Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud. 10 novembre

Artiste(s) : BOUCHOT François
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Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud. 10 novembre
Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud, 10 novembre 1799,
par Bouchot © RMN-GP, musée national du château de Versailles

Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud. 10 novembre 1799 est une huile sur toile réalisée par François Bouchot (1800-1842) en 1840 à la suite d’une commande du roi Louis-Philippe.
Le royaume étant alors en proie à une vague de nostalgie napoléonienne, le « roi-bourgeois » veut de cette manière redorer le blason de la monarchie de Juillet. Il souhaite rattacher son régime à toutes les gloires de la France, auxquelles il a dédié le château de Versailles.
C’est dans ce cadre que s’inscrit cette commande du roi, qui doit rejoindre les galeries historiques du musée du château, symbole de la réconciliation nationale entre les différents régimes qui se sont jusqu’alors succédé.
Le tableau de Bouchot est exposé au Salon de 1840, année marquée par le Retour des Cendres de l’Empereur. Ancien élève des beaux-arts de Paris, François Bouchot est détenteur du grand prix de Rome de 1823, chevalier de la Légion d’honneur depuis 1835 et a déjà exécuté plusieurs commandes pour Louis-Philippe, telle la bataille de Zurich remporté par Masséna, le 25 septembre 1799 en 1837.

Le coup d’État de Brumaire

Lorsque le général Bonaparte arrive à Paris le 16 octobre 1799, la situation a bien évolué depuis son départ pour l’Égypte en mai 1798. Il retrouve une ville où de nombreux complots se trament contre un Directoire ruiné et considérablement affaibli :
– sur le plan intérieur, par la Conjuration des Égaux menée par Babeuf, l’insurrection de Vendée, la défection du général Pichegru à la solde des royalistes ;
– sur le plan extérieur, par la Deuxième Coalition contre la France.
Le directeur Sieyès, comprenant qu’il ne pourra pas réviser la Constitution de façon à donner davantage de pouvoir à l’exécutif, décide de fomenter un coup d’État dont Bonaparte doit être le « sabre ».
Les journées des 18 et 19 Brumaire, ils tentent de s’emparer du pouvoir, non sans peine, Bonaparte étant agoni d’insultes par les députés des Cinq-Cents, qui veulent le mettre hors-la-loi.
Apprenant cela, il prend la tête d’un détachement de grenadiers, avec quelques fidèles comme les généraux Murat et Leclerc, et pénètre dans l’Orangerie où siègent les Cinq-Cents.
Une fois dans l’assemblée, Murat prononce laconiquement « citoyens, vous êtes dissous » avant de continuer « foutez-moi tout ce monde dehors ! » après la réticence virulente de certains députés. À 21h au soir, le Directoire n’est plus : le coup d’État est un succès.

La mise en scène par Bouchot

Destiné au musée de l’Histoire de France par le roi Louis-Philippe, cette oeuvre de Bouchot raconte la réaction violente des députés des Cinq-Cents à la venue du général Bonaparte (et à ses propos malheureux) dans l’assemblée.

La mise en en scène choisie par le peintre est organisée en trois parties : en haut à gauche, les grandes et hautes fenêtres indiquent que la scène se passe dans une vaste salle, capable d’accueillir les députés de l’assemblée, à travers les fenêtres on voit le temps qu’il fait, la scène se déroule dans la journée ; dans la moitié inférieure du tableau, de gauche à droite, se tiennent les principaux personnages, dont Bonaparte, bien éclairés ; une chaise renversée indique la grande agitation qui règne et symbolise le renversement en cours du régime ; enfin, en haut à droite, dans une partie moins éclairée du tableau, plusieurs personnages se tiennent sur une tribune, parmi lesquels Lucien, frère du général Bonaparte et président depuis octobre de l’assemblée des Cinq-Cents.

L’élément central du tableau est le traitement de Napoléon Bonaparte : il porte l’uniforme de général, avec une ceinture aux couleurs de la République, bleu, blanc, rouge. En contradiction avec ce que l’on sait du déroulement des faits, Bouchot a choisi de le représenter calme malgré la violence des députés qui l’entourent et crient en levant les bras : le jeune général (il a 30 ans) semble avoir toutes les qualités pour diriger la France. Juste derrière lui, deux grenadiers moustachus, portant leur célèbre bonnet à poil, le protègent de la colère des députés. Ces derniers portent leur uniforme de député avec une ceinture aux couleurs de la République, bleu, blanc, rouge ; d’autres portent un manteau rouge et un chapeau à plume, de forme carré, uniforme des membres du Conseil des Cinq-Cents.

Bien que son rôle fut essentiel lors du coup d’État, Lucien est placé dans l’ombre, comme il le sera lors du règne de son frère, écarté en raison d’oppositions irréconciliables entre eux.

Eymeric Job et Irène Delage
Juillet 2019

Date :
1838
Technique :
Huile sur toile
Dimensions :
H = 4,210 m, L = 4 m
Lieux de conservation :
Musée national du château de Versailles numéro d'inventaire MV1952
Crédits :
© RMN-GP, musée national du château de Versailles et de Trianon (site https://art.rmngp.fr)
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