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Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte, Prince impérial (1856-1879)

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Louis-Napoléon Bonaparte, appelé à devenir Napoléon IV, puis à relever l’Empire lorsque celui-ci fut tombé après la guerre franco-prussienne de 1870, aura eu une vie courte. Il reste cependant dans les mémoires comme un jeune homme courageux au destin tragique.

Une jeunesse dorée

Le fils de Napoléon III et d’Eugénie est célèbre dès sa naissance, le 16 mars 1856, il est vite surnommé « le petit prince ». Ses parents se sont mariés le 29 janvier 1853 ; Napoléon III a alors 45 ans et devenu empereur il y a peu, le besoin d’un héritier au trône devient pressant. La grossesse tant attendue n’est pas facile et l’impératrice Eugénie en souffre beaucoup. Le jeune Louis-Napoléon sera d’ailleurs leur seul enfant. Le pape Pie IX est choisi pour être son parrain.

Signe des temps, les parents du Prince impérial sont très proches de leur enfant. L’impératrice Eugénie s’occupe de son fils, si bien que la gouvernante n’habite pas sur place et n’est appelée  que pour les cérémonies officielles. Le Prince impérial est toujours montré durant les audiences de l’Impératrice, où on l’habille pour le faire ressembler à son grand-oncle Napoléon Ier. Quant à l’Empereur Napoléon III, il a vite tendance à laisser passer toutes bêtises et tous caprices à son fils qui a accès à son cabinet en permanence. Ainsi, Louis peut casser la tasse de Sèvres que Napoléon Ier a utilisée peu avant sa mort, ou découpe des dépêches du roi de Sardaigne puis d’Italie, Victor-Emmanuel II, sur le bureau de son père…

Une carrière militaire programmée

Dès le 1er décembre 1856, Louis est inscrit sur les registres du 1er régiment des grenadiers de la Garde impériale. L’enfant semble fasciné par les uniformes et les armes. Son entraînement à dos de poney commence dès l’automne 1857 au manège du quai d’Orsay. Ses gouvernantes lui racontent l’épopée napoléonienne et avant ses quatre ans, il revêt un uniforme de grenadier à sa taille d’enfant. Le 15 août 1858, les enfants des grenadiers du 1er bataillon s’exercent devant Louis ainsi vêtu et il est fait caporal du 1er bataillon de la 1re compagnie. Fier de la campagne de 1859 de son père, il joue souvent à la guerre au bord de l’eau des Tuileries, où Napoléon III a fait construire tranchée et casemate. Recevant son fusil d’ordonnance le 9 mai 1860, il participe à une revue dans la cour du Carrousel et trois ans plus tard débute son apprentissage à 7 ans comme sous l’Ancien Régime.

La fin du Second Empire et la mort de Napoléon III

À 14 ans, il suit son père durant la guerre franco-prussienne en Lorraine. Séparé de son père, il va vers le Nord quand il apprend la défaite de Sedan. Le jeune Prince se réfugie en Belgique où apprend la captivité de son père, puis part retrouver sa mère en Angleterre, tandis que bientôt l’Empereur déchu les rejoint. Louis entre le 17 novembre 1872 à l’Académie royale de Woolwich pour commencer son éducation militaire d’adulte. Quand Napoléon III décède le 17 novembre 1872 à Chislehurst, après une nouvelle opération de la vessie, Louis a 17 ans et devient le chef de file des bonapartistes qui espèrent que la fragile IIIe République tombera en France. Napoléon III avait d’ailleurs étudié un retour d’exil dans cette idée. Dès lors, Louis ne pense plus qu’à sa future tâche d’empereur et prend le nom de Napoléon. Il se plonge dans ses études, approfondit ses connaissances politiques et reçoit même le 15 août 1873 à Camden Place une foule de Français venus lui demander de revenir en France où Rouher, ancien président du Conseil d’État de Napoléon III, agite les milieux bonapartistes pour favoriser son retour. Le comte de Chambord, héritier des Bourbon et prétendant légitimiste au trône de France,  refusant de renoncer au drapeau blanc pour le drapeau tricolore, le terrain semble favorable au jeune Napoléon puisqu’il n’y a plus de camp royaliste face à la République. Les chefs du parti bonapartiste organisent une grande manifestation le 16 mars pour les 18 ans de Louis et sa majorité : 8 000 Français font le déplacement en Grande-Bretagne pour acclamer le prince.

Devenir Napoléon IV

Après la journée du 16 mars, Louis sort de Woolwich au septième rang en tant qu’officier d’artillerie, comme son grand-oncle Napoléon Ier. Il parfait ses connaissances en droit et en économie, consulte de grands intellectuels de l’époque afin de préparer son retour. « Je ne suis qu’un jeune homme qui n’a encore rien fait », répond-il à ceux qui veulent le voir revenir en France désormais. Très religieux, le prince mène une vie stricte et fait tout pour « se rendre digne de son nom ». En février 1879, à 23 ans, il annonce à sa mère qu’il a demandé à accompagner les troupes anglaises envoyées au Zoulouland, alors colonie de l’empire britannique en proie à une révolte des autochtones ; la reine Victoria accepte et le prince est intégré dans une unité d’éclaireurs.

Une mort digne

Le 1er juin 1879, lors d’une halte, sa patrouille est prise en embuscade par des zoulous qui abattent deux soldats et mettent en fuite le reste de son unité. Le prince tente de la suivre mais la selle qu’il utilise, celle de son père à Sedan, cède et il chute. Il tente de se défendre armé d’un pistolet mais il est alors transpercé de dix-sept coups de sagaie. Déshabillé et désarmé, son corps est laissé intact, ainsi que ses bijoux : les zoulous ont reconnu en lui un guerrier valeureux. La mort du Prince impérial, Napoléon IV, mort en quête d’honorer la mémoire de Napoléon Ier et de son père Napoléon III, soulève un immense mouvement de sympathie. Sa dépouille, rapatriée en Grande-Bretagne, est inhumée à Chislehurst puis auprès de celle de Napoléon III, à l’abbaye Saint-Michel de Farnborough qu’Eugénie a fait construire pour recueillir les dépouilles de son époux et son fils.

Marie de Bruchard, août 2016

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