Buste de Pie VII

Période : Directoire-Consulat-Ier Empire/Directory-Consulate-1st Empire
Artiste(s) : CANOVA Antonio
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Buste de Pie VII
Buste de Pie VII par Antonio Canova © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) - G. Blot

Ce buste du pape qui a sacré Napoléon Ier, réalisé par Antonio Canova, est conservé au château de Versailles. L’effigie de marbre par le grand sculpteur italien fait écho à la venue du Pape au château de Louis XIV, le 3 janvier 1805 (lire un récit de cette visite). Pie VII se trouve à Paris sur l’invitation de Napoléon pour participer au couronnement de l’Empereur à Notre-Dame de Paris, événement qui eut lieu le 2 décembre 1804.
Durant ce séjour dans la capitale française, le Pape a déjà visité un autre imposant château royal, le château de Fontainebleau, durant trois jours, du 25 au 28 novembre 1804. Cette visite au château est autrement plus courte que son séjour suivant : Fontainebleau sera le lieu où l’Empereur gardera Pie VII captif plus d’un an et demi quelque dix ans plus tard (de juin 1812 à janvier 1814).

Rencontre de Napoléon et du pape Pie VII, le 25 novembre 1804, Jean-Louis Demarne, 1808 © Rmn - château de Fontaniebleau
Rencontre de Napoléon et du pape Pie VII, le 25 novembre 1804, Jean-Louis Demarne, 1808 © Rmn – château de Fontaniebleau

 

Les relations entre le Pape et le Premier Consul puis Empereur ont en effet été mouvementées. Au fur et à mesure que Napoléon étend son Empire, Pie VII devient un obstacle aux yeux de Napoléon. Tout au long du règne de l’empereur des Français, il tâche de préserver son pouvoir temporel et la neutralité des États pontificaux, missions auxquelles ce modéré n’était pas destiné de prime abord.

Un modéré entouré de républicains et contre-révolutionnaires

Pie VII est né Barnabé Chiaramonti à Césène, dans les États papaux, le 14 août 1742. Il devient bénédictin à l’âge de 16 ans et, en 1766, professeur de théologie à Parme puis à Rome, sous la protection bienveillante du pape Pie VI, lui aussi originaire de Césène. Réputé pour son esprit pénétrant, parfois railleur, cet ecclésiaste est influencé par le courant janséniste : il est partisan d’une réforme de l’Église la poussant vers moins de politique extérieure et plus de spiritualité. Chiaramonti prône en effet le retour à une foi intériorisée, sans être pour autant crispé sur le dogme.
Nommé évêque de Tivoli en 1783, sous l’influence de Pie VI, il devient cardinal deux ans plus tard. Sa position médiane et pondérée le fait apprécier aussi bien de la population que de sa hiérarchie : il créée le consensus autour de lui. Les événements vont cependant l’obliger à prendre part aux soucis politiques de son temps.

À Imola, où il exerce ses nouvelles fonctions épiscopales, il est brusquement confronté à la Révolution :  en 1796, les troupes du général Augereau occupent en effet son diocèse. Contrairement à d’autres évêques italiens, il ne fuit pas la ville et appelle la population au calme. Sa position mesurée le dessert pourtant auprès des deux camps opposés en présence : les Révolutionnaires français comme les contre-révolutionnaires italiens ne lui font pas confiance.
Imola intègre la première République cisalpine en février 1797, mesure établie par la Paix de Tolentino. Son cardinal-évêque renonce à ses armoiries et au baldaquin de sa chaire, toujours en signe d’apaisement. Sa conception de la cohabitation avec la république se retrouve dans son homélie de Noël 1797 où il prône la soumission à la nouvelle république instaurée quelques semaines plutôt et conceptualise le besoin des qualités proposées par la foi catholique pour une démocratie vertueuse et équilibrée.

Cette position est cependant minoritaire au sein du conclave qui est considéré avec grande méfiance par la République française : l’ensemble des autorités catholiques est soupçonné de soutenir les assauts des contre-révolutionnaires. Lorsqu’en janvier 1798 le Directoire ordonne l’occupation de Rome et contraint le pape Pie VI à la captivité à Valence, le rôle médiateur recherché par Chiaramonti avec le nouveau pouvoir en place devient plus que délicat de la population comme de la hiérarchie catholique. Il est cependant élu pape par le conclave réuni à Venise après de longues délibérations, à la mort de Pie VI, le 29 août 1799.

Au Vatican, un rempart spirituel mais politiquement bien faible contre l’expansionnisme napoléonien

Son expérience de temporisation à Imola a présidé ce choix à contre-cœur : l’Église cherche à donner aux républicains des  gages tout en espérant maintenir par cette élection une certaine indépendance au Saint-Siège.
Cette nouvelle fonction marque un tournant dans le positionnement du cardinal devenu pape. Dans la logique de ses nouvelles attributions : représentant toute l’Église, il endosse désormais le rôle de rempart y compris temporel et durcit le ton face au Directoire, en particulier après le traité de Lunéville qui entérine la perte des territoires provinciaux les plus riches des États pontificaux.
Il n’est pas moins en butte au pouvoir des autres monarchies européennes : élu contre le candidat à la papauté soutenu par l’Autriche, il est couronné sans pompe sur le vœu de l’Empereur François Ier dont il décline en conséquence l’invitation à Vienne, en signe de protestation. Cet isolement rend sa tâche d’autant plus difficile : sans un appui ferme des coalisés, les territoires qu’il gère sont noyés dans un océan de conquêtes napoléoniennes.

Sur la défensive à l’extérieur, Pie VII arrache en 1803 au Premier Consul le rétablissement des États pontificaux. C’est dans cette optique qu’il a négocié le Concordat de 1801 avec le Premier Consul Bonaparte, puis celui d’Italie en 1803, les concessions politiques faites au gouvernement français devant être contrebalancées par le retour d’une Église de France officielle. Cette dernière avait disparu sous la Révolution. Le Concordat d’italie, plus souple, doit permettre une stabilisation de l’Église d’Italie. Sa marge de négociation étant très limitée sur le domaine diplomatique et géographique, Pie VII se veut intransigeant sur les prérogatives spirituelles de l’Église.

Signature du Concordat entre la France et le Saint-Siège, par le pape Pie VII, le 15 août 1801 (le cardinal Consalvi recevant du Pape la ratification du Concordat), (d'après), WICAR Jean Baptiste © Fondation Napoléon
Signature du Concordat entre la France et le Saint-Siège, par le pape Pie VII, le 15 août 1801 (le cardinal Consalvi recevant du Pape la ratification du Concordat), (d’après), WICAR Jean Baptiste © Fondation Napoléon

 

En parallèle à cette primauté intellectuelle du pape sur la communauté catholique, Pie VII prend acte des changements impliqués par les mouvements des Lumières et les aspirations révolutionnaires. il défend ainsi farouchement le projet d’une modernisation interne de l’institution, parfois contre l’avis de la Curie romaine. Cette réforme est rédigée avec l’aide de son secrétaire Consalvi dans la bulle Post diuturnas du 30 octobre 1800 mais ne sera que très partiellement appliquée.
Sa vision positiviste avant l’heure et sa foi dans la persuasion par un dialogue raisonné vont vite se buter à la réalité du caractère de Napoléon Ier : venu pour son sacre en 1804, Pie VII espère obtenir l’assouplissement du Concordat et en particulier l’abrogation des décrets organiques impliqués par le Concordat de 1801. En vain.

Leurs relations ne font que se tendre, au fil des conquêtes de l’Empereur en Europe, en particulier en Italie, à partir de la victoire d’Austerlitz. Pie VII ne parvient pas à faire valoir sa politique de neutralité, notamment contre les projets de blocus continental contre la Grande-Bretagne voulus par l’empereur des Français.
La rupture est graduellement consommée : Pie VII refuse d’entériner le divorce de Jérôme Bonaparte (1805), de reconnaître Joseph Bonaparte comme roi de Naples (1806), si bien que Napoléon grignote de 1806 à 1808 les États pontificaux, ce à quoi le Pape répond par la grève de l’institution canonique des évêques.
Lorsque Napoléon finit par annexer les États pontificaux à l’Empire le 17 mai 1809, Pie VII répond par une bulle d’excommunication des « usurpateurs, fauteurs, conseillants, exécutants » disposée dans la nuit du 10 au 11 juin 1809. Elle vise directement et de manière évidente Napoléon.

Avec son enlèvement par le général Radet moins d’un mois plus tard (nuit du 5 au 6 juillet), la captivité qui s’en suit à Savone (jusqu’en 1812) puis Fontainebleau (jusqu’en 1814), un bras de fer à la fois intellectuel et politique s’instaure entre Pie VII et Napoléon. Le premier est à la merci du second mais sait se faire louvoyant, tantôt flanchant et faisant mine d’accepter les conditions de l’Empereur pour mieux les dénoncer après, tantôt s’opposant frontalement aux volontés de Napoléon en s’appuyant sur les cardinaux de France qui lui sont restés fidèles.

Fontainebleau. Chambre du Pape © BnF

 

Au fur et à mesure que l’Empereur perd du terrain en Europe, Pie VII – souvent en proie au doute – reprend de l’assurance. Une résistance passive et contrainte finit par être payante puisqu’il est restauré dans ses États et relâché en janvier 1814 par Napoléon, bientôt confronté à la campagne de 1814 et l’invasion des frontières historiques du territoire français pré-révolutionnaire.

Ainsi, le pape le plus conciliant envers les idées républicaines et le moins porté vers les questions politiques et temporelles sera devenu l’un des opposants les plus fermes de Napoléon, par sa patience et malgré son absence de pouvoir militaire (en savoir plus sur les relations entre Napoléon et Pie VII, du Concordat à l’excommunication de l’Empereur).

Peu rancunier, Pie VII accueille – sous l’influence du cardinal Fesch en partie – certains membres de la famille Bonaparte (Madame Mère et la plupart de la fratrie de Napoléon bénéficieront de sa protection ou de son aide) et demande même en 1817 l’allègement des conditions de détention de Napoléon à Sainte-Hélène.

L’héritage de Pie VII

Pie VII n’est pas que ce pape à la pâle mais ferme figure qui a fait face à Napoléon, tel que l’imaginaire le retient. S’il a fini par se préoccuper plus de questions politiques que ses penchants naturels ne l’auraient poussé à le faire, son action théologique n’est pas nulle pour autant : il est à l’origine de la canonisation de la fondatrice des ursulines, Angèle de Merici, en 1807, de la béatification du fondateur des Rédemptoristes, Alphonse de Liguori en 1816 et rétablit les jésuites en 1814. Sous son pontificat, les théories physiques de Copernic sont validées par l’Église (1822).

Sa volonté de stabilisation du catholicisme en Europe le pousse néanmoins à une certaine réaction pré-révolutionnaire : retour des ghettos juifs en 1815, condamnation de la franc-maçonnerie en 1821, … mais lutte contre l’esclavage des noirs tout au long de son pontificat.
Homme cultivé, il lègue à sa mort, le 20 août 1823, un musée Chiaramonti établi dès 1807, riche de nombreuses pièces archéologiques issues des fouilles du port antique de Rome, Ostie, et des pièces récupérées après les réquisitions faites pendant l’occupation par l’Empire français.

C’est justement au sculpteur Antonio Canova, qui l’a immortalisé en ce buste vers 1806, que Pie VII a confié la tâche de négocier la récupération de ces œuvres, majoritairement issues du musée Pio-Clementino, et d’organiser le musée qui porte son nom et qui constitue encore aujourd’hui une partie importante des musées du Vatican.

Marie de Bruchard
Mai 2019

D’après la notice du Dictionnaire Napoléon (Fayard, 1987) de Jean-Marcel Champion.

Pour aller plus loin :

Ces deux ouvrages sont consultables à la bibliothèque Martial-Lapeyre, à la Fondation Napoléon.

Date :
1804-1807
Technique :
Marbre
Lieux de conservation :
Château de Versailles, n° d'inventaire : MV617
Crédits :
© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) - G. Blot
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