Xavier Mauduit : « La politique artistique a été une arme redoutable utilisée par les deux empereurs » (mars 2018)

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Co-commissaire avec Pierre Branda et Élodie Lefort (de la Fondation Napoléon), de l’exposition « L’art au service du pouvoir », née d’un partenariat entre la ville de Rueil-Malmaison et la Fondation Napoléon (Rueil-Malmaison, 13 avril-9 juillet 2018), Xavier Mauduit est docteur en histoire, spécialiste du Second Empire, auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels La véritable histoire des impressionnistes (avec Cédric Lemagnent, Armand Colin, 2017), Le Ministère du faste. La Maison de l’Empereur Napoléon III (Fayard, 2016), Flamboyant Second Empire. Et la France entra dans la modernité… (avec Corinne Ergasse, Armand Colin, 2016), L’homme qui voulait tout. Napoléon, le faste et la propagande (Autrement, 2015). Il est co-auteur avec Pierre Branda du catalogue de l’exposition, L’art au service du pouvoir (Perrin, avril 2018, 160 pages). Propos recueillis par Irène Delage le 21 mars 2018

Xavier Mauduit © DR

Irène Delage : Le 13 avril 2018 s’ouvre à Rueil-Malmaison (L’Atelier Grognard) une exposition révélant « L’Art au service du pouvoir sous Napoléon Ier et Napoléon III » et les coulisses de la propagande impériale, à travers le rôle des deux « maison de l’empereur ». Plus de 250 pièces sont présentées, quelles thématiques ont guidé leur choix ?

Xavier Mauduit : Dans cette exposition, nous voulons souligner combien les deux empereurs ont magnifié leur règne et leur personne en mobilisant les peintres, les sculpteurs, les orfèvres, les joailliers, les tapissiers ou encore les ébénistes. Pour cela, il fallait présenter des œuvres d’exception dont la sélection a nécessité un long travail qui s’est avéré être un véritable plaisir. Afin de rendre compte de la munificence déployée dans les palais impériaux, tous les acteurs de cette exposition ont fait preuve d’un investissement remarquable : le Mobilier national, le palais de Compiègne, le château de Malmaison, le musée d’Orsay, la Bibliothèque historique de la ville de Paris, des collectionneurs privés et bien entendu la Fondation Napoléon. Avec Pierre Branda et Élodie Lefort, nous voulions présenter des chefs-d’œuvre qui frappent le visiteur mais aussi des objets encore jamais exposés ou qui sont porteurs d’émotion.

Trône Second Empire, coll. Mobilier National © Mobilier national

Irène Delage : Comment s’est organisée la présentation des œuvres ?

Xavier Mauduit : Napoléon Ier et Napoléon III ne sont pas les premiers souverains à utiliser l’art au service du pouvoir. Cependant, ils l’ont fait avec une efficacité qui a marqué les contemporains et qui perdure jusqu’à nos jours. Nous consacrons une première partie de l’exposition au souverain en majesté, où bustes et portraits officiels imposent les figures du régime. Dans une deuxième partie, un travail de fond a été réalisé pour refléter la profusion des arts dans les palais impériaux. Enfin, et cela pour nous est essentiel, nous nous interrogeons sur les coulisses de la politique artistique des empereurs. Pierre Branda est le grand spécialiste de la Maison de Napoléon Ier (Napoléon et ses hommes, Fayard, 2011) et j’ai consacré ma thèse à la Maison de Napoléon III (Le Ministère du faste, Fayard, 2016). L’exposition que nous proposons à Rueil-Malmaison est la première qui place au centre de ses préoccupations cette institution fondamentale pour appréhender le faste impérial : la Maison de l’empereur !

Boîte d’aquarelle au chiffre de la princesse Mathilde (Paris, musée Ernest Hébert) © RMN GP

Irène Delage : Pourriez-vous évoquer quelques objets remarquables ? Un objet qui vous touche plus particulièrement ?

Xavier Mauduit : Parmi tout ce que les visiteurs peuvent admirer, un espace est remarquable : celui consacré à la salle du trône, avec l’impressionnant tapis du Premier Empire, le seul conservé dans son état d’origine, ainsi que deux trônes, celui de Napoléon Ier et celui de Napoléon III. Autre espace intéressant : pour donner le sentiment de ce que purent ressentir les invités dans les palais impériaux, un foisonnement d’œuvres exceptionnelles a été placé au centre de l’exposition. Je n’en finirai pas d’évoquer les objets qui me tiennent à cœur – le nécessaire de peinture de la princesse Mathilde, le bijou au chiffre de l’impératrice Eugénie porté par la princesse d’Essling, une sublime esquisse de Thomas Couture -, mais j’ai un faible pour un document d’exception : le cérémonial du Premier Empire, raturé et corrigé sous le Second Empire pour l’adapter au nouveau règne.

Bijou au chiffre de l’impératrice Eugénie porté par la princesse d’Essling © coll. particulière

Irène Delage : Enfin, qu’aimeriez-vous que le visiteur retienne de sa visite ?

Xavier Mauduit : Avec Pierre Branda, il s’agit d’une question au cœur de nos préoccupations. Le visiteur doit retenir de l’exposition que la politique artistique a été une arme redoutable utilisée par les deux empereurs et que les modèles mis en place se retrouvent en partie aujourd’hui encore, sous la République. Surtout, le visiteur doit ressentir une émotion en visitant l’exposition : il ne s’agit pas seulement de voir « en vrai » des œuvres d’exception – ce qui déjà justifie le déplacement -, mais il doit être heureux de comprendre une page essentielle de la politique impériale qui a un écho jusqu’à nos jours. Enfin, nous voulons donner au visiteur l’occasion de ressentir, même furtivement, la splendeur qui régnait dans les palais impériaux. Voilà la volonté qui nous a guidés tout au long de cette sublime aventure.

Manufacture de la Savonnerie, dessin de François Debret et Jacques Barraband, Tapis de la Salle du trône des Tuileries, 1807-1809 © RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau)

 

En savoir plus sur l’exposition « L’art au service du pouvoir – Napoléon Ier et Napoléon III »

Découvrir la collection de la Fondation Napoléon et ses précédentes expositions…

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