Chiffre orné de brillants de la grande maîtresse de la Maison de l’Impératrice porté par la Princesse d’Essling

Artiste(s) : Anonyme
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Chiffre orné de brillants de la grande maîtresse de la Maison de l’Impératrice porté par la Princesse d’Essling
Bijou aux armes de l'impératrice Eugénie porté par la princesse d'Essling © coll. particulière

Les bijoux portés par les dames de la Maison de l’impératrice Eugénie exposent le faste de l’Empire et la vitalité de la joaillerie française. Ils ont également une utilité pratique : à la différence des officiers de la couronne, les femmes au service de la souveraine ne portent pas d’uniforme. Un bijou spécifique est ainsi créé afin d’identifier facilement leur fonction : en or jaune et en émail, orné de brillants, il est marqué du chiffre de l’impératrice et surmontée de la couronne impériale. Haut de neuf centimètre, large de cinq, il est relié d’un ruban.

Ce bijou est porté par la grande maîtresse de la Maison de l’impératrice, la princesse d’Essling (sur ce tableau de Winterhalter, l’Impératrice tend une branche de chèvrefeuille à la princesse d’Essling, vétue en rose, à sa droite), qui occupe cette fonction durant tout l’Empire. Née Anna Debelle, elle épouse en 1823 Victor Masséna, duc de Rivoli et prince d’Essling. Dans ses Souvenirs d’une demoiselle d’honneur, la comtesse Des Garets raconte n’avoir « jamais vu une personne aussi complètement inféodée à son rôle. Je ne sais pas si elle avait une âme, si elle avait un cœur, si elle pouvait être émue et sensible ; elle était la Grande Maîtresse ! »

En plus de la grande maîtresse, le personnel féminin de la Maison de l’Impératrice se compose d’une dame d’honneur – la duchesse de Bassano, jusqu’en 1867, puis la comtesse Colonna Walewska –, d’une dame lectrice, d’une demoiselle d’honneur et bien sûr de dames du palais : elles sont sept chaque année puis douze à partir de 1855, le service s’étant étoffé avec la grossesse de l’impératrice puis la naissance du prince impérial.

En 1868, à la demande de l’impératrice, Alexandre Cabanel exécute le portrait d’Amélie Carette, née Bouvet, ancienne demoiselle d’honneur devenue dame du palais : « C’était après mon mariage ; elle m’engagea à demander à Cabanel de faire mon portrait, désireuse de voir comment il le réussirait, afin de le prier de faire le sien, le dernier, disait-elle, qu’elle voulait laisser d’elle. Cabanel fit mon portrait, mais il ne fit pas celui de l’Impératrice : les événements sont venus, et ce projet a été abandonné », raconte Madame Carette dans ses Souvenirs intimes de la Cour des Tuileries. Sur ce portrait, réalisé par Cabanel et aujourd’hui conservé au palais de Compiègne, Madame Carette porte une robe très sobre, dans des tons bleutés, sans aucun motif. Le buste décolleté est couvert d’une bande de fourrure sombre et, sur l’épaule, en quelques touches lumineuses, le peintre a placé le bijou au chiffre de l’impératrice Eugénie, symbole de l’appartenance à la Maison de la souveraine et unique bijou de ce tableau.

Xavier Mauduit

Avril 2018

Ce bijou peut être admiré durant l’exposition L’art au service du pouvoir  à Rueil-Malmaison à l’Atelier Grognard jusqu’au 9 juillet 2018.

Lire une interview de Xavier Mauduit, co-commissaire avec Pierre Branda et Élodie Lefort (de la Fondation Napoléon), de l’exposition « L’art au service du pouvoir »

Date :
Second Empire
Technique :
Or jaune, brillants, émail et ruban
Lieux de conservation :
Collection particulière
Crédits :
© Thomas Hennocque
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