Portrait de Joseph Bonaparte

Artiste(s) : LEFEVRE Robert (attribué à)
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Portrait de Joseph Bonaparte, attribué à R. Lefèvre (1805) © Musée national du Château de Prangins (Suisse)

Né le 7 janvier 1768, Joseph Bonaparte est le frère aîné d’un peu plus d’un an de Napoléon. Il suivit des études de droits à Pise en 1787 puis débuta sa carrière en Corse, comme avocat à Bastia, puis comme juge au tribunal d’Ajaccio alors que la Révolution française se déclarait. Réfugié avec sa mère et ses frères et sœurs à Marseille en 1793, il y épousa Julie Clary en 1794. Ambassadeur du Directoire à Parme puis à Rome, Joseph Bonaparte poursuivit sa carrière diplomatique sous le Consulat et négocia notamment le traité de Mortefontaine avec les États-Unis en 1800, la paix de Lunéville avec l’Autriche et le Concordat avec le Saint-Siège en 1801, et la paix d’Amiens avec l’Angleterre en 1802. Sa carrière militaire fut marquée par les nominations aux grade de colonel puis de général de brigade en 1804, de général de division et de commandant en chef de l’armée de Naples en 1805. Placé à la tête du royaume de Naples en mars 1806,  il céda son trône en juillet 1808 à Joachim Murat pour devenir roi d’Espagne. La défaite de Vitoria, le 21 juin 1813, marqua la fin de la présence napoléonienne en Espagne. Lieutenant général de l’empereur en 1814, il ne put empêcher la capitulation de Paris le 30 mars. L’abdication de Napoléon en 1814 conduisit Joseph à l’exil, en Suisse, où il fut propriétaire du château de Prangins de 1814 à 1827. Après la défaite de Waterloo, le 18 juin 1815, et la seconde abdication de Napoléon, Joseph Bonaparte partit s’installer aux États-Unis, puis revint vivre en Europe, en Angleterre de 1832 à 1837, et à partir de 1841 en Italie, où il mourut à Florence le 28 juillet 1844. L’abrogation de la loi d’exil de la famille Bonaparte de 1816 n’intervenant qu’en 1848, Joseph Bonaparte ne revint jamais en France. En 1862, sa dépouille fut inhumée sous le dôme des Invalides.

Sans indication du peintre Robert Lefèvre (peintre officiel de la famille impériale et des hauts dignitaires de l’Empire) et en l’absence de documents, c’est l’analyse du tableau qui en permet sa datation (voir Lang, Stoll, Becker, p. 14-16).
Membre du Corps législatif et du Conseil d’État peu après Brumaire, Prince français et Grand Électeur de l’Empire depuis 1804, Joseph Bonaparte est représenté ici, revêtu de l’uniforme de sénateur, dont il occupait un siège depuis août 1804.
L’étude des décorations portées par Joseph, réalisé par Paul Lang, apporte d’autres éléments. Membre du grand conseil de la Légion d’honneur, Joseph en porte la grande décoration dont l’insigne a été défini en 1804 (étoile à cinq rayons doubles, émaillée de blanc, dont le centre entouré d’une branche de chêne et d’une branche de laurier présente la tête de l’Empereur, attachée à un ruban moiré rouge porté à la boutonnière de l’habit). Un décret de 1805 stipulait le port complémentaire d’un large cordon rouge passant de l’épaule droite au côté gauche et au bas duquel était retenue une seconde étoile de grand module, que l’on aperçoit sous la garde de l’épée de sénateur (obligatoire depuis 1803), ainsi que celui d’une plaque d’argent à cinq rayons doubles ornée en son centre de l’aigle impériale. L’absence de bélière en forme de couronne surmontant la croix, décidée en avril 1806, confirme la réalisation du portrait entre janvier 1805 et avril 1806. L’analyse de la mise en scène du tableau permet de préciser davantage la datation, et notamment la présence sur la table, d’un bicorne noir plutôt que du chapeau règlementaire de sénateur forcément orné de plumes blanches. Facilement identifiable comme étant le bicorne de l’Empereur, cet objet en marque la présence symbolique et par-là, selon Paul Lang, la régence que Joseph exerça pour son frère lors de la campagne d’Allemagne entre août et décembre 1805. Paul Lang conforte son interprétation stylistique en notant la similitude de posture de l’homme détenteur du pouvoir avec celle des portraits de Napoléon, en 1802 par Jean-Antoine Gros, et en 1804 par Jean-Auguste-Dominique Ingres.
La colonnade et les éléments du paysage en arrière-plan (verdure, édifice) sont symboliques et ne sont pas caractéristiques d’un lieu identifiable dans lequel se tient Joseph Bonaparte.

Conservé depuis 1878 dans la famille du maréchal Niel, ministre de la Guerre de Napoléon III, ce portrait a été acquis par le Musée national suisse, pour le Château de Prangins en 1995.

Irène Delage, août 2016

Sources principales :
– Joseph Bonaparte et le château de Prangins. Deux acquisitions du Musée national suisse, Paul Lang, Anna Stoll, Thomas Becker, Institut suisse pour l’étude de l’art, Zurich, 1997, 54 p.
Joseph Bonaparte, Thierry Lentz, éditions Perrin, Paris, 2016, 752 p.

Ce portrait est publié dans notre rubrique Tableaux grâce à l’accord gracieux du Musée national suisse que nous remercions.

Date :
1805
Technique :
huile sur toile de chanvre
Dimensions :
H = 230 cm, L = 167 cm
Lieux de conservation :
Musée national suisse, Château de Prangins (Suisse, canton de Vaud) ; N° Inv.: LM-74766
Crédits :
© Musée national suisse
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