Les Aigles Premier Empire et Second Empire

Artiste(s) : MARION, THOMIRE Pierre-Philippe
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Images (de gauche à droite) :

Aigle de drapeau du 6e régiment de chasseurs à cheval, modèle 1815
THOMIRE Pierre-Philippe (1751-1843) d’après
1815
Bronze doré
INV 895, Fondation Napoléon, Paris
© Fondation Napoléon, Patrice Maurin-Berthier
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Aigle de drapeau, modèle aluminium, 1860
BARRE Jean-Auguste (1811-1896) d’après, MARION
1860
Aluminium doré
INV 262, Fondation Napoléon, Paris
© Fondation Napoléon, Thomas Hennocque
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Dans le décret du 10 juillet 1804, Napoléon Ier définit les nouvelles armes de l’Empereur : « d’azur à l’aigle à l’antique d’or, empiétant un foudre du même ». La symbolique impériale intègre ainsi rapidement après la proclamation de l’Empire l’aigle de l’Antiquité, au même titre que l’aigle de Charlemagne. À l’instar de celles des légions romaines, Napoléon en fait placer au sommet de la hampe des drapeaux de ses régiments. Une cérémonie de distribution des aigles a lieu sur le Champs-de-Mars, devant l’École Militaire. Elle se déroule le 5 décembre 1804, devenant ainsi le pendant militaire de la cérémonie du Sacre.

Les aigles de drapeau du Premier Empire sont fondues en bronze doré par Pierre-Philippe Thomire (1751-1843), d’après un dessin d’Antoine-Denis Chaudet (1763-1810). Leur tête est tournée vers la droite, leurs ailes sont légèrement déployées et leurs serres maintiennent le fuseau de Jupiter. Elles reposent sur un caisson où figure le numéro du régiment auquel elles appartiennent. Sous le Premier Empire, trois modèles se succèdent. Celui de 1804, le plus majestueux, est rapidement jugé trop lourd. Il est remplacé par un modèle allégé vers 1810. Enfin, lors des Cent-Jours, une dernière version, comme celle présentée ici, est réalisée afin de compenser la perte de certaines aigles pendant la Restauration. L‘aigle est plus ramassée, le bec est presque fermé. Elle appartient au 6e régiment de chasseurs à cheval qui participa notamment aux campagnes de Russie, d’Allemagne, de France puis de Belgique. Sous le Second Empire, ce régiment prit part à la bataille de Sedan le 1er septembre 1870.

Dès le 31 décembre 1851, Napoléon III décide de prendre la même symbolique que son oncle et utilise des aigles au sommet des hampes de ses drapeaux. Pour ce faire, une nouvelle cérémonie de distribution des aigles est organisée le 10 mai 1852, après le coup d’État du 2 décembre 1851. L’enjeu est majeur car il offre au futur Napoléon III l’opportunité de jauger la fidélité de ses armées. À cette occasion, il fait venir des représentants de toutes les garnisons de France et d’Algérie. Les aigles, réalisées d’après un dessin de Jean-Auguste Barre (1811-1896), puis fondues en bronze doré, ont à nouveau les ailes déployées et le bec davantage ouvert. En tout, trois modèles vont se succéder sous le Second Empire. Suivant de près les progrès technologiques et soucieux du bien-être de son armée, Napoléon III sollicite les fondeurs pour alléger considérablement le poids des aigles. En 1854, une aigle réalisée en galvanoplastie (à savoir l’application d’une couche de métal sur une surface métallique à l’aide d’un procédé électrochimique), est proposée à l’empereur. Enfin, en 1860, le fondeur Marion propose une aigle en aluminium cuivrée, puis dorée. Le poids est réduit, ne dépassant pas un kilo. C’est à ce dernier modèle qu’appartient l’aigle de drapeau présentée ici. L’aluminium cuivré est visible sous le doré, ce qui offre à cette aigle un aspect rosé. L’absence de caisson a permis dans ce cas précis de l’identifier, avec une quasi certitude, comme étant celle du 45e régiment d’infanterie (seule une aigle a été mise en vente à la même période sans son caisson). Pendant le Second Empire, ce régiment participa notamment à la bataille de Magenta le 4 juin 1859.

Élodie Lefort
responsable des collections de la Fondation Napoléon

Mars 2018

Ces deux aigles peuvent être vues à l’exposition L’art au service du pouvoir, du 13 avril au 9 juillet 2018 à l’Atelier Grognard (Rueil-Malmaison).

Date :
1815, 1860
Technique :
Bronze doré, aluminium doré
Lieux de conservation :
Fondation Napoléon, Paris
Crédits :
© Fondation Napoléon, Patrice Maurin-Berthier, © Fondation Napoléon, Thomas Hennocque
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