Document > Lettre de Bonaparte au cardinal Joseph Fesch, son oncle, montrant que Napoléon est apprécié pour ses qualités militaires (mais que les soucis financiers familiaux sont toujours d’actualité) (n°21, août 1788)

Auteur(s) : BONAPARTE Napoléon
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Cette lettre de jeunesse est tirée de la Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, Tome 1 : les apprentissages (coédition Fayard/Fondation Napoléon, 2004)

Document > Lettre de Bonaparte au cardinal Joseph Fesch, son oncle, montrant que Napoléon est apprécié pour ses qualités militaires (mais que les soucis financiers familiaux sont toujours d’actualité) (n°21, août 1788)
Napoléon Bonaparte, élève de l'École royale militaire de Brienne, à l'âge de 15 ans © Fondation Napoléon

À JOSEPH FESCH (Adresse : « À monsieur, monsieur l’abbé Fesch, archidiacre de la cathédrale d’Ajaccio à Aix, collège de Bourbon ».) 29 août 1788
[Auxonne]

Le triste état de la famille m’a affligé, d’autant plus que je n’y vois pas de remède. Vous vous êtes abusé en espérant que je pouvais trouver ici de l’argent à emprunter. Auxonne est une très petite ville et j’y suis d’ailleurs depuis trop peu de temps pour pouvoir y avoir de connaissances sérieuses ; ainsi du moment que vous n’espérez pas dans votre vigne, je n’y pense plus et il faut abandonner cette idée du voyage de Paris. Si nous avions été à Paris, vous auriez mal fait de mener avec vous Isoard (Élève au séminaire d’Aix.), il n’aurait pu que nous embarrasser. Le bouleversement inattendu opéré dans le ministère (Loménie de Brienne est renvoyé et Necker rappelé le 26 août.) portera sans doute encore du retard dans la solution de cette trop désirée affaire (Toujours l’affaire de la pépinière (voir Lettre n°9)). Je viens cependant d’en [avoir]. Vous saurez que je viens de recevoir réponse de M. Gautier (Probablement celui qui est alors premier président du Conseil supérieur de la Corse.), il me dit qu’il reconnaît que Joseph a des titres particuliers pour obtenir une place dans les tribunaux (Joseph est, depuis le 17 mai 1788, avocat au Conseil supérieur à Bastia. Napoléon paraît souhaiter pour lui une meilleure place.) et qu’il saisira la circonstance avec plaisir. Que pour le moment des personnes proposées depuis plusieurs années empêcheront qu’il ne soit placé mais qu’il fera son possible pour hâter son tour…
Si vous m’aviez détaillé les circonstances du voyage de Benielli (Les Benielli sont réputés apparentés, mais de manière assez éloignée, aux Bonaparte.) en Italie vous m’auriez fait plaisir. Qu’est devenu l’abbé ? Qu’est devenu le bonnet du docteur ?
J’étais sur le point de faire passer au libraire l’ouvrage dont je vous entretins mais le fâcheux contretemps de la disgrâce de monseigneur l’archevêque de Sens (Loménie de Brienne est archevêque de Sens depuis janvier 1788.) arrivée avanthier m’oblige à des changements considérables. Il est possible même que j’attende les États généraux (Les États généraux ont été convoqués pour le 1 er mai 1789.). Écrivez à votre ami qui est à Pise, demandez-lui l’adresse, c’[est]-à-d[ire] la rue où reste Paoli à Londres (Pascal Paoli réside dans Old Bond Street.). Ne manquez pas cette commission dans l’énoncé de la présentation des députés à la Cour. Les gazettes ont mis le comte Paul [Paoli], serait-il devenu comte (Les gazettes donnent en effet à Paoli le titre de comte, ce qu’il n’est pas.) ?
Vous me ferez plaisir de me donner des nouvelles d’Aix, soit du parlement ou de tout ce qui est digne d’attention. Je vous apprendrais une vieille nouvelle si je vous disais que M. Necker a été nommé secrétaire d’État…
Donnez-moi des nouvelles de la famille, que dit-on de l’affaire de m[onseigneur] Beaumanoir, comment s’est-elle terminée ?
Je vous accuse d’exagération en médisance que la Sposata (Propriété ajaccienne.) ne produira que douze mezzini.
Je suis indisposé. Les grands travaux que j’ai dirigés ces jours derniers en sont cause. Vous saurez mon cher oncle que le général (Le général du Teil commande l’école d’artillerie d’Auxonne depuis 1779.) d’ici m’a pris en grande considération au point de me charger de construire au polygone (Champ de tir où s’entraînaient les artilleurs.) plusieurs ouvrages qui exigeaient des grands calculs, et pendant 10 jours, matins et soirs, à la tête de 200 hommes, j’ai été occupé. Cette marque inouïe de faveur a un peu irrité contre moi les capitaines qui prétendent que c’est leur faire tort que de charger un lieutenant d’une besogne si essentielle et que lorsqu’il y a plus de 30 travailleurs, il doit y avoir un d’eux. Mes camarades aussi montrent un peu de jalousie mais tout cela se dissipe. Ce qui m’inquiète plus, c’est ma santé qui ne me paraît pas trop bonne. Adieu. Dit[es] bien des choses à Isoard et donnez-moi communications des nouvelles que vous aurez de la famille sur notre projet. (Expédition d’après photographie reproduite dans Arthur Chuquet, La Jeunesse de Napoléon, Brienne , Armand Colin et Cie , 1898, t. 1, p. 302.)

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