher une. Un officier la tira de peine, et l’impératrice put fixer à ma poitrine le ruban rouge auquel pendait la glorieuse étoile. Elle m’aida ensuite à me relever et m’embrassa en disant :

— Enfin, vous voilà chevalier. Je suis tout heureuse d’être la marraine de la première femme artiste qui reçoive cette haute distinction. J’ai voulu que le dernier acte de ma régence fût consacré à montrer qu’à mes yeux le génie n’a pas de sexe. Même, pour marquer l’importance que j’attache à ce grand acte de justice, je ne veux pas que vous fassiez partie de ce qu’on appelle une « fournée » ; votre nomination paraîtra avec un retard d’un jour, mais vous serez l’objet d’un décret spécial, qui sera mis en tête du Moniteur (Le décret paru au Moniteur du 11 juin 1865 était ainsi conçu : Napoléon, Par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, à tous présents et à venir, salut. Sur la proposition du ministre de notre Maison et des Beaux-Arts, Avons décrété et décrétons ce qui suit : ARTCLE PREMIER. — La décoration de chevalier de la Légion d’honneur est accordée à Mlle Rosa Bonheur, peintre de paysages et animaux. Art. 2. — Le ministre de notre Maison et des Beaux-Arts et le grand-chancelier de la Légion d’honneur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret. » Fait en conseil des ministres, au palais des Tuileries, le 8 juin i865. Pour l’Empereur et en vertu des pouvoirs qu’il nous a laissés, Eugénie. Pour l’Impératrice régente, le maréchal de France, ministre de la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts, VAILLANT. » Le Constitutionnel, journal semi-officiel, commentait en ces termes le décret impérial : « Le Moniteur du 11 juin publie un décret qui confère la croix de la Légion d’honneur à Mlle Rosa Bonheur, une femme qui a su conquérir une place éclatante parmi les artistes de notre temps. Ce décret est signé de l’impératrice régente ; il a été inspiré par une pensée aussi noble que délicate et tout le monde y applaudira. »).

L’impératrice s’assit alors dans un fauteuil et s’entretint quelques instants avec moi, qui restai respectueusement debout.

— Mademoiselle, si je pouvais disposer aujourd’hui de mon temps, me dit-elle bientôt avec une suprême bonté, je passerais de longues heures à examiner vos œuvres, mais des devoirs impérieux m’appellent à Fontainebleau, où mon fils est déjà arrivé. Nous attendons un télégramme de l’empereur qui désire que sa femme et son fils soient à ses côtés ce soir, au moment de son entrée dans sa capitale, à son retour d’Alger. En cet instant, où j’ai la satisfaction de vous décorer, Sa Majesté est dans sa bonne ville de Lyon, et le préfet du Rhône lui présente les personnes distinguées que le conseil des ministres a jugées dignes de cet honneur.

La souveraine se leva pour se retirer et je restai confondue de l’honneur qui venait de m’être fait. Quand l’impératrice fut remontée dans sa calèche et que tout le cortège eût disparu dans un nuage de poussière(Rendant la courte visite de l’impératrice à Rosa Bonheur, la nouvelle s’en étant répandue dans le hameau, la souveraine, au moment où elle s’apprêtait à monter en voiture, trouva, rassemblés dans la cour, de nombreux habitants, et un groupe de jeunes filles qui lui présentèrent un bouquet qu’elles avaient improvisé avec les fleurs du jardin, et des rameaux de cerisier couverts de leurs fruits, que se partagèrent les dames de la cour. L’Abeille de Fontainebleau rapporte qu’à la fête de By, le 23 juillet 1865, la pièce principale du feu d’artifice, par un nouvel hommage à la grande altiste, représenta une croix de la Légion d’honneur.), Nathalie, la bonne mère Micas et moi, nous tombâmes dans les bras les unes des autres, en versant des larmes de joie […]

Lire en ligne Rosa Bonheur; sa vie, son œuvre (1909), que Rosa Bonheur a raconté à la peintre américaine, Anna Klumpke, dans la dernière année de sa vie, ou acheter la facsimile de l’édition de 1908, éditée par l’Atelier Chateau de Rosa Bonheur à By, ou la version poche (3 tomes) éditée par l’association Rosa Bonheur.

La biographie de Rosa Bonheur par Anna Klumpe (1909), au Chateau de By, photo Rebecca Young

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